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Assange contre Obama
Développement durable

Assange  assiégé à l'ambassade d'Équateur à Londres est maintenant parfaitement rentré dans son personnage, celui du symbole international : il s'adresse en égal au président US pour lui demander de cesser sa chasse aux sorcières contre Wikileaks, et contre ses partisans. Derrière lui, l'Équateur, bien sûr dont le président Rafael Correa a lui-même obtenu le soutien des pays de l'Alba (l'Alliance bolivarienne pour les peuples des Amériques, le bloc socialiste anti-impérialiste de la région). Jusque là rien de très surprenant. Il était assez prévisible que le tiers-mondistes jouent cette carte et mettent les Occidentaux devant leurs contradictions : on applaudit les cyberdissidents arabes, on se mobilise quand un dissident se réfugie à l'ambassade US ou on défend les Pussy Riots et on envisage sans états d'âme d'aller chercher Assange de force sous une prétexte judiciaire auquel ne croirait pas un enfant de cinq ans.



Sur le fond, en effet, personne ne pense sérieusement que l'Angleterre, si permissive avec les imans jihadistes, soit uniquement motivée par la solidarité avec la justice suédoise et  par la lutte planétaire contre les violences sexuelles.. Pas plus que l'acharnement de la Suède que l'on croyait moins sécuritaire et répressive  ne reflète la seule l'indignation de songer que quelqu'un qui aurait continué à avoir des rapports sexuels avec un préservatif crevé (ce dont la victime s'est indignée plusieurs semaines plus tard) ne soit pas traité comme un criminel de guerre. Tous les yeux se tournent donc vers Obama qui veut visiblement accrocher le scalp de l'Australien à sa ceinture avant les élections : comme il l'avait fait dans son bras de fer avec Megaupload, il a choisi d'utiliser toute le poids d'influence des USA que ce soit auprès des acteurs du Net comme Paypal et les fournisseurs d'accès ou de ses alliés politiques. Quitte à  faire ce que Nixon n'avait pas réussi contre le responsable des fuites des papiers du Pentagone (Ellsberg qui avait diffusé des milliers de documents dans les années 70) Obama veut embastiller l'homme qui menace le secret d'État de l'hyperpuissance.



Derrière le fort Chabrol de Londres se joue un enjeu symbolique. D'un côté Assange qui, au-delà de ses alliés tiers-mondistes, veut incarner le principe de la transparence d'Internet. Il ne lutte pas pour un système idéal, mais pour les potentialités techniques du numérique comme armes politiques (tout peut être reproduit, tout peut être mis en ligne et rendu accessible, il suffit d'une personne dans une organisation ou d'un hacker pour que tout se sache...). Son but est de rendre toute dissimulation impossible et de faire du peuple un juge permanent des actions des puissants. Sur ce point, quel que soit le côté narcissique du personnage, son idéal politique rejoint l'action de tous les groupes de hackers de type Anonymous ou Lulzsec qui combattent la censure, la répression ou la moindre tentative de contrôle dans le cyberespace. Il y a un fort potentiel de mobilisation pour cette idéologie à la fois simple, attractive et qui évite les tourments moraux (ne soutenant aucun gouvernement, ou n'ayant aucune mesure à préconiser, il suffit de jouer les Robin des Bois numériques).



Mais du côté américain, les autorités ont sans doute pesé le pour et contre. Il y a le risque de paraître persécuter une liberté que l'on réclame dans d'autres pays (quand Wikileaks ou les Anonymous publient les frasques de ben Ali ou les correspondances de Bachar el Assad, on ne s'indigne plus de la tyrannie de la transparence). Mais le risque est trop grand de laisser se développer dans l'impunité un phénomène de whistleblowing de masse : aucune organisation d'État de grand entreprise ou administration ne peut tolérer une menace permanente sur le secret qui fonde son pouvoir.



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