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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Attaque des shebab au Kenya

Au moment où nous écrivons, il y aurait au moins 59 morts dans l'attaque contre un centre commercial à Nairobi. L'assaut final qui finira bien par avoir lieu, éventuellement avec l'aide de forces israéliennes, alourdira certainement ce bilan. Avec toutes les précautions qu'exige l'analyse d'un événement aussi brûlant et avec force conditionnels (donc : si ce que nous lisons est exact), on peut pourtant tenter une première analyse :



- Difficile de douter à ce stade qu'il s'agisse d'une opération menée principalement par des shebab venus de Somalie



- La méthode employée (un commando dans un lieu public difficile à défendre, se dispersant et prenant des otages) rappelle celle de l'attaque de Mumbai en Novembre 2008 ou de la prise d'otages d'Ibn Amenas en Algérie. Des combattants résolus à périr et relativement bien armés (Kalachnikov, grenades, du matériel qui doit se trouver dans la région) débarquent brusquement, font un maximum de dégâts et utilisent les otages de préférence étrangers pour continuer à combattre le plus longtemps possible et surtout pour avoir un écho maximum dans les médias internationaux ("suspense" durable et spectaculaire plus audience mondiale concernée par le caractère cosmopolite du terrain d'action). Exemple : on apprend à l'instant qu'il y a deux françaises parmi les victimes (ce qui était statistiquement vraisemblable) et cela va fortement impliquer notre pays.



- Comportement similaire au cas d'Ibn Menas à l'égard des otages : le commando dit aux musulmans de s'en aller pour ne frapper que des infidèles. Sur le plan symbolique, le fait d'attaquer un centre commercial où les riches étrangers peuvent acheter des produits de luxe et se débaucher porte encore davantage.



- Le jihadisme africain s'est donc bien diversifié : à l'ouest avec Aqmi, Ansar Dîne, Mojao, Boko Haram, et leurs multiples tendances ou fractions à l'est avec les shebbab et leurs variantes. Il s'agit de groupes territorialisés, mais en même temps capables de franchir les frontières pour des opérations dans des pays frontaliers, voire plus loin. Ils entretiennent des liens de coopération sur le plan technique et militaire, quand ils ne se déchirent pas en scissions et sous-scissions. On peut globalement dire qu'il s'agit d'affiliés ou de pseudopodes d'al Qaeda, même si leur rattachement à une organisation unique tient plutôt des déclarations vagues ou à la recherche d'un argument publicitaire plutôt qu'à l'obéissance à une structure centrale.



- Le Kenya, pays majoritairement chrétien, fortement engagé au nom de la solidarité africaine dans la lutte contre les jihadistes, ami d'Israël est une cible logique pour les shebab de Somalie : ils ont toutes les raisons de punir ce pays où ils ont déjà accompli des attentats à l'explosif, des attaques contre des églises ou des intérêts étrangers, etc. Sans remonter au fameux attentat contre l'ambassade de Nairobi il y a quinze ans, un des grands "exploits" d'al Qaeda avant le 11 septembre. Restera à voir dans les jours qui suivent si l'attentat ne suscite pas des représailles contre les musulmans qui, à leur tour, nourriraient une ébauche de guerre civile religieuse.                                                                          



-  Il n'est pas impossible que le commando ne soit pas composé uniquement de somaliens. Les jihadistes "internationaux" (dont des Belges, un Français, un Britannique) ont été pris au Kenya. II n'est pas rare de rencontrer dans la région des combattants de ces nouvelles brigades internationales comme le jihadiste américain Omar Shafik Hammami récemment tué. Imaginez qu'il y ait un français dans le commando...



L'hypothèse d'un jihadisme africain "multifonction" (capable de mener des attentats suicide comme une guérilla, mais aussi de tenter de s'emparer de régions entières pour y imposer la charia, alternant jihadisme et trafics, solidaire et divisé à la fois) se renforce. Pendant que les attaque jihadistes reprennent à un rythme inquiétant au Yemen, en Irak, en Égypte, etc. Au mois de Janvier, un article de Foreign Affairs intitulé "le jihad arrive au Kenya" était plutôt prophétique.



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