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De la propagande au cyberpower : politiques d'influence
Tout part de deux idées très américaines : 
- la conviction (qu'exprimait le président Woodrow Wilson dès 1917) que les USA avaient à la fois le devoir (et tout avantage) à convertir le reste du monde (R.O.W. Rest Of the World) à leur valeurs, forcément universelles. Gagner "les cœurs et les esprits" hors frontière était aussi juste du point de vue de l'idéologie qu'utile pour ses intérêts.
- la confiance dans la technique, et dans le pouvoir libérateur des médias : si tous les hommes avaient accès à la vérité, pouvaient la discuter de façon pluraliste et s'exprimer, ils ne manqueraient pas de se convertir à ces valeurs. Donc les outils de communication favorisent l'épanouissement d'un espace public transfrontalier, condition de l'universalité de la démocratie. C.Q.F.D.
L'idéologique et le médiatique sont indissolublement liés : tel est le postulat donc chaque génération tirera les conséquences.

Sous Einsenhower, c'est la version "guerre froide" : contre l'offensive idéologique des Rouges relayée par les partis communistes nationaux et une partie de l'intelligentsia, la riposte passera par l'information. Reprenant l'idée d'une guerre culturelle (montrer la créativité mais aussi la séduction des industries culturelles), l'administration US lance des médias (des radios à l'époque : Voice of America, Radio Free Europe...) qui émettent en direction de l'Est. Comme souvent, la chose trouve un nom qui fera son succès comme un slogan publicitaire :  "diplomatie publique".
 Depuis, cette terminologie est entrée dans le répertoire mental, surtout chez les Républicains : ils se convainquent facilement que la guerre des ondes (la radio étant relayée par les télévisions privées dans les décennies suivantes, notamment de la RFA vers la RDA) a contribué à la chute du Mur. La stratégie qui consiste à "raconter l'histoire" et à montrer comment vit, ce qu'aime et ce que pense l'Amérique est la meilleure défense contre les offensives idéologiques adverses, communistes, puis islamistes. Puissance contre puissance, influence contre influence.
Dans la période entre la fin de l'Urss et le 11 septembre, le vocabulaire se fait moins martial. Et faute d'ennemi principal et parce que la logique industrielle des médias (développement des télévisions par satellite puis d'Internet) va dans ce sens, l'Amérique de Clinton préfère parler de "soft power".

 Ce pouvoir doux de séduction d'un mode de vie et d'une culture, ainsi baptisé par le doyen Joseph Nye trouve un terrain naturel sur Internet. Parallèlement, le vice-président de Bill Clinton, Al Gore, chante les mérites de la grande Agora démocratique et électronique qui naît. Pendant que les fondations comme celle de G. Soros forment les élites des pays de l'est à la démocratie et aident les "révolutions de couleurs" dans l'ancien bloc soviétique.

Le choc du 11 septembre rapproche les points de vue - agressivité idéologique de la diplomatie publique pour contrer la propagande adverse, confiance dans le pouvoir intrinsèquement  démocratisant de la technologie pour exporter le modèle libéral. Il faut désormais combattre "l'extrémisme violent" dans les têtes.

 Du coup, le doyen Nye dont la disciple la plus célèbre est Hillary Clinton, renouvelle la phraséologie : il parle désormais de smart power" (utiliser conjointement les stratégies militaires, politiques, économiques et diplomatiques, mais aussi culturelles et communicationnelles). La diplomatie publique devient "nouvelle" ou "électronique" ou "e-diplomatie", mais l'idée n'a pas changé : s'exprimer sur les nouveaux médias (y compris en mettant diplomates et militaires sur Facebook et Twitter) et encourager les cyberdissidents. Si elles gênent les régimes autoritaires, elles servent objectivement les intérêts américains. 

Elle cherche des relais dans le monde des cyberdissidents, arabes ou autres : au risque de les compromettre, l'administration Obama relayée par des entreprises ou des fondations leur fournit ostensiblement moyens et soutien.
La vieille méthode (lancer la télévision arabophone Al Hurrah) et la nouvelle (multiplier les stages pour blogueurs "arabes modérés" ou investir dans les technologies pour contourner la censure) ne sont pas contradictoires. Il y a continuité de la politique d'influence sous des formes renouvelées.  La preuve ? Le doyen Nye vient de produire un nouveau concept, sur lequel nous aurons certainement à revenir : cyberpower.


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