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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Affrontements, stratégies et images
Syrie, la cyberattaque à laquelle vous avez échappé

Suivant David Sanger (le journaliste qui avait déjà révélé le rôle des administrations Bush et Obama dans l'opération Stuxnet contre l'Iran), Washington aurait récemment étudié une frappe cyber contre la Syrie, puis aurait fini par y renoncer.



Si la nouvelle est vraie (or la source semble plutôt crédible), cela signifie que les États Unis envisagent une utilisation offensive de leurs cyberarmes comme moyen de contrainte, moins spectaculaire, moins sanglant et moins choquant pour l'opinion internationale que des frappes dites cinétiques, par le fer et par le feu. Certes envisager n'est pas réaliser, mais cela veut dire que le débat stratégique américain intègre maintenant l'hypothèse d'une "première frappe" par électrons interposés, y compris contre des pays qui n'ont pas attaqué les premiers, que ce soit avec des armes informatiques ou classiques.



Dans le cas Stuxnet, on pouvait assez facilement imaginer le raisonnement des Américains : saboter les chaînes d'enrichissement d'uranium de l'Iran, c'était retarder la nucléarisation du pays et retarder aussi le risque d'un tir de missiles israélien. Il semble que les choses ses soient moins bien déroulées quel prévu puisque d'une part Stuxnet, initialement prévu pour ne saboter que des systèmes de contrôle très précis de type SCADA à "bavé" jusqu'en Indonésie et d'autre part, il n'est pas si évident que cela que les Iraniens aient pris un terrible retard. En revanche, il est avéré qu'ils ont bien compris le danger et qu'ils s'efforcent très sérieusement d'accroître leurs propres capacités cyberguerrières. Le bilan n'est pas forcément très positif, et l'alerte qui a été ainsi donné à d'éventuelles nations ennemies des USA ne semble pas compensée par la peur qu'elles en a auraient conçu ou par un effet dissuasif.



Mais pour la Syrie ?



Les arguments pour l'emploi d'attaques informatiques sont :



- qu'il n'y aurait pas eu d'effusion de sang et que c'eût été une façon médiatiquement acceptable d'envoyer un message de menace à un régime honni.



- que le succès de l'affaire aurait fait oublier l'impression de cafouillage provoquée par les menaces franco-américaines non suivies d'effet de "punir" Bachar pour avoir utilisé des armes chimiques contre son peuple en septembre dernier (culpabilité dont semble fortement douter un récent rapport du M.I.T.)



- que cela aurait fait une excellente publicité aux armes cyber utilisées pour une cause "humanitaire", donc pour sauver des vies sans risquer celles des boys



- qu'en pleine affaire Snowden, cela n'aurait pas non plus fait de mal à l'image de la N.S.A., dont l'autre mission, outre l'espionnage de la planète, est de gérer le "cybercommand"



- qu'il faudra bien vérifier un jour si ces machins qui coûtent tant sont vraiment efficaces.



Quant aux arguments contre qui l'ont emporté et que l'on peut imaginer, ce pourraient être :



- qu'Il aurait bien fallu, cette fois, signer l'attaque et donc donner ainsi un prétexte aux pays comme la Chine et la Russie qui ne cessent de réclamer une souveraineté numérique et de dénoncer l'agressivité américaine



- que c'eût été dévoiler ses capacités opérationnelles et ouvrir la boîte de Pandore de l'escalade dans le. domaine des cyber armements



- qu'il n'était peut-être pas si facile de trouver des cibles syriennes (système de contrôle aérien, systèmes énergétiques ?) dont la dysfonction soit assez dangereuse pour faire plier le régime (et le convaincre de quoi, au fait, de rendre les armes ?) sans faire souffrir le peuple. Saboter, mais saboter quoi ? Et que réclamer Bachar pour mettre fin à de telles attaques ? Qu'il se rende et attende gentiment d'être pendu ?



Les arguments contre semblent donc l'avoir emporté sans que nous puissions dire si c'est à tort ou à raison (sur le plan technique, s'entend).



En revanche, cela devrait nous faire réfléchir sur la valeur stratégique des cyberarmes. À quoi servent-elles si leurs conditions d'emploi sont si restrictives qu'elles ne se trouvent presque jamais réunies ? Font-elles si peur que cela aux "faibles" (les États voyous qui seraient tentés d'y recourir anonymement) si les forts hésitent tant à les mobiliser ? Et si elles ne font pas peur, les États démocratiques qui en fabriquent, doivent-ils attendre des circonstances dramatiques pour les sortir des placards ?



En attendant les réponses reste le mystère d'armes dont on voit bien l'usage pour l'espionnage mais bien moins l'utilité pour exercer une contrainte, qui reste, au fond le but de la guerre.




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