huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
La part de la terreur I
La peur dans la stratégie terroriste

Que le terrorisme terrorise, c'est évident. L'étymologie nous le suggère (à la fin du XVIII° siècle, pour le dictionnaire, le terroriste est quelqu'un qui veut répandre la terreur jacobine d'État). Plusieurs définitions juridiques du terrorisme y voient une forme de violence qui vise à contraindre ou terrifier la population ou les dirigeants. C'est donc un spectacle (il est mis en scène, expliqué, médiatisé...) mais un spectacle qui frappe d'effroi. Certes, mais dans quel but ?

La menace comme moteur

Il y a une dimension stratégique dans l'attentat destiné à obtenir un "effet psychologique bien supérieur à l'effet militaire" suivant le mot de Raymond Aron. Dès la fin du XIX° siècle, les narodnistes, nihilistes ou sociaux-révolutionnaires russes qui recouraient au pistolet et à la bombe (cette dernière parfois un peu au hasard dans les lieux publics) expliquaient qu'en frappant quelques uns -un archiduc, un militaire, un fonctionnaire-, on ferait que tous, ou au moins tous les serviteurs ou complices du tsarisme- soient paralysés de crainte, ne sachant qui serait le prochain. L'effet d'attente et l'effet de panique sont sensés démultiplier la force offensive du "faible" qui n'a que son encre et sa poudre pour renverser le puissant en lui faisant découvrir qu'il est vulnérable.
Suivant ce terrorisme première manière, et sa logique valable pratiquement tout le vingtième siècle, l'horreur de la violence se justifie par la nécessité. Répandre la crainte aujourd'hui par un spectacle sanglant c'est accélérer la victoire des opprimés, des peuples occupés ou des vrais patriotes/croyants en démoralisant l'adversaire, donc c'est peut-être au final économiser des vies humaines au cours d'une longue guerre civile. Trois idées se retrouvent souvent :
- l'ennemi a mérité d'être châtié, c'est justice qu'il connaisse l'angoisse et l'humiliation à son tour. Parfois même, il est condamné par une sorte de tribunal populaire où le terroriste s'érige en juge et bourreau à la fois. Il arrive. certes, que la victime soit "innocente", qu'elle n'ait par exemple rien à voir avec le "système" et qu'elle soit frappée parce qu'elle passait par là et non pour ce qu'elle aurait fait. Mais on trouvera toujours une raison -que c'est le hasard, qu'il y a des pertes dans tout conflit, que c'est le prix à payer pour sauver bien davantage de vies innocentes demain.
- la terreur décourage le fort. Puisque le terroriste pense en termes de camps opposés et qu'il sait son ennemi, généralement un État, bien plus fort que lui, il faut bien qu'ils en prenne à ses forces morales. Ou qu'il le pousse à la faute : à une répression maladroite, par exemple, qui l'obligera à montrer son "vrai visage".
- la terreur encourage le "bon camp". Ainsi, elle oblige les dominés à prendre conscience de leur oppression, les incite à se révolter, leur donne de l'audace, les radicalise. Voyant trembler leurs maîtres, ils s'enhardissent. Et, entre ceux qui ont désormais à craindre et ceux qui peuvent commencer à espérer, la ligne de fracture devient plus nette.

Ainsi la terreur clarifie les positions et modifie les rapports de force au profit du clandestin qui frappe par surprise, où il veut quand veut, au détriment de l'État visible et obligé de se protéger partout et de protéger tous les citoyens s'il veut rester crédible.
Mais ces règles immuables prennent une autre dimension, sacrée et sacrificielle, dans le jihadisme
A SUIVRE


 Imprimer cette page