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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Les mitrailleurs d'Allah, de France au Danemark
Un nouveau style de terrorisme

Le tueur de Copenhague a-t-il imité le modéle des attentats de Janvier en France ? Oui si l'on entend qu'il n'y a pas vingt manières de tirer à l'arme automatique sur des ennemis idéologiques ou religieux physiquement rassemblés dans un même local et de repartir.
Au-delà de ces similitudes tactiques, nous sommes peut-être en train de découvrir un nouveau modèle du terroristes. Avec Merah, Nemouche, les frères Kouachi et Coulibaly, Zehaf-Bibeau (au Canada) et maintenant el-Hussein au Danemark, plus sans doute quelques autres pris avant de passer à l'acte, se retrouvent des caractéristiques communes.
Sous réserve de confirmation des informations médiatiques, ces ressemblances se présentent ainsi :
- Ce ne sont pas exactement des "loups solitaires", mais des quasi isolés ou des fratries qui s'appuient sur une poignée de complices. Sans doute des gens qui connaissent depuis longtemps leur réseau et ont évolué parallèlement.
- Leur rattachement aux deux grandes formations jihadistes soit Al Qaeda "canal historique" soit l'État islamique est plutôt vague. Certains ont eu des contacts dans un pays de jihad avec l'une ou l'autre filière ou s'en réclament sans trop de précision. Dans tous les cas, ils ne semblent pas avoir d'instructions permanentes ni ne ressemblent aux rouages bien huilés d'une organisation planétaire. Ils sont largement autonomes : ils n'ont pas attendu un ordre écrit d'al Baghdadi et un chèque du Qatar pour passer à l'acte.
- Le passage par la case prison est quasi obligatoire (même si la fameuse radicalisation ne se produit pas forcément dans les geôles). Mais on se serait douté que des gens qui mitraillent au fusil d'assaut ou au pistolet ont une expérience de la violence.
- Ils ont des passeports occidentaux et n'ont pas forcément connu la pire des misères. Dans tous les cas, ils ont plutôt été bien traités par un État providence soucieux des droits de l'homme et du respect des différences.
- Ils sont repérés par les services de police et, chaque fois le renseignement existe quelque part dans les archives. Simplement, soit la police ou les services n'ont pas eu les moyens de maintenir une surveillance durable, soit la justice les a libérés assez vite pour qu'ils puissent monter leur attentat.
- Il est difficile de connaître la période d'incubation qui a séparé le ralliement au jihad de l'acte. Corollaire : même repérés, il était difficile de savoir quand ils passeraient à l'action, par exemple, pour exécuter une fatwâ vieille de plusieurs années contre des blasphémateurs.
- Impossible de nier qu'ils soient antisémites, mais ils semblent mettre sur le même plan une faute qui tient à ce que l'on est (israélite), à l'institution à laquelle on appartient (parlement, armée, police) ou à ce que l'on a fait personnellement (un dessin, une déclaration).
- À leurs yeux, la faute, individuelle ou collective, mérite la peine de mort en compensation du sang versé par les musulmans. Ils semblent capables de concentrer une formidable force de ressentiment (éventuellement appuyées sur un bon narcissisme) sur les victimes désignées. Ils ne présentent pas de revendications politiques au sens classique, ni n'éprouvent le besoin de longues justifications doctrinales : la réalité de l'hostilité leur semble évidente et l'éloquence des actes leur suffit pour s'exprimer.
- Ce ne sont pas des "victimes de la société" qui, au cours d'une crise psychologique ou existentielle auraient "basculé" dans l'irrationnalité : ce sont les reflets d'un système de croyance (et surtout d'obéissance) structuré qui s'est construit. Les remèdes ne sont ni une augmentation des subventions à l'emploi ni des cours sur la tolérance plus tôt à l'école.
- Ils acceptent et généralement sont désireux de mourir en martyrs abattus par la police ; ils se croient promis au Paradis. Cela tombe bien : ils se font prendre ou abattre assez rapidement.
- Leur niveau idéologique et religieux semble assez bas. Mais ce n'est pas par ignorance du vrai islam qu'il péchent mais par haine de ce que nous sommes.
- Notre réaction (celle des médias et autorités) est absolument prévisible : appels à la surveillance (de préférence d'Internet qui n'a pourtant guère joué de rôle dans la radialisation des tireurs islamistes) et à la prévention, proclamation idéologique de bons sentiments : "barbarie, horreur, haine de la liberté, rien à voir avec l'islam, défendons nos valeurs et nos sociétés ouvertes et inclusives sans avoir peur...." Avec l'efficacité que l'on sait.
L'identification victimaire - je suis Charlie, je suis flic, je suis Juif, je suis Danois - nous apporte de grandes satisfactions morales (et à ce compte, je suis un chrétien copte, je suis un pilote jordanien, je suis une petite Nigériane). Mais elle n'impressionne guère ceux qui se glofient d'avoir des ennemis et de les punir au nom de Dieu.


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