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Tweets pontificaux
Gazouiller pour sauver les âmes

En donnant sa bénédiction tweeto et orbi, et en sept langues, le pape (@pontifex) s'inscrit dans une tradition catholique d'utilisation des médias modernes (Radio Vatican commence à émettre en 1937, comme première radio internationale). Donc rien de très surprenant. Et, après tout, parmi les 500 millions d'utilisateurs de la plate-forme de micro-blogging, il y a nombre de chefs d'État et de grands de ce monde. Ils peuvent utiliser Twitter ou le faire utiliser par le secrétaire qui en est chargé, soit pour publier leur agenda (cérémonies, rencontres, voyages), soit pour des annonces qui seront d'autant plus reprises par les médias qu'elles auront été surprenantes et prêteront au commentaire. Soit, plus rarement, pour prononcer quelques sentences ou pensées sur l'état du monde (généralement d'affreuses banalités moralisatrices concoctées par leurs services de communication).
 Twitter est devenu la tribune des puissants. Pas rebutés par la terrible règle des 140 signes, les détenteurs de l'autorité spirituelle, politique ou médiatique confient de plus en plus de déclarations à ce média social qui ne permet ni de traîner, ni de s'épancher, ni de beaucoup soigner la forme. 
Mais c'est justement de laconisme qui fait la puissance de la plate-forme de micro blogging. Elle oblige à être lapidaire, qualité des chefs par excellence. Elle oblige à réagir vite, qualité des stratèges. Elle a une capacité de contagion remarquable : vos partisans s'empressent de retransmettre vos propos, d'autant plus anxieux de le faire, que leur propre statut au sein de la twittosphère dépend en partie de la capacité d'informer ou de signaler (le fameux "retweet") avant les autres, avant les médias. "classiques". Accessoirement, c'est par excellence le média des médias où les journalistes vont chercher des sujets à traiter sur les médias plus classiques, et un moyen de documentation par excellence (signaler très vite une source, un site ou une image qui permettra dans un second temps de trouver arguments et développements). C'est donc autant que le miroir narcissique du citoyen lambda, l'outil des personnalités. 
Il existe une hiérarchie, celle du nombre de "suiveurs" (il y a même des hommes politiques qui achètent en guise de marque de prestige de faux "followers", de pseudo comptes de partisans qui sont en réalité gérés par des logiciels). 
Chez les stars, ceux qui suivent très peu et sont énormément suivis, le compte tweeter sert à dénombrer ses admirateurs et à renforcer leur culte de l'idole. Cela contribue à rendre son possesseur plus "bankable" dans le show business. Leur communauté communie dans le même sentiment d'admiration et de proximité à la fois et ce temps de cerveau humain a une valeur. 
C'est là le paradoxe de Twitter : la plate-forme peut servir une stratégie de compétition et de hiérarchie, voire de manipulation,tout en étant en principe un outil de convivialité et de coopération. 
Elle peut servir à l'usage le plus trivial ("il fait beau", "j'ai vu un bon film"), voire le plus assommant ("parles moi de moi, il n'y a que ça qui m'intéresse") comme il peut servir à l'usage le plus dramatique : organiser une manifestation ou une émeute. 

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