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Routine de la crimepensée
Au bûcher, la sorcière ! Cette fois la crimepenseuse de la semaine, succédant à Michel Onfray, est Maïtena Biraben qui, interrogeant M° Dupont-Moretti dans une émission consacrée - ça ne s'invente pas - au politiquement correct, a osé parler deux fois du "discours de vérité du FN" et l'a même désigné comme le premier parti de France. Du reste pour demander ce qu'il fallait faire là contre.
Bien entendu, le fait de dire que le FN est le premier parti du pays (en nombre de suffrages aux deux dernières consultations nationales) n'implique pas que la journaliste franco-suisse de Canal Plus (milieu peu favorable aux maurassiens et aux populistes identitaires, me dit-on) s'en réjouisse secrètement. Et à ceux qui font remarquer que 75 % des électeurs ne votent pas pour ce parti donc le désapprouvent, ce qui est vrai, on répondra que l'argument vaut pour les autres formations, qu'il n'y a donc ni premier ni dernier parti, et qu'à ce compte vouloir nier la notion équivaut à proposer de supprimer le wagon de queue du métro.
Quant au "discours de vérité", il faut une mauvaise foi monstrueuse pour feindre de croire que cela veut dire "la vérité du discours". Pas plus que la fausseté de ces critiques de Biraben ne vaut critique de la fausseté de la jeune femme.
Cela n'a pas empêché un puissant mouvement, alléché par l'odeur de l'indignation, d'accuser pêle-mêle la malheureuse, outre la rituelle évocation du "faire le jeu du FN :
- de participer à une obscure campagne de Bolloré pour faire régner "l'ordre brun Marine"
- de désinformer (sur la force du FN, l'état de l'opinion, etc.)
- d'être un symptôme (victime inconsciente, alors ?) d'une lepénisation des esprits dont il est connu que le puissant conformisme frappe particulièrement les milieux de la presse.

Quitte à ressasser quelques évidences, disons que la répétition de ces scènes d'hystéries sur de supposés dérapages, complicités et contaminations, sont totalement contre productifs.
La répétition de l'amalgame (tous sur le même plan, Zemmour, Finkelkraut, Lévy, Houelbecq, Onfray) a fini par persuader bon nombre de gens qu'un intellectuel est maintenant forcément de droite. Est-il très rusé de répéter la même opération avec les journalistes ?
L'extension du domaine de l'interdit verbal et intellectuel donne à chacun l'impression qu'il pourrait tomber à son tour et qu'il faudrait se surveiller sans cesse et, dans tout les cas qu'effectivement, on ne peut plus rien dire. L'effet de meute accentue l'impression d'une classe de privilégiés inquiets face à une montée populaire. La prophétie est autoréalisatrice : à force de dire que le lepénisme envahit les esprits, il va finir par faire. Étant purement négative, la stratégie du Denkverboten crée la tentation de penser autrement suivant le principe "c'est si bon que c'est presque un péché, donc si c'est un péché...". Le tabou prohibant de discuter voire d'énoncer certaines choses, suggère qu'elles pourraient bien être embrassantes et que ceux qui osent les évoquer pourrait bien dire la vérité.
Bref, si on veut accréditer l'idée de la bienpensance qui nous étouffe, il n'y a pas de meilleur moyen que d'essayer d'étouffer la malpensance.

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