huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Information, pouvoir et usage : l'infostratégie > Pouvoirs et information
Snowden : l'affaire sans fin
Mille milliards de données !

L'affaire Snowden finira-t-elle un jour ? Outre qu'elle pousse Obama à réinventer la guerre froide (en même temps que la guerre au terrorisme ) on apprend que la méfiance des utilisateurs pourrait coûter 35 milliards de dollars aux géants du Cloud, qu'il y aurait  20.000 documents confiés au Guardian qui pourraient sortir. Et que la NSA espionne bien, outre des étrangers ou des gens en rapport avec l'étranger (ce qui commence à faire du monde) les conversations qui parlent d'"étrangers sous surveillance" (comme ben Laden ou Bachar al Assad ? Vous n'en avez jamais parlé, vous ?).
En attendant Nucleon

Sans oublier la révélation de l'affaire XKeyscore. Si l'on croit les explications de Snowden, ce programme dit de "Digital Network Intelligence" permet " aux  "analystes de chercher, sans autorisation préalable, dans de vastes bases de données contenant les emails, les chats en ligne, et les historiques de navigation de millions d'individus"



Ainsi, en pêchant "au filet" (on parle d'au moins 41 milliards d'enregistrements collectés) et avec des outils de sélection sémantique, un analyste pourrait non seulement reconstituer qui est en contact avec qui (cela, c'est du travail "classique" sur des métadonnées) mais aussi le contenu de messageries, des informations plus en profondeur (copies envoyées, historique..), les recherches et les navigations sur Internet, plus des filtrages par nom, numéro de téléphone, adresse IP, mot-clef, etc.



Bref, vous donnez un élément d'information au programme et il vous tire tout le reste de la pelote.



Il semblerait que nous soyons en présence d'un système qui fait à la fois des enquêtes hyper-individualisées (tout savoir sur ce que fait l'individu X à partir d'un indice) et qui travaille sur des Big Data. Selon Viktor Mayer-Schönberger et Kenneth Cukier (auteurs de "Big Data"), la NSA collecterait par jour de 1, 7 milliard par jour d’emails, appels téléphoniques, et messageries (Skype, messages sur Facebook).. Ce n'est évidemment pas pour compléter la fiche personnelle d'individus repérés et réputés particulièrement dangereux. Le travail de renseignement passe donc désormais par le traitement statistique par des machines aux énormes capacités de corrélations qui résultent de la masse interceptée. L'idée clef est celle de la prédiction par très haute probabilité : les gens qui ont tel type de contact et vont sur tels sites ont une très forte probabilité d'avoir telles options politiques ou sexuelles. Si l'on constate pour une période donnée une très forte fréquence de l'usage de tel vocable (ou de termes ayant une connotation similaire), il y a de très forte chance que tel type de gens aient tel type de comportement (par exemple : de menacer des intérêts US dans tel pays). Les bureaucrates de la NSA croient posséder la machine à prédire qui, comme dans le film Minority Report ou le feuilleton TV "Person of interest" annonce les crimes juste au moment où ils vont se commettre. Mais apparamment cette machinerie ultra-coûteuse ne leur a pas appris que des Manning ou des Snowden allaient faire une crise de conscience et révéler la vérité.




 Imprimer cette page