huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Information, pouvoir et usage : l'infostratégie > Intelligence économique : du savoir à l'influence
Influentia
Le thème de l'influence est dans l'air du temps. Ainsi l'important ouvrage dirigé par Ludovic François et Romain Zerbib (Influentia chez Lavauzelle) permet de réunir la plupart des meilleurs spécialistes français (avec quelques interviews de vedette étrangères comme Chomsky, Arquilla, d'Aveni). Dans le même temps des publications comme celle de la Harvard Business Review sur le pouvoir de l'influence ou des anthologies se multiplient et la thématique "influence" est de plus en plus présente en intelligence économique. Cette progression de l'intérêt (nourrie par de la production théorique) s'explique largement par la montée en puissance des organisations d'influence face aux anciens systèmes d'autorité et de reproduction.
Un des plus grands mérites d'Influentia est de ne pas présenter l'influence comme une série de recettes magiques de type "comment manipuler" ou "comment convaincre" mais comme une pratique collective. En d'autres termes, il ne suffit pas d'exposer un cerveau humain à un message intrinsèquement persuasif ou séduisant, même si l'on baptise la chose storytelling ou action psychologique, encore faut-il s'adapter au milieu visé, à son système de croyance (qu'il s'agisse de la conformité aux valeurs, de la source ou des grilles de lecture) et aux règles de circulation des informations. Le rôle des vecteurs d'influence, des réseaux et synergie est crucial pour transformer des signes en force agissante. Les dispositifs qui produisent de la similitude (faire comme, imiter, intégrer des normes...) et à fortiori ceux qui conduisent à l'adoption de nouveaux points de vue notamment sous l'impulsion des minorités actives reflètent les dispositifs techniques et idéologiques d'une époque au moins autant qu'ils les exploitent.
Chaque média impose sa propre configuration et donc ses propres règles, y compris dans une situation de compétition ou de conflit (guerre de l'information, terrorisme, compétition économique, crise de réputation et déstabilisation). Aux invocations un peu magiques du soft power comme panacée, il faut préférer, comme le fait le livre, une réflexion sur la dimension stratégique.
Le retour de la conflictualité se manifeste non pas malgré mais à cause du développement des outils d'expression et de communication. La multiplication des points d'entrée sur les réseaux sociaux donc la démocratisation du "tous émetteurs" plus la recomposition des règles d'attraction de l'attention (faire prédominer son message, le rendre "contagieux", être cité, "liké", recommandé, paraphrasé...) : ces nouveaux facteurs transforment le vieux moteur à deux temps (j'envoie un message adapté, l'opinion change) en une sorte de machine de Tinguely qui fonctionne sans que personne n'en maîtrise vraiment tous les rouages.
Pour l'entreprise qui tend de plus en plus à adopter la métaphore relationnelle des "parties prenantes" tissant des liens durables et largement affectifs (au lieu de la métaphore de la boîte noire qui produit des biens et services en consommant du capital et du travail), l'influence devient un enjeu décisif. Ainsi, autour de la défense en ligne de son image ou des pratiques de lobbying qui lui permettent d'agir sur le pouvoir politique, ou encore en situation de crise (qui est toujours à un degré ou à un autre une crise d'information et de relation). D'une certaine façon, toute organisation doit apprendre à composer avec ces flux d'attention et de confiance ou de défiance qui circulent de manière imprévisible sur les réseaux. Bref, il s'agit avant tout d'un changement culturel auquel la formation des dirigeants ne les prépare peut-être pas beaucoup mais dont Influentia montre bien la radicalité.

 Imprimer cette page