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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Jihadistes irakiens, réseaux sociaux et images
L'État Islamique d'Irak et du Levant (EIIL) à créé plusieurs surprises stratégiques. En dépit du conflit qui l'oppose à ce qui reste de la direction d'al Qaïda et à d'autres organisations sunnites, EIIL a bousculé l'armée irakienne à une vitesse de Blitzkrieg. Il a conquis le titre de groupe le plus attractif pour les jihadistes du monde en apparaissant comme un groupe de combat transnational féroce, discipliné et efficace. Accessoirement aussi fort riche et très doué pour la communication avec les médias les plus modernes. En ce domaine, leur premier atout est un certain sens de l'image choc.
Les photos et séquences d'exécutions de prisonniers ont fait le tour du monde. Suivant les spécialistes de la vérification de l'AFP munis de logiciels d'analyse des images, ces dernièresne seraient pas exactement truquées mais plutôt retouchées tantôt pour cloutée un visage ou faire disparaître une indication de lieu trop précise, tantôt pour bien faire ressortir la couleur du sang et dégager la vue sur les cadavres. Quant à leurs vidéos aux titres emphatiques comme "le choc des épées", elles sont montées comme des parodies de blockbusters américains, avec photos aériennes, ralentis d'explosions, bande son tonitruante.
Tout cela est-il nouveau? Pas vraiment si l'on se souvient que les cassettes d'otages occidentaux égorgés ou de soldats fusillés circulent en Irak depuis une dizaine d'années et il existait déjà des vidéos jihadistes tchétchènes, algériennes ou autres avant le onze septembre. Le registre est toujours le même : des prédications, des scènes d'entraînement de mouhadjidines et surtout des séquences bien sanglantes d'attentats réussis ou d'exécutions d'ennemis..Elles sont destinées à remplir une fonction pédagogique en montrant le châtiment des ennemis de de Dieu. Rappelons aussi l'existence d'une société de production proche d'al Qaïda, al Sahab, et la tradition des vidéos testaments de futurs martyrs qui se justifient face à la caméra la veille de se faire sauter.
Sur le fond, donc, EIIL n'a guère innové, sinon par un style encore plus outrancier. L'idée de base reste la même : en dépit des interdits religieux relatifs à la'image, celles-ci doivent être diffusées aussi largement que possible car elles montrent le triomphe des combattants de la foi et le sort qui attend leurs adversaires. C'est un raisonnement rigoureusement inverse de celui des occidentaux qui mettent le plus grand soin à éviter de montrer les morts qu'ils font et à maintenir la fiction de frappes chirurgicales ne faisant pas de morts visibles.
Là où EIIL se montre plus innovant, c'est sans doute en jouant le jeu des réseaux sociaux. Ses images sont relayées sur les réseaux sociaux et les tentatives de les censurer en coupant Facebook ou Twitter sur le territoire irakien n'ont fait que leur faire davantage de publicité et inciter les internautes à utiliser Psyphon et autres techniques de contournement de la censure. Là encore, les Irakiens ne sont pas les seuls jihadistes à utiliser Twitter, créant des comptes qui sont fermés rapidement et rouverte très vite sous un nom à peine différent pour recruter et défier leurs adversaires, mais cette fois les choses prennent une proportion considérable. Ainsi, EIIL aurait développé une application spécifique dénommée " l'aube de la bonne nouvelle" et ses partisans en Irak, en Syrie ou ailleurs ont bien compris l'usage du hashtags, de la citation et du référencement pour faire prédominer son discours sur celui de l'adversaire. Contrairement au discours à la mode au moment du printemps arabe, ce ne sont pas forcément des forces jeunes, démocratiques et composés de. Jeunes gens en T-shirts qui savent maîtriser les réseaux sociaux et amplifier leur pouvoir de contestation par la contagion. Entre les comptes des combattants, qui, très logiquement, se conduisent comme les gens de leur génération en tweetant ce qu'ils font et en cherchant le buzz, et celui des sympathisants enchantés de ces sources de documentation à recommander, les jihadistes réinventent une propagande et des actions psychologiques destinées à démoraliser l'adversaire, mais réadapter aux possibilités du numérique et aux nouvelles lois de contagion au sein des réseaux sociaux.

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