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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Affrontements, stratégies et images
Que veut le Hamas ?
La Charte du Hamas est au centre de l’attention depuis que l’opinion internationale exige de ce mouvement islamiste qu’il renonce à trois points de son programmel politique :
- refus de reconnaître l’État d’Israël
- opposition aux traités de paix
- recours à la violence


Sur le dernier point, on notera que, si le Hamas a sinon «inventé », du moins popularisé l’attentat suicide, notamment dans les bus, le même Hamas respecte la dernière trêve et qu’il s’oriente de plus en plus vers une intégration aux institutions politiques.

Même si cela semble paradoxal, la question de la « violence » n’est peut-être pas la plus déterminante pour comprendre sa future politique : le recours aux attentats (dûment autorisés par des fatwas qui précisent que les victimes ne sont pas innocentes et que les kamikazes ne sont pas suicidaires) ne représente qu’un moyen. Les brigades armées al-Qassam seulement une branche du mouvement.

Peu avant le triomphe du Hamas, un de ses dirigeants Mahmoud Al-Zahar, avait même déclaré : "Les négociations sont un moyen. Si Israël a quoi que ce soit à offrir sur l'arrêt des agressions, le retrait ou la libération des prisonniers, alors 1.000 moyens peuvent être trouvés". Bien entendu, nous ne sommes pas en train de dire que les gens du Hamas sont des pacifistes refoulés qui ne demanderaient qu’à s’asseoir à une table de négociation ; simplement, pour eux , la violence du faible au fort que constitue le terrorisme n’est qu’un recours provisoire. Aucun élément doctrinal n’empêcherait éventuellement le Hamas de proposer, à défaut de « paix », une trêve à Israël, sur le modèle de la « trêve conditionnelle » de dix ou vingt ans qu’avait imaginé cheikh Yacine il y a plus de vingt ans.

En revanche la question de fond des objectifs du Hamas est, elle, essentielle

En souvenir de la fameuse « modification » de la Charte de l’OLP en 1996, on attend beaucoup d’une révision de ce texte daté du 18 Août 1988 et qui est maintenant disponible en français


Mais que dit précisément la Charte?


Pour ce qui est de « l’État hébreu », elle annonce d’emblée : « Israël existera et continuera d'exister jusqu'à ce que l'islam l'anéantisse comme il a anéanti ses prédécesseurs». Plus loin dans le texte où il est fait allusion aux invasions « croisées et tatares » et l’invasion sioniste, volontiers qualifiée de « nazie » est considérée comme une troisième grande vague de persécution et d’invasion dont sont victimes les musulmans.

Dans cette logique – délirante à nos yeux, mais logique quand même – l’obligation individuelle de jihad s’explique parfaitement : le combattant ne fait que défendre sa terre, sa femme et ses enfants. Cela implique à la fois qu’il se situe par rapport à un temps mythique (celui où l’Oumma était forte, pure et unie) et par rapport à un territoire mythique (des terres qui seraient « d’islam » par décision divine, depuis leur conquête par les compagnons du prophète). La destruction d’un État n’est donc pas une catégorie très pertinente par rapport à cette perspective escathologique qui fait peser un devoir sur chaque « vrai » musulman.

Le Hamas se présente comme la branche palestinienne des Frères musulmans (une association créée en 1928 en Égypte par qui ses deux dirigeants successifs Yassine et Al-Rantisssi ont été très influencés). La confrérie serait donc le « mouvement universel » et Hamas, son mouvement de résistance en Palestine, mouvement lui-même doté d’une branche politique, armée, caritative, … « Quant à sa dimension dans l'espace, le Mouvement est partout où il y a des musulmans qui embrassent l'Islam comme chemin de vie, partout sur le globe » Tout est lié car « La question de la libération de la Palestine est liée à trois cercles : le cercle palestinien, le cercle arabe, et le cercle islamique. "

La notion de la « chaîne du Jihad » confrontée à l’invasion sioniste est donc au cœur de la doctrine. Pour le reste, l’image qu’il se fait de « l‘invasion sioniste » est plus que simplifiée, « conspirationniste », (même si c’est celle qui s’est malheureusement développée dans une bonne partie du monde arabe).

Les sionistes sont partout : derrière l’Onu, la Franc-Maçonnerie, la révolution de 1789 et celle de 1917, et même derrière le Lion’s Club et le Rotary. La Charte se réfère sans l’ombre d’une hésitation au protocole des sages de Sion, le célèbre opuscule antisémite russe datant de 1903 et énumère les symptômes de l’invasion : l’ennemi maîtrise l’argent, les médias, les organisations internationales, les gouvernements… Il propage la drogue et l’alcool ; il mène une lutte idéologique contre l’islam et une lutte des valeurs. Il faut donc suivre l’exemple des ancêtres comme Saladin et « unir ses épées ».

Mélange d’exaltation mystique et de rhétorique victimaire, truffée de poèmes et de versets, la charte du Hamas nous offre donc une image étrange et décalée d’un mouvement qui, dans le même temps est capable de prouver son réalisme politique, ne serait-ce qu’en remportant aujourd’hui des élections auxquelles il avait refusé de participer hier, parce qu’entachées par leur origine : le processus d’Oslo.


Le parallèle avec la charte de l’OLP, mouvement laïque et organisé sur le modèle des mouvements de libération tiers-mondistes révèle vite ses limites. La Charte du Hamas n’est pas celle d’un parti ordinaire. D’une part elle se veut un interprétation ou une mise en application de la loi divine. Mais pour autant, le Hamas n’est pas al Quaïda : c’est un mouvement enraciné dans la réalité palestinienne, attaché à des objectifs concrets et une perspective historique – la constitution d’un État palestinien – qui est quand même moins délirante que le rétablissement du califat de 1258. La Charte à certains endroits fait allusion à la création des djins par Allah ou semble considérer que les musulmans sont victimes d’une même persécution depuis « les invasions tartates » mais, en même temps les dirigeants de ce mouvement se conduisent comme de vrais politiques et sont capables de négocier.C’est par rapport à cette ambiguïté que doit se situer toute prospective.


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