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Événement
L’événement : ce qui advient, des faits qui se produisent et qui surprennent. Ces faits ne sont pas nécessairement fortuits comme l’accident ou la catastrophe, mais ils font contraste avec le cours ordinaire des choses et posent une énigme à notre besoin d’explication. Il n’y a donc pas d’événement en soi mais événement pour quelqu’un qui lui confère ce statut à mesure de l’importance, de sa nouveauté et de la signification qu’il lui attribue. L’expression « faire événement », entrée dans l’usage, elle désigne le processus par lequel un fait prend une dimension supérieure, et mérite analyse, réflexion voire jugement de valeur éthico-politique.
Du coup, le statut de l’événement dépend largement de celui des médias dominant d’une époque qui le construisent le sélectionnent et le recyclent. D’où quelques paradoxes :
• Les médias ne transcrivent plus l’événement, souvent ils le suscitent : en Somalie on a vu l’U.S. Army programmer des guerres humanitaires sur rendez-vous avec les grands médias, mais y renoncer dès que les caméras saisissent une scène non prévue par le scénario : des boys morts, des indigènes bêtement mitraillés. Dans la vie civile une bonne part des événements qui nous sont rapportés, sans être nécessairement faux, sont imaginés, préparés, mis en scène, précisément pour être vus. Dès les années 60, Daniel Boorstin pressentait ce qu’il nommait les pseudo-événements produits pour être reproduits et donc commentés.
• La principale fonction des médias – dans l’attente supposée d’événements - est de dire qu’ils sont là et qu’il n’y a rien à dire, sinon que la planète entière vibre de la même émotion et partage la même attente. L’absence d’information ne fait pas obstacle à la communication. Au contraire. Et la réactions à un fait (telle l’émotion planétaire face à une catastrophe) peut devenir à son tour événement ou fait de société donnant lieu à commentaire en boucle.
• L’événement médiatisé tend de plus en plus à interpeller le destinataire, le public, c’est-à-dire à lui demander implicitement de prendre parti par une émotion ou un jugement moral. « Réagissez, vous êtes concernés… »
• La partie vaut le tout, l’individu la Cause, l’exemple l’explication. Un témoignage de victime, une mort filmée, une bavure condamnent un camp. D’où la tentation du trucage. De l’image un peu esthétisée et un peu posée pour complaire aux goûts de la presse jusqu’à la pure et simple mise en scène, en passant par les images mal légendées, mal montées ou hors contexte s’ouvre le champ miné qui sépare l’erreur de bonne foi de la totale manipulation. Mais surtout l’attention médiatique portée à ce qui est décrété « événement » tend à donner un statut exemplaire à tout et n’importe quoi. Ce qui ne facilite ni le travail de réflexion, ni la prise de distance par rapport à l’immédiat.
La question n’est donc pas tant – ou pas seulement - que les événements rapportés par les médias soient vrais ou faux, il est de comprendre en fonction de quelle grammaire ils ont été choisis, mis en scène (avec une temporalité, un début, un développement, une fin), interprétés, investis…

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