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Tremblez, ultras !
Valls les a repérés


Après les émeutes de Nantes, le ministre de l'Intérieur à désigné l'adversaire, ou plutôt les coupables : "l'ultra gauche" et les "black blocks" dont beaucoup venus de l'étranger. Dans la bouche de Brice Hortefeux, ces propos auraient sans doute fait hurler de rire : ultra-gauche un terme qui désignait des marxistes révolutionnaires non léninistes des années 20 !
Cette catégorie, utilisée par de rares auteurs (comme Bourseiller) mais jamais par les intéressés eux-mêmes est sensée regrouper des groupes très ouvriéristes ( comprenez : très méfiants à l'égard du léninisme, de son parti d'avant-garde et de son étatisme et partisans du pouvoir aux conseils de travailleurs) comme certains spartakistes (1916), les révoltés de Krondstadt massacrés par les bolcheviks (1921), puis les partisans de Bordiga en Italie après 1916, ceux de Pannekoek pendant la seconde guerre mondiale... Donc des groupes anciens et minoritaires, bousculés par l'Histoire, et dont seule une poignée d'historiens du mouvement ouvrier lit les écrits. Les plus laxistes rangeront "ultra gauche" les situationnistes ou les disciples de Castoriadis, voire certaines tendances libertaires...
Dans tous les cas une référence historiquement marquée et assez intellectuelle qui ne doit pas dire grand chose aux vigoureux jeunes gens encapuchonnés qui refusent la construction d'un nouvel aéroport.
En 2008, lors de l'affaire dite du groupe de Tarnac accusé d'avoir saboté des lignes ferroviaires, la ministre de l'époque avait parlé, concurremment avec "ultra gauche" (terminologie qui commençait à se répandre dans les hebdomadaires de l'époque) d'une "mouvance anarcho-autonome". Ce n'était pas un pur produit de son imagination puisque ce vocable avait été revendiqué dans les années 70 par le groupe de Jean Marc Rouillan qui créera Action Directe. Mais le terme est tombé en désuétude.

Quant aux blacks blocks, nul n'en conteste l'existence qui remonte à presque 25 ans et aux Schwartzer Block allemands grands spécialistes des bagarres dans les squats. À l'occasion de manifestations altermondialistes, contre la mondialiste ou autour de thèmes antifascistes (pas très facile non plus de distinguer un block block d'un "antifa" dans la pratique). La principale caractéristique des blocs, outre un certain goût pour l'exercice physique et les capuches sombres, est une ou organisation extraordinairement fluide. Mobiles, sans vraiment de chefs, d'organisation, de programme ou de doctrine, les black blocs de regroupent au moment de l'action,décident collectivement et fonctionnent par "affinités". Il n'y a rien d'absurde (sous réserve de vérification, car l'auteur de ces lignes n'y était pas) à penser qu'il y avait des black blocs en Bretagne, dont certains n'avaient peut-être pas des chapeaux ronds.

Ce qu'il y a de plus révélateur dans le vocabulaire de Manuel Valls, c'est ce qu'il ne dit pas en parlant d'ultra gauche ou de black blocs. Cela lui évite notamment de parler d'extrême gauche (un terme qui influerait le NPA et le front de gauche). Et fait un parallèle avec la mystérieuse ultra-droite qui aurait participé au "jour de la colère". Il faut parfois manier à la sémantique plus finement que la matraque.

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