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Kiffe la République
"Voter, c'est Tweeter en vrai", "Vous aimez liker ? Votez.",tels sont quelques un des slogans de la campagne gouvernementale destinée aux "moins de 35 ans très concernés par l'abstentionnisme", avec spots radio, site, etc.

Quelqu'un à Matignon ou place Beauveau a dû avoir une idée géniale: "les municipales approchent, et beaucoup risquent de s'abstenir dans notre camp. Notre cible naturelle, ce sont les jeunes, donc il faut les mobiliser pour éviter un effet premier tour 2002, donc il faut s'adresser à eux avec le langage qu'ils comprennent et à travers les médias qu'ils utilisent. CQFD: faisons une campagne contre l'abstention sur les réseaux sociaux, et comme il est bien connu, au moins depuis le printemps arabe, que Twitter, Facebook et autres sont naturellement porteurs de valeurs démocratiques, expliquons aux "d'jeunes" que voter n'est que le prolongement naturel de leur tendance à débattre et s'exprimer sur les réseaux. Ce sont les ultras partisans des idées nauséabondes rappelant une époque je l'on croyait révolue qui vont être bien embêtés lorsque des hordes post-pubères se précipiteront vers les urnes." Happy end.
Le raisonnement qui précède comporte un certain nombre d'absurdités, et en termes de sociologie électorale et en termes de communication, mais là n'est pas la question. La gêne que nous éprouvons ne provient pas non plus du fait que l'on dépense des millions du contribuable pour produire des slogans (pardon, il paraît qu'il faut dire des "vine") qui traitent visiblement leurs destinataires comme des débiles 2.0.
La vraie question est que ces slogans insultent aussi les principes républicains, ou plutôt qu'ils les mésinterprètent d'une façon perverse et niaise à la fois.
Notre système est fondé sur une valeur symbolique du vote, ce jour où le simple particulier comme vous et moi oublie ses intérêts privés pour songer au Bien Commun et exercer sa part de souveraineté nationale. Il s'agit peut-être d'une fiction et le cerveau qui entre dans l'isoloir n'est pas différent du cerveau qui rentre chez le pâtissier en sortant de la mairie, mais cette fiction est belle et nécessaire.
Dire que voter c'est Twitter en vrai (donc Twitter, c'est voter en faux ?), c'est supposer qu'il y a une continuité entre l'espace où nous étalons nos ego (l'auteur de ces lignes ne s'exclut pas du lot), où nous conversons sur des sujets des affects communs, nous passons de bons tuyaux, brillons par notre vitesse à retweeter la phrase qui deviendra contagieuse, jouons avec des masques.. et l'espace politique institutionnel où nous devenons égaux, qu'elles que soient nos capacités, pour choisir notre destin. L'incapacité à comprendre la différence entre décider pour la Nation et discuter dans sa communauté ou entre voter, référencer, buzzer et s'exprimer est un symptôme grave.
Quant au slogan "Vous aimez liker, votez!", il est pire encore,en ceci qu'il suggère qu'apporter son suffrage n'est pas un acte différent d'être fan d'une marque ou de se déclarer "ami" de quelqu'un qui vous ajoutera à son "mur". En termes savants cela s'appelle de la désymbolisation et en termes de tous les jours du mépris.
Tu kiffes la République ? Déchire toi avec le bicaméralisme si tu veux, mais, comme dit un personnage du Parrain, n'insulte pas notre intelligence.

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