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Task Force européenne anti-russe
Un communiqué du ministère de la Vérité

Une "task force Russie" commence dès aujourd'hui à "contrer la désinformation russe", un projet de l'Union européenne annoncé il y a quelques mois. Il s'agirait de faire contre-poids aux médias pro Kremlin (comme   Russia Today,  le CNN de Poutine) et aux réseaux sociaux où les "trolls russes" ont acquis une solide notoriété. Même si l'on met de côté la question, certes philosophiquement intéressante, de  savoir en quoi huit ou dix fonctionnaires de l'UE seraient  qualifiés comme diseurs de vérité, cette  entreprise pose une question d'efficacité et de  légitimité.
Peut-on sérieusement croire que le "récit" de Bruxelles ( son narrative comme disent les anglo-saxons) va convertir les malheureux Russes ou Européens de l'est victimes présumées d'un lavage de cerveau ?
Il fut un moment question de créer une chaîne de télévision russophone sans doute sur le modèle de al Hurrah, la télévision arabophone émettant depuis les États-Unis pour compenser l'influence d'al Jazeera, et qui a eu le succès que l'on sait. Finalement le projet sera plus modeste : fournir des informations  aux journalistes arméniens, azéris,  biélorusses, ukrainiens, etc.,  les former et encourager les médias indépendants russes, répandre la bonne parole de l'UE. Les méthodes ne sont pas exactement récentes, dans la mesure où elles reprennent celles de la "diplomatie publique" antisoviétique des années 60 ou des ONG comme celles de George Sorros pendant les révolutions de couleurs. Le tout parallèlement à la fermeture les chaînes russes ou au lancement d'une contre-télé à la Lithuanienne


Si les radios des années 60 type Free Europe gênaient Moscou, c'est parce qu'elles étaient les seules sources alternatives à la propagande officielle,Pravda ou Isvetsia,  en pure langue de bois et auxquelles personne ne croyait. Face à une offre médiatique russophone diverse, qui a souvent adopté les codes de l'entertainment, et dont des sondages montrent que le public russe lui fait confiance (et cedans des proportions inimaginables à l'ouest pour nos propres médias), l'offensive idéologique européenne ne met pas toutes les chances de son côté. Arriver avec l'étiquette de journaliste subventionnés avec l'Union pour source est-il la meilleure façon d'être cru ?


Et, si l'on va par là, difficile de trouver un meilleur argument pour convaincre les populations concernées qu'elles subissent une offensive concertée d'encerclement géopolitique et de conquête idéologique.
Surtout, il est permis de demander à quel titre une organisation, au demeurant non élue, peut  distinguer le vraie inverses  du faux et  imposer l'interprétation de la réalité autorisée. La réduction de toute opinion adverse aux conséquences d'une falsification menée  par une intelligence perverse, pour ne pas dire un complot, reflète une curieuse vision. Les bureaucrates semblent incapables d'imaginer que les opinions des peuples puissent refléter leurs identités ou leurs intérêts. Ils doivent, selon eux, se plier à une vérité historique unique. Du coup, les Occidentaux-au moins leurs classes dirigeantes- ne parviennent plus à concevoir que les conflits soient reposent sur des différends, susceptibles de finir en compromis  ni qu'il puisse y avoir des communautés, des apsirations et des valeurs différentes. Pour eux un adversaire est forcément un ennemi de la vérité ou un nihiliste dangereux. Corollaire : la Terre ne sera sûre que si tous les autres pensent comme nous et s'ils ne le font pas, il faut les rééduquer.


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