huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Nous sommes en guerre. Quelle guerre ?
Que signifie être en guerre ? Le vocabulaire martial a envahi l'espace public et ceux là mêmes qui étaient les plus prompts à critiquer la guerre au terrorisme de G.W. Bush ("le terrorisme est une méthode, pas un pays") reprennent parfois la rhétorique néo-conservatrice sur une guerre fondamentale (certains avaient parlé d'une "quatrième guerre mondiale" - la troisième étant la guerre froide-), et qui opposerait "nos" valeurs universelles et l'islamo-fascisme qui les hait

Or la guerre implique au moins trois choses : des ennemis, des moyens des buts.

⁃ Des ennemis : certes, il n'est pas question de nier que nos adversaires jihadistes nous fassent la guerre, sous la forme du jihad -guerre sainte, obligatoire pour les croyants, défensive, juste à leurs yeux-. Notre embarras vient de notre difficulté à les désigner : certains préfèrent des euphémismes comme "extrémisme violent", d'autres hésitent entre islamisme (qui a l'inconvénient de contenir "islam"), État Islamique (qui a l'inconvénient de contenir et État et Islamique), fondamentalisme islamiste (mais on peut être fondamentaliste sans tuer personne), barbares (mais pourquoi pas "méchants"), etc. Dans tous les cas, cette guerre que nous subissons est menée à la fois sur "leur" territoire que nous contribuons à bombarder et sur notre territoire par des gens qui ont notre passeport, ce qui cumule les inconvénients de la guerre ouverte et de la guerre invisible (alias "guerre du pauvre") sur notre territoire. Par ailleurs, beaucoup ont souligné avec raison qu'utiliser la catégorie "guerre" à propos de l'État islamique, quitte à le dire "ennemi du genre humain" comme l'on disait autrefois des pirates, c'est lui conférer un reconnaissance qu'il espère.

⁃ Des moyens veut dire crûment des armes qui tuent des gens. Ceci implique donc d'admettre moralement et politiquement la légitimité d'utiliser la force extrême, y compris avec le risque de tuer des civils "innocents" comme lors de bombardements. Pour le moment, l'opinion française ne verse pas trop de larmes à l'idée que l'on tire sur Abbaoud. Qu'en sera-t-il dans quelques mois, quelques morts et quelques bavures ?

⁃ Des buts implique une situation historique que l'on pourrait décrire comme la "paix". Et qui naît quand une des parties renonce son intention hostile. Quand saurons-nous que nous avons gagné ? Il est possible qu'un jour les jihadistes d'Irak et de Syrie disparaissent (remplacés par qui ? par de sympathiques démocrates alliés de l'Occident ?). Mais ceux qui éprouvent assez de ressentiment pour massacrer leurs compatriotes qu'ils considèrent comme des Croisés ou des mécréants ? La fin de cette "guerre" ne peut être qu'une paix vécue par nos enfants.

 Imprimer cette page