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Obsession de la post-vérité 2

Comme nous l'avons évoqué cf. Obsession... n°1) le numérique facilite la fabrication du faux (et sa distribution). Il peut porter sur le sens de l'énoncé, c'est-à-dire ce qui est dit ou "montré" (A a fait ou déclaré X) et qui renvoie finalement à un fait matériel irréductible (il a eu ou n'a pas eu lieu). Il existe divers degrés de trucage ou d'insincérité : on peut fabriquer totalement l'information, on peut en changer le contexte jusqu'à en fausser le sens (photo d'un événement qui s'est déroulé à tel moment à tel endroit, donnée comme prise ailleurs ou à un autre moment), on peut fausser le sens des événements en créant une hiérarchie (un "agenda") qui relativise ou exagère la portée des faits (trois lignes sur des milliers de morts dans tel pays, une photo bouleversante d'une victime de tel autre conflit), on peut mêler faits et jugements...
Mais on peut aussi fausser l'énonciation, acte de production de l'énoncé, par exemple le fait que c'est A qui a déclaré X à B dans telle circonstance. La création de pseudo comptes de personnalités ou de sites faciles à confondre avec des sites "officiels" de médias ou organismes bien connus en sont de bons exemples. Ceci vaut dans le domaine du "qualitatif" (telle personne qui a tel statut a dit cela) mais aussi dans le domaine du quantitatif : tant de gens ont constaté ou pensent que... C'est la fonction de "trolls" souvent payés pour cela, qui passent leur journée à répandre certaines nouvelles, fréquemment fausses ou déformées, dans un but stratégique : positif, ils relaient une position officielle en prétendant être de simples particuliers agissant spontanément, négatif, ils vont "pourrir" les discussions relatives. Les trolls en chair et en os peuvent être remplacé par des bots ou des algorithmes qui feront la même chose : répandre tel contenu, en bloquer ou submerger tel autre, donner l'impression que tout le monde pense que... Ou du moins pour rendre la thèse adverse beaucoup plus difficile d'accès.
Sans oublier l'astroturfing, évoqué sur ce site, qui recouvre les techniques destinées à donner artificiellement l'impression qu'il y a un courant populaire, ou au moins une forte opinion au sein de la société civile, en faveur de telle opinion (politique, sur telle entreprise ou telle réalité économique, sur les mœurs, etc.). Ici, on ne crée pas du contenu pour convaincre les foules, on produit directement les foules.

La facilité d'"injecter" de fausses nouvelles dans le circuit des réseaux sociaux et surtout d'attirer des "flux d'attention" que les médias classiques ne savent plus si facilement générer crée un effet de panique paradoxal.
Paradoxal, car tous les arguments utilisés pour déclarer la démocratie en danger - n'importe qui peut dire n'importe quoi, il est facile de se jouer des contrôles et censures, les gens se détournent des mass médias pour aller s'informer à des sources militantes, Anonymous attaque les sites officiels et Wikileaks révèle des documents classifiés, etc. - sont exactement ceux qui étaient utilisés au moment du printemps arabe pour célébrer l'intelligence collective, les cyberdissidences, la méfiance des masses à l'égard des "médias du système", les révoltes 2.0 (Google ou Twitter révolutions), la capacité de mobilisation en dehors des idéologies ou des partis traditionnels, etc.
Il est vrai qu'entre temps on d'une part réalisé que les révolutions arabes, même 2.0, ne tournaient par forcément au bénéfice des sympathiques cyberdissidents, et, d'autre part, que des méthodes employées contre un Moubarak et un ben Ali peuvent aussi se retourner contre des hommes politiques occidentaux. C'est le problème des armes : elles valent ce que vaut leur usage.

S'ajoute la mise sur le même plan (voire l'attribution à un même auteur diabolique, qui serait si possible un gouvernement étranger) des phénomènes qui peuvent se combiner mais relèvent de logiques différentes :
- la franche piraterie qui consiste à profiter des failles d'un système d'information pour le paralyser, en prendre le contrôle ou y prélever des données confidentielles a priori de l'extérieur
- les fuites (leaks) (généralement vraies) qui "exfiltrent" de l'intérieur des données protégées et généralement compromettantes pour en faire part au public et indigner l'opinion
l'action des trolls et l'astroturfing signalés plus haut.
Le tout sur fond de "réceptivité" idéologique qui fait qu'une partie de la population, celle qui s'informe le plus sur les réseaux, est prête à croire certains faits "révélés" ou certaines interprétations en rupture avec le contenu des médias classiques

Le résultat le plus visible est qu'en retour, une part croissante de l'information médiatique est consacrée à la dénonciation de vraies-fausses ou fausses-fausses informations ou à la mesure de leur effet immoral et ravageur. Le jour où nous avons pris des notes en mars 2017 : les conditions de la mort d'un Chinois, une photo retouchée de Claudia Cardinale, les manœuvres supposées contre F. Fillon et la réalité du travail de sa femme, l'avertissement de la Commission du renseignement US (pays qui ne s'est jamais ingéré dans les élections des autres) sur les manœuvres russes pour fausser deux élections dont la présidentielle française, la réalité des emplois fictifs du FN, la tragique question de savoir si Melinda Trump dort ou ne dort pas à la Maison blanche, occupent à peu près la moitié des titres. Donc six cas où l'établissement de faits bruts donne lieu à deux versions contradictoires, même s'il n'est pas très difficile laquelle vont choisir les médias classiques en grande majorité et laquelle croient les médias sociaux.








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