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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Vidéo de Mohamed Merah

Selon les informations publiées :

- Mohamed Merah avait bien tourné une vidéo de ses massacres avec la fameuse petite caméra qu'il portait autour du cou

- il en avait fait un montage destiné à illustrer son message jihadiste, il voulait le mettre en ligne

- soit lui-même juste avant d'être pris soit un complice (il est question en ce moment d'un troisième homme qui aurait pu l'aide, outre le frère Abdelkader) a effectivement fait parvenir ce document à al Jazeera au moins (qui refuse de les diffuser)

- les familles des victimes et les autorités veulent s'opposer à cette mise en ligne.

Si tout ce qui précède est exact, que pouvons-nous en conclure ?

- Que la vielle règle "les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire" s'applique parfaitement. Mohamed Merah est un enfant des jeux vidéos et des réseaux sociaux. Il n'écrit donc pas des manifestes de centaines de pages en simple interligne à la façon de la Fraction Armée Rouge : il filme, il monte et il met en ligne

- Reste l'essentiel : le terroriste ne fait mourir que pour faire savoir. Son acte (guerre du pauvre) ne vaut à ses yeux que s'il porte un message (propagande par le fait). Il tue les gens non pour ce qu'ils sont (et en ce sens, il se fiche qu'un parachutiste soit catholique ou musulman ou qu'il ait la peau bronzée) mais pour ce qu'ils représentent  : l'armée française qui - selon lui- tue et persécute en Afghanistan.("Tu tues mes frères, je te tue", dit-il à un des paras). Quant aux enfants juifs, ils sont massacrés pour compenser des massacres d'enfants palestiniens par Tsahal. Ils les représentent en quelque sorte a contrario comme de simples jetons. Il est idiot de dire que son crime est "gratuit" ou "absurde" : il répond à une logique du sang versé et du sang dû.

- Nous sommes dans les mathématiques de l'horreur : les Juifs et les Croisés lui doivent littéralement tant de vies. Son acte vise à rétablir un équilibre suivant la loi du talion, pas à porter une revendication ou à faire une publicité sanglante à un mouvement quelconque

- Comme dans tous message terroriste, il y a trois parties impliquées : le grand NOUS (ici les Musulmans, comme ce fut autrefois et pour d'autres la Nation  oppressée ou le Prolétariat) au nom de qui on combat, l'acteur d'avant-garde qui représente le Nous (Mohamed, le mouhadhjid, qui, bénéfice collatéral, gagne et la gloire et le statut de martyr) et le grand EUX : les Juifs et les Croisés qui sont les vrais terroristes puisqu'ils ont commencé à répandre le sang des musulmans. La phrase "J'ai mis la France à genoux", qu'aurait prononcé Merah est très caractéristique : il s'agit d'infliger une humiliation symbolique à l'oppresseur orgueilleux et qui se croyait à l'abri. Il s'agit de révéler la faiblesse du fort, de le faire vivre désormais sous la menace, et d'encourager le faible opprimé (le Musulman) à imiter son exemple.

- Mohamed Merah n'était pas un produit de la folie ou de conditions sociales difficiles (même si un passé psychiatrique ou un environnement socio-culturel peuvent expliquer comment quelqu'un en vient à tirer sur des enfants en les regardant dans les yeux et en jouissant selon son propre mot- Il était un produit de l'idéologie ou plutôt de la logique de l'idée. Réduire son crime à sa dimension psychiatrique ou sociologique c'est se condamner à ne rien y comprendre pour s'éviter des questions gênantes et rester politiquement correct (pas d'amalgames, pas des stigmatisation, ne pas donner d'armes aux populistes et autres arguments...)

- Merah est un Brevik à l'envers (du reste, au moment de la tuerie en Norvège, nous écrivions qu'il y aurait sans doute un jour un "Breivik islamiste"). Comme son adversaire (Breivik était persuadé qu'il fallait éveiller le peuple menacé par un complot islamiste), mais en sens inverse, Merah est convaincu que le monde est mené par un complot anti-islamiste et qu'il faut réveiller les vrais croyants avant qu'il ne soit trop tard. Pour cela il faut produire les images les pus éloquentes possibles.

Pour ces hommes du ressentiment les images - scandaleuses et contraires à toute décence humaine à nos yeux - sont des image "bonnes", pédagogiques qui montrent le châtiment des méchants et exaltent la libération et la lutte des victimes; Car, bien sût, tout terroriste pense que la victime, c'est lui et qu'il ne pratique qu'une légitime défense.


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