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Think tanks et intellectuels 2
Dans un article précédent nous avons évoqué la notion d'intellectuel à propos des think tanks comme intellectuels collectifs


Un exemple récent souvent évoqué celui des néo-conservateurs US, en particulier sous les présidences de G.W. Bush. Une poignée d'universitaires et de chercheurs bardés de diplômes, se réclamaient tous du même magistère intellectuel (celui de Léo Strauss partisan de «vérités éternelles» héritées des Grecs, du monothéisme et des pères de la démocratie et hostile à tout relativisme). Nous avons décrit dans «Quatrième guerre mondiale Faire mourir et faire croire» leur rôle d'inspirateurs idéologiques de l'administration républicaine et leur méthode de persuasion destinée à obtenir cette guerre contre l'Irak qu'ils réclamaient depuis les années 90.

Or. Si les neocons ont pesé un tel poids sur la politique étrangère américaine ils l'ont dû à une stratégie systématique de conquête des lieux de pouvoir (beaucoup ont occupé de hauts postes sous les Républicains, tenu des chroniques dans des médias importants, entouré le président etc..). Mais aussi à une intense production argumentaire -en faveur de la guerre mais aussi de leur vision générale du monde- production relayée à travers des livres et interventions, et par des think tanks amis.


Idées et effets


Des producteurs d'idées parvenant finalement à faire réaliser leur projet en convainquant les détenteurs de la puissance publique : c'est vraiment un cas d'école.Et sans tomber dans la théorie du complot, il faut admettre une remarquable leçon technique sur la façon dont les idées d'une minorité changent le monde même si ces résultats ont été politiquement et moralement effroyables. Plus une bonne démonstration que l'intellectuel, surtout s'il est organisé, n'est pas condamné à être une douloureuse conscience critique protestant contre l'état du monde sans jamais rien faire qui puisse le modifier.


Comment classer l'intellectuel des think tanks dans ce catalogue ? Sa première caractéristique est d'avoir un champ de compétence spécifique (cf. Foucault), mais aussi un commanditaire. Ce dernier peut être un poseur de questions (par exemple l'armée américaine qui «demande» à la Rand quelle stratégie adopter en quel domaine) ou le think tank qui a des options politiques souvent affichées (ou reçoit de subventions qui ne sont peut-être pas désintéressés et certainement pas indifférentes à l'orientation des conclusions). Cela ne suffit pas à en faire automatiquement un «chien de garde» des puissants, ni à ne produire que des idées convenues, mais cela implique un rapport très particulier entre la productions théorique et un réel qu'elle est censée modeler.


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