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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Angelots jihadites
Vert paradis des massacres enfantins

Peuvent-ils faire pire ? Après tant d'égorgements filmés et de supplices théâtralisés, de défis et de malédictions ? Oui, ils peuvent. La dernière vidéo mise en ligne par l'État islamique trouve encore un tabou moral occidental à inverser pour nous infliger une blessure symbolique : la pureté de l'enfant, devenu ici le petit tueur porteur d'espérance ("Nous sommes le second espoir de cette communauté après Allah" dit plusieurs fois la vidéo). Sous label des productions Halab, largement en français avec des commentaires en arabe, le film s'intitule "sur les traces de mon père". Le fils d'un jihadiste, abu Dujana, venu de France en famille et mort dans une opération suicide à Alep y montre sa vie quotidienne avec son petit camarade "du pays de Cham". Il ne retournera en France que s'il peut la frapper.
Ici, on fraternise, on joue au foot, on mange de bonnes glaces, on étudie avec sérieux, on ne manque de rien. Les aînés vous protègent. La carte postale est charmante et sous leurs bonnets noirs, avec leur air d'impayable application, les gamins aux joues roses vous font craquer : tous les stéréotypes y sont.
Mais Bambino parle. Il explique : là-bas en Occident, l'école est mixte et on autorise le mariage de même sexe. Ici les gens sont gentils et vous aident : tous frères, tous égaux. Ici on apprend la vraie science qui mène au Paradis (et même, répète-t-il, au Paradis "le plus haut", celui où l'attend son père, le martyr, dont il est si fier). Et, bien sûr, il apprend à se battre. On le voit démonter une Kalach et apprendre à son copain à bien la réarmer. Au pas de tir, on vise des photos de Assad et Hollande.
Ces séquences alternent avec des vues de paysages un peu kitsch, ou avec une silhouette plantant des sabres dans le sol sur fond de soleil couchant.
Blondinet récite sa leçons : les mécréants, la France en particulier, tuent des musulmans en terre de califat (on voit passer des Mirage dans le ciel comme un vol de corbeaux). Sang pour sang, comme papa, il aimerait faire une opération martyr et faire sauter en tuant beaucoup de Français. Cela ne lui sera pas donné (pas encore ?), mais un vœu lui sera accordé par la communauté, à lui et à son pote.
Ils pourront tuer deux nosaïrites (des chiites), un soldat et un espion, ce qui augmentera sérieusement leurs chances d'aller au Paradis et contribuera plus modestement à la conquête du monde par le califat pour y instaurer la vraie loi. Dans un bosquet, les angelots s'approchent des suppliciés agenouillés dans l'inévitable tenue orange. La caméra tourne pour que nous ne manquions aucun détail. Rapide proclamation : ceci est un message pour les ennemis, Français en particulier, qui nous massacrent et ne font que nous renforcer dans notre résolution ; et les coups de pistolet retentissent. Dans une séquence finale les deux petites ombres fraternelles s'éloignent laissant les cadavres des apostats.
Et ils nous laissent sur une énigme : comment décourager un enfant qui veut aller au Paradis ?

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