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L'allié qui nous espionne
L'onde de choc de l'affaire Snowden continue de s'étendre. Autrefois, il fallait se protéger contre des espions étrangers qui volaient vos secrets pour les transmettre de manière occulte à leurs gouvernements. Désormais, il faut se protéger contre ses propres espions qui décident de porter la vérité sur la place publique. Saisis du complexe d'Antigone, se réclamant de la transparence démocratique contre le secret d'État, et trahissant leurs propres serments de silence, ils révèlent tout, y compris que vous espionnez vos alliés. Après Prism et Verizon (ou Tempora pour les cousins britanniques), voici l'affaire qui fait enfin réagir les Européens.

D'après les documents publiés par le Spiegel et provenant apparemment de la  NSA, puis confirmé par le Guardian, l'agence aurait intercepté les communications de 38 ambassades ou missions, sans oublier les représentations de l'Union Européenne. Italiens, Grecs, Français,  avec les fonctionnaires bruxellois et d'autres pays amis non européens, étaient donc traités comme des États voyous ou islamistes.
Sur le plan technique, cette affaire est assez différente de Prism et consorts. Il ne s'agit plus, cette fois, de recueillir des millions de messages et de métadonnées pour les confier à des ordinateurs en espérant en retirer des rapprochements révélateurs. Il s'agit d'intervenir sur les dispositifs de communication (téléphones, ordinateurs, fax cryptés) de diplomates ou hauts fonctionnaires bien ciblés et de savoir ce qui s'échange entre eux et leurs gouvernements ou d'autres autorités. Voire de pozer dbons vieux micros.

Comme cette affaire tombe quelques jours après la découverte que les Britanniques espionnaient les participants au G8 par des méthodes tout aussi soviétiques, la vraisemblance de ces révélations, appuyées sur ses documents de l'intérieur, devient de moins en moins douteuse.
Quelques naïfs s'étonneront que l'on espionne ses alliés. Nous leur rappellerons qu'au moment de l'affaire Échelon dans les années 90, des accusations au moins aussi graves avaient été portées, ou, pour prendre un exemple plus récent, qu'il a été question d'infiltrations américaines jusque dans l'intranet de l'Élysée dans les derniers mois de la présidence Sarkozy. 
Que les États-Unis et les membres du pacte dit UKUSA (Royaume-Uni, Canada, Nouvelle-Zélande, Australie), se livrent à l'espionnage économique ou diplomatique pour gagner un avantage dans la compétition ou les négociations et pas pour arrêter des jihadistes, voilà une hypothèse qui prend quand même quelque consistance.

Le fait que l'affaire été révélée de manière si rocambolesque et qu'elle ait tellement touchés les Allemands, assez sensibles à ce touche aux écoutes depuis le temps de la Stasi, ont donné beaucoup d'écho au scandale. Pour la première fois, on voit des responsables européens que l'on avait connus moins pugnaces demander des explications aux États-Unis. Verrons nous ce que nous n'avions pas vu au moment de l'affaire Échelon ou lors des premières révélations de Wikileaks ? Que la classe politique européenne ne se contente pas de réponses diplomatiques mais envisage de sanctionner l'allié qui nous espionne ? réponse dans les prochains jours.

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