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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
L'Occident perdra ?

Pouvons-nous perdre ? Avec notre supériorité technologique et militaire, nos économies et nos valeurs universelles ? Face à des barbares nihilistes, ou à des autocrates qui résistent la modernisation / mondialisation ? L'idée, impensable il y a quelques années, que ce qu'il est convenu d'appeler l'Occident puisse être vaincu en termes de force militaire ou d'influence planétaire est ouvertement discutée. Ce serait un "nouvel art occidental" pour Gérard Chaliand ("Pourquoi perd-on la guerre ?" chez O. Jacob), parce que nous commettons dix erreurs majeures ("Comment perdre la guerre contre le terrorisme" de F. Heisbourg chez Stock) ou parce que notre guerre au terrorisme ne casse pas la dynamique révolutionnaire de l'islamisme radical ("L'État islamique est une révolution" de Scott Atran chez les LLL).
Les arguments des trois livres (et sans doute pas mal d'autres) sont nombreux et se recoupent -nous ne tenterons même pas d'attribuer les siens à chacun -, trop pour que nous puissions détailler, et certaines critiques semblent évidentes (ce qui ne veut pas dire que les dirigeants le comprennent) : qu'il faille de l'anticipation, de la coordination, une coopération notamment européenne, la compréhension de la culture de l'adversaire, l'art de choisir des alliés fiables, une adaptation à la diversité des forces opposées, ne pas paraître arrogants et dominateurs, éviter les contre-sens psychologiques, il sera difficile d'en disconvenir. Ou que les interventions occidentales contre des régimes, certes odieux, mais plus ou moins laïques et qui, au moins ne nous agressaient pas, aient ouvert la boîte de Pandore, c'est vrai. Il faut laisser de plus experts que nous juger de la façon de relever ces défis, mais il est difficile de nier des erreurs stratégiques et tactiques. au sens de raisonnements et décisions erronés. Donc qui pourraient être corrigés s'il n'est pas trop tard. Nous répétons nos erreurs, croyons trop à la technologie et nous ne comprenons pas le terrain, nous produisons des niaiseries comme le sunnite modéré démocrate qui va chasser dictateurs et extrémistes, dit en substance Chaliand. Nous sommes mauvais pour tirer les leçons de nos échecs, nous pataugeons dans la façon de parler de guerre ou de danger à nos populations, nous hystérisons le débat autour de faux enjeux ajoute à peu près Heisbourg... On ne va pas dire le contraire.
Reste qu'à côté des erreurs "cognitives" des chefs, nous souffrons tous des faiblesses culturelles. Elles se classent en général en deux genres : le déni du tragique et le manque de cohérence. Dans la première catégorie, les critiques sinon de notre manque de virilité, du moins de la façon dont nous refusons d'accepter le prix en vies humaines de conflits qui ne vont pas se conclure par un traité de paix et une réconciliation. Dans la seconde, le reproche fait à nos sociétés de continuer à discriminer une partie de leurs populations, voire de céder à la peur et à la colère, de tolérer des injustices, d'être imparfaites par rapport aux principes qu'elles proclament, en somme. Certes, mais ce que nous reproche l'État islamique, ce n'est pas de faillir aux valeurs républicaines, de ne pas être assez inclusifs et égalitaires, ou de ne pas savoir vivre ensemble dans l'ouverture, la prospérité et la protections sociale, c'est le contraire. Ils nous reprochent d'appliquer la loi du peuple et non celle de Dieu.
Rappelons le slogan de l'État islamique " L'État islamique perdure et croît. Nous vous décapiterons, vous les infidèles et les apostats". Et le principal problème est de savoir ce que nous pourrions opposer à cela. Quelle promesse de conquête et de gloire ? Quel ennemi à écraser (autre que des abstractions stupides comme "la barbarie" ou "l'extrémisme radicalisé violent" ? Nous n'avons certainement pas la réponse qui nous vaudrait au moins le prix Nobel, mais nous savons au moins que la question est bonne. C'est le mérite de Scott Atran de s'interroger sur la terrible attractivité du jihadisme. Il promet l'idéal et la mort, l'occasion de se sacrifier et celle de faire peur à ses ennemis, la fusion dans le groupe des camarades et la récompense de la gloire individuelle, le salut du monde et celui de son âme. Et cela attire des jeunes gens ? Il faut vraiment une bonne dose de naïveté pour en être surpris. Merci à l'anthropologue franco-américain de nous l'avoir rappelé.
Eux veulent gagner l'Empire de la terre et du ciel, nous, nous voudrions qu'ils cessent de nous tuer et qu'ils disparaissent du JT. C'est une petite différence.

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