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Dekhar : la dimension idéologique
Vingt d'obsession du complot fasciste

Le présumé "tireur fou" qui s'en est pris à trois symboles de la société libérale BFM, Libé et la Société Générale, était en fait bien connu des médias : il avait fait une peine de prison (mais sans avoir à donner son ADN à l'époque) dans les années 90 en tant que complice du couple Maupin et Rey. Pour mémoire ces deux jeunes antifas, familiers des squats, militants du groupe SCALP (Sections Carrément Anti Le Pen) et de tendance dite autonome rêvaient de passer à l'action armée, un peu sur le modèle Action Directe. Lorsqu'ils le font, en 1994 il leur faut commencer par accumuler un trésor de guerre, donc par des hold-up. Et pour cela, ils veulent se procurer des armes de poing. Ils ont la brillante idée de s'emparer de celles de policiers de garde à la préfourrière (avec l'aide de Dekhar) ; ils les menaçent avec des fusils à pompe (que Dekhar avait achetés à la Samaritaine : ça ne s'invente pas). C'est le 4 octobre 1994. Et là, tout dérape, le jeune couple braque un chauffeur pour s'enfuir, rencontre la police, tire, est poursuivi, seconde fusillade, etc. Résultat : cinq morts dont trois policiers. Maupin meurt dans la fusillade et Florence Rey passe plusieurs années en prison. Voilà pour le fait divers et le romantisme morbide.

Suivant de toute récentes déclarations du procureur de la République, Dekhar aurait laissé des écrits évoquant un "complot fasciste" (dont Libé ferait partie ?), la situation des banlieues, les nuisances du capitalisme, le monde arabe exploité..
Le texte n'est pas encore disponible, mais les médias ont repris d'anciens textes de Dkehar pendant son procès de 1995.
Tout en cherchant à se présenter comme un agent infiltré des services algériens, il dénonçait à, l'époque un système qui allait faire de lui "un bouc émissaire un Arabe dans un pays qui compte 20% de fascisants" et la complicité des médias dans l'hystérie générale.

À rebours de ce qu'imaginaient certains (un complot populiste contre la presse libre mené par un homme de type européen au crâne rasé et aux vêtements paramilitaires), la piste politique pointerait donc dans l'autre sens : vers un obsédé de l'antifascisme armé.

Un débat a déjà commencé sur sa folie présumée. Faut-il en faire un Breivik de gauche ? un anar ? un délirant voulant prendre sa revanche sur les symboles du pouvoir, médias et banque ? Un "archaïque" qui n'aurait pas compris que l'idéologie des années 80/90 n'était plus de mode ?

Pour le moment, on ne peut comprendre le personnage qu'à travers ses actes mais leur dimension militant est déterminante, même si elle est pour le moment singulièrement obscure.

ULTRA, EXTRËME, ANTIFA... : LA CONFUSION

Quelle idéologie au fait ?
Une question qui ne manquera pas d'être soulevée dans les prochains jours : quelle est la motivation idéologique qui poussait Maupin et Rey il y a presque vingt ans et quel rapport avec le comportement du "tireur fou" (même si l'on imagine sans peine que ses idées ont pu évoluer en deux décennies).

Cela soulève une question sémantique : faut-il parler d'extrême gauche, d'ultra-gauche, etc. ? Que faut-il entendre par ces termes ?

Extrême-gauche d'abord. Le terme est ambigu d'abord pour une raison historique : la place "butoir" du PCF dans nos classifications politiques. Et le fait que - sauf erreur - personne ne siège physiquement à sa gauche à l'Assemblée Nationale. La chose pourrait changer si le système électoral permettait à des trotskistes d'être élus, par exemple. Extrême-gauche évoque donc "extra-parlementaire" (mais est-ce encore vrai au Parlement Européen ?). Autre acception fréquente : à gauche des réformistes, partisans (au moins en paroles) de la révolution ou de méthodes extrêmes, éventuellement illégales ou violentes pour renverser l'ordre établi. Mais, une fois encore, cela renvoie, dans notre pays au moins, à la place historique du PC : met-on la barre à leur droite ou à leur gauche ? Si l'on retient la seconde solution, faut-il en conclure que le PC est ou était "modéré" ? Il n'est pas certain que cela flatterait certains de ses membre (qui comprendraient "modérément révolutionnaire") : le PC d'après-guerre pour qui votait presque un électeur sur quatre et qui trouvait que Joseph Staline était un type épatant, était-il un parangon de modération ?
Un parti qui gère des municipalités ou dont les représentants portent des cravates est-il modéré par ses objectifs, par ses méthodes ? Mais un parti en état de catatonie intellectuelle et électorale peut-il continuer à servir de référence de ce qui est extrême ou révolutionnaire ? Inversement, un trotskiste devient-il modéré dès que Drucker l'interviewe ?

Plus sérieusement : pourquoi rapporter cette notion à une forme du marxisme ? un écologiste partisan de l'écologie profonde ou un libertaire non violent sont-ils des extrémistes de gauche ? quel critère appliquer au sein de la nébuleuse altermondialiste ?
La radicalité de certains n'a plus rien à voir avec une supposée positions sur la dictature du prolétariat, que ce soit sur le plan des théories (partisans de la déglobalisation ou de la création de zones "libérées" autonomes ou alternatives) ou des actes (black blocs par exemple dont la culture marxiste n'est certainement pas le point fort). Et pourtant, on continue à les placer à une extrémité de l'arc politique. Ainsi de membres des black blocs et certains antifas comme ceux qui sont apparus dans l'affaire Clément Méric sont plutôt de la tendance balayette et coup de boule que dialectique et citations ; leurs références culturelles plus proches de Fight Club et Matrix que de Negri et Agamben. Résultat : difficile d'approfondir la question avec eux.

Faut-il alors encore employer le vieux mot de "gauchiste" ? La notion est très datée : Lénine dénonçait en 1920 comme "gauchiste" (et symptôme d'une maladie infantile) quiconque critiquait sa ligne "sur sa gauche" : Allemands, Hollandais et Italiens de le III° Internationale, "conseillistes"..., peu favorables au parti avant-garde à la bolchevik.
Mais le terme "gauchiste" a été popularisé en Mai 68, là encore pour désigner indistinctement tout ce qui débordait le PCF et le considérait comme révisionniste et/ou autoritaire. Dans le langage populaire groupuscule, gauchiste et soixante-huitard sont devenus synonymes. Globalement, l'expression renverrait à la trilogie trotskistes, maoïstes, anarchistes (bien qu'il ne soit pas du tout certains que les premiers ou les groupuscules qui les représentaient aient été des éléments moteurs de Mai, au moins au début). Or les premiers se considèrent comme les vrais bolcheviks. Les seconds oscillent entre des tendances marxistes-léninistes pures et dures et l'insaisissable "spontanéisme". Les derniers, les libertaires, horrifiés en particulier à l'idée de cohabiter avec les trotskistes, héritiers du boucher de Kronstadt, grand fusilleur de marins et d'ouvriers, servent un peu de catégorie fourre-tout où ranger par exemple les situationnistes. Or comme le disait un des leurs définissant le situationnsime :
"Vocable privé de sens, abusivement forgé par dérivation du terme précédent. Il n'y a pas de situationnisme, ce qui signifierait une doctrine d'interprétation des faits existants. La notion de situationnisme est évidemment conçue par les anti-situationnistes." (Internationale Situationniste)

Par ailleurs l'emploi de "gauchisme" après 68 en a fait quasiment un équivalent de "contestation", y compris dans le domaine artistique : toute expression artistique qui se veut avant-gardiste et prétend saboter l'ordre établi (fut-il symbolique) gagne ainsi ce label. D'autres relèvent fièrement le terme de gauchisme pour en faire comme Daniel Cohen-Bendit "le remède à la maladie sénile du communisme" avant de se reconvertir dans les droits de l'homme, l'écologie et la radio.

Ceux qui voudraient donner un sens plus précis au mot-valise de "gauchisme", peuvent se référer à un livre de Gombin datant de 1971 sur les "Origines du gauchisme" : il commence par le définir comme "alternative au marxisme léninisme", ce qui excluait tout mouvement prétendant seulement critiquer le stalinisme (chose que les maos ne faisaient certainement pas) mais aussi toute doctrine se réclamant d'un "vrai" léninisme comme remède à la bureaucratie soviétique ou dérivée. Bref les non- léninistes seraient plutôt anti-autoritaires et méfiants à l'égard des médiations et des minorités éclairées. Le gauchisme "allant de la révision du marxisme à sa négation", rejette toute idée d'un parti avant-garde du prolétariat et est centré sur l'idée d'autogouvernement ou d'autonomie à tous les échelons (rappelons que ce livre est écrit au tout début des années 70, avant que l'on commence à parler d'autonomie ouvrière en Italie). Ayant ainsi exclu ce que 90% des gens comprennent par gauchisme, Gombin renvoie à plusieurs éléments :
- un révisionnisme philosophique, comme celui de Korsch et Lukacs
- des penseurs "critiques de la vie quotidienne" comme Henri Lefebvre, Castoriadis et l'équipe de Socialisme ou Barbarie, les situationnistes...
- le communisme dit "des conseils" (luxemburgisme allemand, conseillisme de Pannekoek en Hollande, diverses expériences en Russie ou en Hongrie, tout cela au début du XX° siècle).

Le gauchisme tel que le conçoit Gombin est bien plus un projet théorique qu'une pratique ; un mouvement en gestation dont cette liste d'auteurs anciens, marginaux ou peu lus (les gens qui se prennent une soirée pour relire de vieux numéro de Spartacus, revue des années 20, avant l'émeute du lendemain sont assez rares) . Ce serait donc plutôt un élargissement du marxisme ainsi défini : "La théorie gauchiste (..) tient du marxisme son projet de transformation radicale mais elle conçoit la radicalité autrement et de façon plus large. Elle accepte la notion marxienne de lutte des classes mais elle y fait entrer tous ceux qui n'ont pas la maîtrise de leur propre vie et la direction de leurs activités. Elle élargit ainsi - singulièrement - la gamme des aliénations qui pèsent sur l'individu et rompt avec l'économisme marxiste. Elle étend donc le "front des luttes" en se refusant à se limiter au cadre de l'entreprise. Elle porte la bataille jusqu'au cœur de la vie quotidienne." On commence à comprendre que le gauchisme supposerait à la fois abandon du déterminisme historique (contradiction des forces productives et des moyens de production, prolétariat comme classe messianique) et insistance sur l'aliénation (y compris sexuelle, familiale...).

Ce terme de gauchisme se prêtant à trop d'interprétations, retrouvons-nous un terrain plus ferme en nous reportant à celui d'"ultra-gauche" ? Les érudits iront consulter un second livre "Histoire générale de l'ultra-gauche" de Christophe Bourseiller en 2003. Dans ce travail de référence (évidemment contesté par bon nombre d'intéressés) l'auteur commence par classer ultra-gauche nombre de ceux que Gombin classait sous l'étiquette gauchisme : partisans de Rosa Luxemburg et communisme dit des conseils, communisme dit "de gauche" apparu au sein de la III° internationale dans les années 20, "bordiguistes" italiens (Amadeo Bordiga fondateur du Parti Communiste d'Italie ancêtre du PCI en 1921, puis de son propre Parti Communiste International en 1952 reste léniniste mais dénonce dans la politique d'anti-fascisme un leurre destiné à détourner de la lutte des classes). Plus divers mouvements tentant une synthèse entre marxisme et tradition libertaire, plus les situationnistes. Pas simple !

Bref le concept se définit une nouvelle fois négativement : il s'agit des partisans d'un "autre communisme", qui ne seraient ni trotskystes, ni maoïstes, ni anarchistes "classiques", la quatrième famille, en somme...

Du fait que le livre ne citait guère d'exemple postérieur à 1980 (et qu'il semblait exclure des phénomènes comme les autonomes et les altermondialistes) nous doutons que la notion d'ultra-gauche soit d'un grand usage pour décrypter l'actualité la plus récente.

On peut considérer la postérité de Pankoek ou celle de Bordiga comme négligeable.
Ultra-gauche a longtemps évoqué : les situationnistes, plus des anars tentant une impossible synthèse avec le marxisme, un peu à la façon de Daniel Guérin. Si les premiers n'ont guère rassemblé les masses (au moment de sa dissolution en 1972, l'Internationale Situationniste comptait dix-sept membres), le talent d'un Debord, d'un Vaneigem ou d'un Sanguinetti leur ont donné une place importante dans la vie culturelle. La société du spectacle est partout citée (y compris dans les milieux des médias et de la publicité qui réduisent souvent la thèse de Debord à un truisme : nous vivrions dans une société où tout est gouverné par l'apparence). Au moment de l'affaire de Tarnac en 2010 on a rapproché le groupe de Julien Coupat des autonomes inspirés par le situationnisme

Quant aux anarcho-communistes, les frontières du courant ne sont pas très nette : renvoie-t-elle à des distinctions datant du XIX° siècle : descendants de Bakounine l'anti-marxiste, contre enfants de Kropotkine plus tentés d'intégrer le projet économique du communisme à la haine de l'État anarchiste ? Nous serions bien en peine

Le maoïsme a quasiment disparu pour d'évidentes raisons d'évolution de la Chine (même s'il en existe de bizarres survivances au Pérou, en Inde et au Bhoutan) et la catégorie n'est plus pertinente (sinon pour l'appellation d'ex-maoïste prisée dans les salons et les rédactions où on y voit bizarrement une preuve d'idéalisme juvénile).
Admettons aussi que la famille trotskiste est un continent bien repéré avec ses pablistes, ses lambertistes..., encore que la récente transformation de la Ligue Communiste Révolutionnaire en NPA, visiblement décidée à profiter de tous les courants dans l'air du temps (traduisez : les nouvelles luttes) et à infiltrer l'altermondialisme pose problème. Sans parler de ses anciens qui pantouflent au P.S.

Quant à la nébuleuse anarchiste "pure", nous souhaitons bien du courage à qui voudrait la classer. On voit certes subsister de courants "classiques". On peut, par exemple, situer à peu près des mouvements comme la CNT (Confédération Nationale du Travail), ou Alternative libertaire en se référant à des notions historiques comme "anarcho-syndicalisme" ou " mouvement anti-autoritaire". Mais le terme anarchiste ou anarcho-quelque-chose traîne dans nombre de désignations (anarcho-punk, anarcho-écologisme, anarcho-primitivisme, anarchisme non violent, anarcho-hacktiviste sur Internet) qui découragent l'inventaire, sans compter des néologismes plus intellectuels. Entre styles de vie et tentation insurrectionnelle, la notion d'anarchisme se dissout d'autant plus qu'elle recouvre des pratiques par définition provisoires et relatives.

Nous épargnerons au lecteur une tentative de définition du mot autonome depuis l'autonomie ouvrière italienne des années 70 jusqu'à la fameuse "mouvance anarcho-libertaire" de Michèle Alliot-Marie (parlant du groupe de Tarnac). Reste pourtant qu'une fraction - certainement peu nombreuse en France - se définit par son refus des organisations de la trilogie mao-trotsko-anarchiste, et par la recherche de conquêtes ici et maintenant sans attendre le grand soir organisé par la bureaucratie des sachants.
Un meilleur connaisseur que nous parviendrait peut-être à établir un tableau cohérent des tendances au sein de cette gauche radicale ou assimilée, mais nous le défions de trouver un vocabulaire simple universellement accepté pour le décrire.

Au total pourquoi cet émiettement ?
Il peut certes renvoyer à une tendance centrifuge, fratricide, pinailleuse et scissioniste des groupuscules.
Mais il y a sans doute d'autres explications à notre impuissance à classer la nébuleuse.
La première est qu'il devient impossible de relier une tendance de la gauche radicale à un modèle (ou même à la critique d'un modèle à dépasser). À notre connaissance, s'il existe encore un cercle de solidarité avec Heinrich Honnecker, personne ne se réclame de la pensée-kim-il-sung-baby en France, ni ne prétend plus voir nulle part un pays du socialisme achevé. On peut donc considérer que l'époque des "modèles" chinois, albanais, autonome yougoslave et autres est révolue : l'ensemble de la gauche radicale, libérée du principe de réalité, soit assume son utopie (une société écologique et sans classes encore à inventer), soit refuse des notions comme prise de pouvoir ou modèle, faisant confiance à l'inventivité des masses pour découvrir et la fin et le moyen. Dans les deux cas, elle est créditée d'avoir été antitotalitaire puisqu'opposée aux socialismes "réels" autoritaires et est soulagée de la peine d'assumer le bilan d'une réalité historique concrète.
Cette crise des modèles correspond aussi à une crise du marxisme. Certes il se trouve encore de brillants relecteurs de Marx et d'autres moins brillants dont l'unique argument est que le vieux a été trop vite enterré puisque le capitalisme est encore susceptible de subir de graves crises. Mais globalement, la vulgate est tombée en désuétude. L'indignation vertueuse face au système global néo-libéral a largement remplacé les froides analyses en termes de rapports de force.

Corollaire : la gauche radicale ne se détermine plus par une combinaison des notions : impérialisme, classe bourgeoise, idéologie, pouvoir d'État, état des forces productives, dont on se demanderait laquelle détermine quoi en dernière instance. Moins encore par rapport à une orthodoxie marxiste.
L'extrême-gauche ou classée comme telle se caractérise surtout par la radicalité de ses refus, par sa capacité d'être plus "anti" que la gauche classique. Ce faisant, elle fait l'impasse sur deux des thèmes qui faisaient sa spécificité : une théorie de la prise de pouvoir d'une part et d'autre part, la définition d'un acteur révolutionnaire. Quand les antifas rêvent de se castagner des néo-nazis (ce qui équivaut à faire le travail des CRS) ou de casser des façades de banque responsables de la misère sociale, ils ne font que plaquer de la violence physique (très relative par rapport à celle des années 70) sur un corpus d'idées que partagent une bonne partie de nos dirigeants.

Bien sûr les textes des groupuscules des années 70 persuadés d'être à la veille de la guerre civile ou de représenter les masses prêtes à se soulever semblent délirantes avec le recul du temps.L'extrêmisme se jugeait alors au dosage de trois éléments : impatience, maximalisme et confiance dans les masses.
Mais au moins ce discours faisait sens. Le passage d'une mythologie de l'avènement de la société idéale à une mythologie des "résistances" a accru la confusion. Dans les années 90, à l'époque Maupin et Rey, il restait encore quelques individus rêvant d'imiter Action Directe (pour mémoire, la notion d'action directe renvoie à des congrès anarchistes de la fin du XIX° siècle).


La thématique altermondialiste a rajouté à cette confusion. D'une part, en faisant cohabiter des partisans d'une humanisation, d'un contrôle ou d'une moralisation de la mondialisation avec des révolutionnaires en quête de vecteurs de propagande. D'autre part en s'abstenant de définir clairement son ennemi : les gouvernements, le Système économique, l'idéologie néolibérale et ses tenants, l'Empire... Une idéologie, un régime de propriété, des gens, des structures politiques ?

Troisième facteur de dissolution : les nouvelles théories du pouvoir. La question de la prise de pouvoir, et les questions annexes qui en découlaient sur l'auto-organisation des masses ou la destruction à mener du pouvoir d'État ne font plus recette. La galaxie altermondialiste s'intéresse aux notions d'anti-pouvoir (comme Holloway qui propose de ne pas rechercher à prendre le pouvoir «à la manière des révolutionnaire du passé », mais «l’exercer, ici et maintenant, chacun à sa manière"), à celle de contre-pouvoir, aux zones d'autonomie.... Le nouveau militantisme qui prend la suite de l'altermondialisme est plutôt individualiste ou à la carte : chacun peut décider de se concentrer sur son démon (la violence faite par le système à la terre, aux cultures, à la dignité de l'individu, aux étrangers et aux migrants, au Sud en général...) et dessiner son propre parcours d'affirmation de soi et de résistance/désaliénation personnelle. La mode de l'indignation les réduit au plus petit commun dénominateur : un refus existentiel d'un monde trop dur (certes !), une posture morale et des mobilisations aussi partielles que spectaculaires.

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