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Information, pouvoir et usage : l'infostratégie > Pouvoirs et information
Cyberpouvoir ?

En quoi pourrait consister un "Cyberpouvoir" de plus en plus présent dans la pensée stratégique US ?
Il suppose des caractéristiques qui tiennent à la fois à sa nature et au comportement des acteurs.
Que signifie “avoir” du pouvoir dans le cyberespace ? Si nous partons de l'idée que le pouvoir suppose la probabilité d'obtenir de l'obéissance ou un autre avantage d'autrui, la première réponse qui vient à l'esprit est qu'il faut posséder des outils de puissance et des moyens de performance. 
La façon la plus visible d'augmenter son "cyberpouvoir" (notion qui rappelle la "dominance informationnelle" chère à la doctrine militaire des années  90) est d'avoir plus que l'autre. Plus d'internautes, plus de machines, plus de connexions, de meilleures infrastructures et les chercheurs les plus innovants, davantage d'industries numériques de pointe, plus d'investissement et de meilleures universités, davantage de services fonctionnant en ligne, etc. Mais, du point de vue du cyberconflit, cela implique aussi : davantage de cibles, davantage de dépendances, des dommages plus graves en cas de dysfonctionnement et plus de visibilité pour d'éventuels attaquants.
Le pouvoir de performance est relayé par le pouvoir .normatif : il y a avantage à peser sur les règles qui seront appliquées, à travers sa législation, bien sûr, mais aussi par des normes techniques, en s'assurant, par exemple, d'avoir un jour la capacité d'obtenir la coopération d'un acteur de l'Internet et de pouvoir ainsi faire retirer son adresse IP, son mode de réfèrencement ou ses moyens de payement à un adversaire. Mais aussi positivement, en faisant prédominer sa langue, sa technologie, ses standards, etc. Et ce pouvoir s'acquiert en amont, "dans la vraie vie", en établissant certains rapports avec les grands acteurs privés du Net (méthode américaine) ou en s'assurant qu'ils ont la bonne nationalité (méthode chinoise). 
Enfin le pouvoir sur Internet peut reposer sur la seule faculté de perturber un processus habituel : diminuer les performances de l'autre ou le contrôle qu'il exerce par les normes. Perturber peut consister en divers procédés : prélever clandestinement de l'information, occuper ou saboter une système informationnel, y introduire une information qui ne devrait pas y figurer (fausses données, logiciel perturbateur, défaçage d'un site pour y placer un message provocateur ou insultant...). 
Mais dans tous les cas, cela équivaut à une anomalie (qui, elle-même, n'est possible que s'il existe une faille d'un système de contrôle)  : une information a été connue de quelqu'un qui aurait dû l'ignorer, un système n'a pas fait ce pour quoi il était conçu ou l'a fait trop tard, une personne a pu faire exécuter des commandes pour lesquelles elle n'avait pas d'autorisation ou d'autorité... Et toutes ces actions sont réalisées parce que l'assaillant possède certaines connaissances (soit c'est un hacker très fort techniquement, soit il a réussi par d'autres procédés à s'emparer d'informations précieuses comme un faux certificat d'authentification, soit encore, il a recopié une technique d'attaque)... En ce sens, il n'y a rien de plus asymétrique par essence qu'une attaque informatique.
La seconde dimension du pouvoir dans le cybermonde est le comportement des acteurs. Finalement, même s'il s'exerce à travers des informations comme des bits qui circulent et suivant les règles du monde virtuel, le pouvoir n'est intéressant qu'autant qu'il permet d'agir sur les hommes. Et ceci va se faire à travers trois dimensions du comportement : violence, connaissance et influence. La violence peut-être la violence physique (l'arrestation d'un blogueur ou d'un hacker), la violence d'une menace ou la violence d'un instrument de sabotage qui détruit un système bien réglé en y introduisant un principe de chaos : ainsi un logiciel malicieux qui provoque des dysfonctionnement dans une chaîne d'enrichissement de l'uranium pour prendre un cas célèbre.
Mais la violence n'a aucune efficacité sans un savoir : savoir où est la vulnérabilité ou comment se procurer un mot de passe pour l'attaquant, et, pour le défenseur, savoir comment assurer la résilience ou identifier l'attaquant ou surveiller les internautes qui se livrent à des activités interdites. Connaissances techniques de haut niveau ou petits secrets dérobés par astuce peuvent avoir la même importance pour contribuer au résultat final.
Enfin le dernier ressort est celui de l'influence : pour cela il faut persuader les acteurs de la vérité de certains événements (vrais ou faux comme l'identité d'un attaquant ou l'intégrité de certains documents) ou les motiver. Les motiver, y compris à travers des messages lancés sur la Toile, étant une condition indispensable de la réussite. Qu'il s'agisse de recruter des hackers patriotes ou des défenseurs de la transparence d'Internet, de monter un réseau ou d'organiser une protestation.
Le tout dans de perpétuels va-et-vient entre monde réel et monde virtuel et dans une tourmente provoquée par la nouvelle répartition des pouvoirs
 Comme le fait remarquer Nye " le faible prix d'entrée, l'anonymat et l'asymétrie en termes de vulnérabilités implique que des acteurs plus modestes seront capables d'exercer du hard et du soft power dans le cyberespace, plus que dans aucun autre domaine de la politique mondiale... Le plus puissants auront moins de chances de dominer unilatéralement  ce domaine comme ils le font dans l'espace terrestre et aérien. Mais le cyberespace montre aussi que diffusion dunpouvoir ne signifie pas égalité de pouvoir ou que les gouvernements soient remplacés dans leur rôle d'acteurs les plus puissants de la politique mondiale


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