huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Contre-propagande
La vidéo #stopdjihadisme

La campagne de contre-propagande #stopdjihadisme du gouvernement s'est concrétisée par une vidéo préparée depuis quelques temps mais qui sort opportunément peu après 11 janvier. Elle fait évidemment débat.
Sur la forme d'abord : sur accompagnement de musiques martiales tonitruantes de type chants islamistes, avec son montage très "cut" (séquences se succédant brutalement), très nerveux, elle imite visiblement, en inversant le message, celles que produit l'État Islamique et qui, elles-mêmes, avec leur côté saccadé qui fait penser à un générique de journal télévisé se réfèrent aux codes de l'information occidentale.
Les images de #stopdjihadisme ne se distinguent en rien non plus de celles de la propagande adverse (il y a même de fortes chances qu'elles lui aient été empruntées, prises dans des zones où les camera ment occidentaux ne sont pas bienvenus) : séquences triomphales ou positives en couleur de combattants de Daesh paradant dans les rues versus images, en noir et blanc celles-là pour en souligner la négativité, et montrant des massacres crucifixions et autres horreurs. Les premières sont sensées illustrer la rhétorique de l'État islamique "ils te disent"(sacrifie-toi, juste cause, fonde une famille avec un héros, tu vis chez les mécréants, nous avons la vérité...). Les secondes, accompangées par un bandeau "en réalité" parlent d'enfer sur terre, de guerre, de terreur, de massacre de civils, et de tromperie...

Tout cela fait penser aux campagnes les plus crues de la sécurité routière, mais surtout à la campagne "think again,turn away" lancées dès la fin 2013 par le Département d'État américain. Là aussi, on reprenait les images sanglantes, exactement semblables à celles que fournit l'adversaire, mais accompagnées d'un commentaire qui qualifiait de mensonges et de crimes ce que les jihadistes présentent comme des marques de puissance et la vengeance d'Allah contre des impies. Bref, on leur opposait ce dont ils se vantaient.

L'opposition binaire du monde des promesses de Daesh et de celui des réalités qu'ils voudraient dissimuler aux naïfs candidats au jihad est elle efficace ? Affecter d'un signe négatif ce que dit la propagande adverse et menacer ceux qui veulent aller mourir en martyrs et couper des têtes de se faire tuer ou de commettre des crimes va-t-il les décourager ? Il nous semble qu'il y a pour le moins un problème de compréhension des grilles culturelles inversées : le comble de l'horreur pour nous -montrer que l'on fait des victimes désarmées ou que nos combattants risquent de mourir - peut être pour l'autre une perspective exaltante. Nos images repoussantes sont leurs images pédagogiques. Et rajouter un simple jugement moral conforme à nos critères occidentaux (victimes, horreur, enfer, mort, terreur) ne désamorce pas la force d'humiliation et de défi des images qu'ils nous lancent à la face.
Ajoutons que cette campagne sensés s'adresser à des jeunes qui passent leur temps sur les réseaux sociaux et ne croient plus un mot de ce que disent les médias classiques ou les autorités en général.
Notre contre-propagande fonctionne suivant le schéma du dévoilement -ils ne savaient pas, nous leur montrons- et sur la supposition que l'exposition à la vérité suscite les mêmes jugements moraux chez tous les êtres humains. Des présupposés qu'il faudrait peut-être réexaminer.

 Imprimer cette page