huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Information, pouvoir et usage : l'infostratégie > Pouvoirs et information
Think tanks et idéologie 2
Dans un article précédent, nous avions évoqué l'engagement idéologique des think tanks. Parfois explicite, revendiqué et militant, parfois discret ou implicite. Ainsi, nombre de centre de recherches qui se disent non partisans se situent dans un "cercle de la raison" politique, qui présuppose des questions qui ne s'évoquent mêeme pas.  Enfin, nous remarquions  que, caractérisés par leur éducation, leur mode de vie, les milieux qu'ils fréquentent et ceux qui paient leur travail, les chercheurs sont membres d'une catégorie sociale où prédominent certaines croyances et positions. De fait, on peut s'attendre à ce qu'il n'y ait pas exactement le même nombre d'admirateurs de J.L. Mélenchon ou de Marine le Pen chez les chercheurs du moins ceux qui bénéficient d'heures d'antennes, de subventions publiques ou privées, de notoriété  que dans l'électorat en général... Mais la même remarque vaudrait pour les banquiers et les journalistes.
La bonne question serait plutôt : est-ce que, de par leur existence et leur mode de fonctionnement même, les think tanks ne remplissent pas un rôle proprement idéologique ? Et si oui, est-elle de représentation d'intérêts qui ont besoin d'un discours de justification ? Les solutions qu'ils proposent sont-elles la traduction de choix préalables déguisés en conclusions tirées d'une expertise ?
Cette thèse qui est peu ou prou celle de l'intellectuel organique chère à Gramsci est posée par le livre de Roger Lenglet et Olivier Vilain "un pouvoir sous influence" qui, malheureusement, la réduisent à l'hypothèse du complot néo-libéral subventionné par le patronat. Les références aux coulisses, aux statagèmes, aux intentions cachées donc, au final, à une entreprise occulte dont le but serait de fournir des armes en faveur de solutions néo-libérales. Et d'énumérer comme preuve sur 225 pages force notes et rapports qui préconisent d'une façon et d'une autre plus de marché et moins d'État providence. Comparant les idées subventionnées aux politiques effectivement appliquées, les auteurs en concluent que ceci provient de cela.
Or, outre que ce rapport de causalité est tout sauf démontré et qu'il existe bon nombre de think tanks de gauche, y compris aux USA, la réduction du statut du chercheur à celui du chien de garde ou du lobbyiste manque l'essentiel. Essentiel qui nous semble être le statut même de l'idée dans nos sociétés : idée dont le politique reconnaît volontiers qu'il lui manque le temps et les compétences pour la produire et idées dont les think tanks font profession (pour ne pas dire commerce : aux USA on parle volontiers des "idea brookers", les courtiers en idées).
Si un choix idéologique a déjà été fait en arrière-plan, c'est celui de la technicité des solutions politiques : elles seraient trop complexes pour le citoyen ordinaire et même pour le dirigeant qui devrait en déléguer l'élaboration et la sélection à un corps de spécialistes. 
L'autre dimension de la production d'idées par les think tanks est qu'elle est concurrentielle : les chercheurs sont censés trouver des idées - certes que leurs commanditaires ou les leaders d'opinion peuvent comprendre et admettre - mais surtout innovantes. Et accessoirement applicables un jour. Ceci n'absout pas le chercheur du soupçon de produire pour un "marché" finalement assez formaté, mais cela implique une part de créativité et de remise en cause des schémas établis. 
 

 Imprimer cette page