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NSA : notre lot hebdomadaire de révélations
Au moment où nous écrivons (seconde semaine de janvier), les Français semblent se préoccuper des indiscrétions de Closer et des atteintes à la vie privée du président. Nous ferions sans doute mieux de nous soucier del'espionnage de la NSA contre lequel le même président n'a guère protesté (même lorsqu'il fut révéle que nos alliés américains avaient espionné l'Élysée en piratant son Intranet, il est vrai dans les derniers jours du règne de son prédécesseur, cf. plus loin). Car c'est bien plus que notre vie privée à nous citoyens qui est violée et il est un stade où la surveillance totale correspond à un projet d'anticipation totale donc de domination absolue.



Le plus fascinant dans l'affaire qui dure depuis juin, est que la source ne semble jamais tarie et que chaque matin nous découvrons la dimension quasi métaphysique du projet de surveillance planétaire (se doter de "l'œil de Dieu", comme disent les militaires américains, sauf qu'ici il faudrait aussi parler de l'oreille, de la mémoire, de l'omniscience et de la faculté d'anticipation de Dieu). Pour ne pas dire sa dimension psychanalytique (le nom savant pour cette lubie de tout accumuler est syllogomanie).



Dernières révélations au moment où Barack Obama s'apprête à prononcer un discours sur la réforme de la NSA (sur la base de recommandations qui lui ont été faites par un comité spécial, pas exactement composé de hackers libertaires).



-Les médias reviennent sur le programme dit Quantuminsert (déjà révélé par le Spiegel vers mi-décembre). Il ne s'agit de rien de moins que d'une attaque de la NSA contre le câble SEA-ME-WE4, crucial pour le fonctionnement d'Internet, géré par un consortium et dont le TAO (office of Tailored Access Operations, l'équipe de hackers d'élite de la NSA) . Ce qui veut dire qu'outre l'accès "légal" ou "officiel" des câbles par les cousisn britanniques du GCHQ, il y aurait un accès clandestin.



-Le New York Times nous apprend que la NSA utilise depuis 2008 un programme qui lui permettrait d'espionner des ordinateurs même non connectés à Internet, 100.000 dit-on. Pour ce faire, il faut utiliser un dispositif physique, une clef USB truquée, un circuti (éventuellement installé par le fabriquant), bref une sorte d'émetteur qui est capté à quelques kilomètres de distance par une station d'écoute. C'est le programme Quantum qui permet donc de cibler les ordinateurs, même si leur propirétaire est méfiant et refuse de se brancher sur le Net pour ne pas être infecté ou intercepté. Une telle stratégie n'a de sens que si l'on vise les appareils d'un individu ou d'une organisation bien précis et si l'on dispose d'un moyen de les atteindre physiquement (comme les anciens poseurs de micros et autres "plombiers" de l'ère pré-numérique).



- N'oublions pas le programme dit "Dishfire" qui recueillerait 200 millions de SMS par jour dans le monde. Contrairement au dispositif précédent, il s'agit là de "pêche au filet" consistant à recueillir indistinctement un peu ttout ce qui circule sur les réseaux pour trier après et retrouver de précieuses aiguilles dans ces bottes de foin. Selon Channel 4, ce travail serait mené principalement par le GCHQ dans un cadre légal et accessoirement par la NSA qui jure ses grands dieux qu'elle ne recueille que des échanges de non Américains pour respecter la constitution (au fait comment savent-ils qui est ou n'est pas citoyen de leur beau pays ?) ou plus exactement qu'elle expurge tout ce qui concerne ces citoyens ou des "innocents" (au fait, comment font-ils, etc...)



Toujours selon la même source, il s'agirait de recueil , stockage et mise en corrélation de métadonnées (qui a été en contact avec qui, quand, d'où à où, etc.) et non du contenu même des communications. Ce qui n'a rien de rassurant : espionner du contenu (ce qui prend un temps énorme d'analystes pour comprendre ce qui se dit, même avec l'aide de logiciels sémantiques) n'est pas toujours aussi efficace que de brasser des millions de métadonnées. Isolément, elles ne signifient pas grand choses, mais à une échelle de Big Data, elles permettent de retracer des réseaux entiers de contacts. Nos liens (leur intensité, leur fréquence, leur géolocalisation..) en apprenent souvent énormément sur qui nous sommes, quelles sont nos habitudes et surtout qui est en contact avec qui.



Et tout cela au moment où une étude très sérieuse de la New American Foundation démontre que la colossale entreprise de collecte et croisement de milliards de données entreprise par l'adminsitration américaine n'a pas où guère d'impact sur le terrorisme. Peu d'attentats empêchés ou de suspects arrêtés et, quand cela se produit, le mérite en revient presque toujours à du renseignement "humain" voire à de bons vieux informateurs grassement payés et aux méthodes à l'ancienne de la chasse aux terroristes.



Et quand bien même ce serait le cas, il serait permis de s'interroger sur le retour sur investissement de ces dizaines de milliards de dollars dépensés chaque année pour violer notre vie privée et espionner institutions et entreprises : les statistiques montrent que les Amércains qui meurent du fait du terrorisme, n'importe où dans le monde (une dizaine) sont moins nombreux que ceux qui meurent écrasés par un téléviseur ou une armoire qui leur tombe dessus !



Bien sûr, les esprits soupçonneux pourraient dire que tout ce bazar ne sert pas principalement à chasser des jihadistes, et qu'il y a un peu d'espionnage économique ou géopolitique derrière tout cela. Mais ce sont vraiment des esprits soupçonneux !

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