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Obama nous a-t-il déclaré la (cyber)guerre ?
Obama nous a-t-il déclaré la guerre ?



C'est ce que semble suggérer la couverture de l'Express qui aurait fait beaucoup de bruit si l'actualité n'était pas occupée par le psychodrame que l'on sait. Sous l'étiquette "cyberguerre" nous apprenons que l'Élysée aurait été piraté par des services US.



Résumons la thèse de l'hebdomadaire : entre les deux tours de l'élection présidentiellle, plusieurs conseillers de l'Élysée auraient été piégés par "hameçonnage" (un technique qui consiste à envoyer quelqu'un vers un faux site, en l'occurrence, celui de la Présidence, où on leur fait donner leur loggin et leur code) ce qui aurait permis d'introduire un logiciel espion très sophistiqué dans le système d'information de l'Élysée. Le virus aurait été découvert tardivement et péniblement désintallé par les spécialistes de l'ANSSI.



Pourquoi accuser les USA ? Selon l'Express, ce serait un faisceau d'indice, la sophistication même du logiciel malveillant, son "style" qui indiqueraient le made in USA.



Est-ce vrai ? Bien entendu, nous n'en savons rien : nous sommes typiquement devant un problème d'attribution, c'est-à-dire devant la difficulté de savoir qui vous attaque autrement qu'en présumant sur ses capacités, son modus operandi, loccazsion ou son motif pour commettre le crime.





En revanche, nous savons que cela est vraisemblable. Ici, ce sont les Américains eux-mêmes qui ont donné les verges pour se faire battre.



- Les récentes révélations du New York Times sur l'opération "Olympic Games", à savoir que la fabrication et la diffusion du fameux virus Stuxnet aurait été menée par les administrations Bush puis Obama. Soit dit en passant, l'Express rappelle que ce virus, initialement destiné à détruire des systèmes SCADA d'enrichissement de l'uranium aurait quelque peu "bavé" et aurait même fini par frapper des entreprises françaises comme Air Liquide. C'est une variante numérique du dommage collatéral : même les virus hypersophistiqués et censés ne frapper qu'un système d'information coupé du Net, finissent pas se retrouver dans la Nature.



- Les déclarations US sur les dangers que courrait le pays, sur les pratiques et projets criminels des Chinois dans le cyberespace, sur le péril cyberterroriste, sur la possibilité de considérer des attaques informatiques comme des actes de guerre et d'y répondre par des armes conventionnelles, tout cela finit par faire beaucoup et l'on commence à se demander si tant de proclamations voire de rodomontades s'appuie sur une conscience si virginale. Autrement dit la rhétorique US s'appuie-t-elle sur des pratiques si vertueuses que cela ou vise-t-elle à légitimer des méthodes agressives qui n'auraient rien à envier à celles des "bad guys" ?



- Certes espionner n'est pas saboter, et, si les révélations de l'Express sont vraies, on pourrait faire remarquer que les services américains se contentaient de nous voler des informations confidentielles (dans quel but au fait, concurrence économique, surveillance d'un allié peu fiable ?) et ne tentaient pas de détruire nos infrastructures vitales. Maigre consolation !



- Enfin et surtout les États-Unis ont un lourd passé en ce domaine. On se rappelle l'affaire Échelon révélée dans les années 90. Un gigantesque système d'interception des communications en tous genre (téléphone, Telex, mails) dirigé par la NSA, initialement destinée à lutter contre l'Est, mais reconverti dans la surveillance électronique des alliés pour des fins économiques. Et ceci sous l'administration Clinton.





Aucune certitude dans tout cela, sinon que l'effet "boîte de Pandore" que nous avions annoncé joue à plein. La cyberstratégie n'est pas qu'une affaire d'algorithmes sophistiqués : elle fonctionne au bluff, à l'intoxication, à la croyance. Comme toutes les stratégies, au fond.



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