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La longue guerre de D. Rumsfeld
Sémantique pentagonienne

Au Pentagone, la sémantique est considérée comme une discipline stratégique. Nous avions ici même souligné les enjeux de l’emploi de termes comme
Quatrième Guerre Mondiale
Guerre Globale au Terrorisme
Guerre Globale contre l'Extrêmisme violent
Guerre de Quatrième Génération
Guerre sans fin

sans oublier « guerre préemptive » ( voir notre livre). Voici maintenant la « longue guerre ». Dans la bouche du général Myers en Septembre, puis dans celle de G.W. Bush dans son discours sur l’État de l’Union, puis enfin dans les mémos et conférences de presse de Donald Rumsfeld l’expression revient d’une façon qui ne doit rien au hasard.

Il s’agit, en somme, d’habituer l’opinion à l’idée que la guerre au terrorisme pourrait durer autant que la guerre froide, d’autant plus que, le Secrétaire d’État à la Défense le reconnaît volontiers, cette guerre-là ne se conclura pas par un traité de paix ou un défilé de la victoire. Demander quand elle se finira, c’est, dit-il, volontiers demander quand on cessera d’avoir besoin de policiers et de pompiers dans les villes. Dans une déclaration antérieure, Rumsfeld avait affirmé que la guerre au terrorisme s’achèverait le jour où plus personne ne songerait « à s’en prendre au mode de vie américain ». Comment interpréter cette déclaration ?

- D’une part les néo-conservateurs ont toujours pensé que la lutte contre le terrorisme/islamisme serait longue et difficile. Peut-être même s’en réjouissaient-ils secrètement, car ils estimaient qu’elle « réveillerait » l’Amérique assoupie par les années Clinton et lui rappellerait sa mission de propagation de la démocratie. De ce point de vue, les néocons ne sont pas surpris : ils ne s’attendaient pas à une victoire rapide dans leur lutte ; celle-ci n’est pas une guerre classique pour faire plier la volonté d’un État, mais une plus vaste entreprise visant à faire du monde un « lieu sûr » (a safe place) pour la démocratie. Cela est censé se faire en éliminant tous les États voyous, tous les régimes autoritaires où ils voient une des sources de l’extrémisme islamiste, tous les groupes terroristes, toutes les armes de destructions massives, et, globalement, tout ce qui va mal sur terre. C’est un vaste programme.

- D’autre part, les idéologues du Pentagone appliquent le principe de « Plus du même ». Plus notre politique échoue, plus nous devons l’intensifier, puisque nous ne l’avons pas menée avec assez d’énergie. Si tout va mal en URSS, c’est que le pays n’est pas encore assez socialiste, pensaient autrefois les communistes. Si nous avons de plus en plus d’ennemis, c’est que nous ne les combattons pas assez, répondent les néo-conservateurs en écho. De fait, la politique de l’après onze Septembre (pensée en réalité bien auparavant) comportait deux volets. Montrer sa force pour terroriser les terroristes et ceux qui les soutiennent. Répandre la démocratie, d’abord dans le grand Moyen Orient, puisque des gouvernements issus d’élections démocratiques seront forcément des gouvernements amis. On a vu le résultat : le terrorisme prolifère et les élections amènent au pouvoir le parti d’Amadinejad ou le Hamas. Visiblement l’information n’est pas remontée au cerveau.

- Enfin, et surtout, l’option « longue guerre » va se refléter dans les choix militaires des USA. Le vote du prochain budget et la mise en application du prochain « Quadriennal defense review » devrait se traduire par

° un budget de 440 milliards de dollars (hors budget Irak)

° des coupes dans des budgets mineurs comme les avions E10, le personnel de l’US Air Force ou la Garde Nationale
° une augmentation de la capacité opérationnelle de plus petites unités de contre-insurrection et d’intervention

° l’accroissement des forces spéciales spécialisées dans les actions clandestines et l’action durable dans un milieu politique sensible. Traduction française : la contre-guérilla

° un redéploiement des bases militaires, beaucoup migrant de l’Europe vers le Moyen Orient

° le maintien de la capacité de l’US Army de mener simultanément deux guerres d’intervention tout en assurant une dissuasion suffisante contre toute tentative

Bref, il s’agira de maintenir « l’agilité opérationnelle » d’une armée vouée de plus en plus à une mission de gendarmerie planétaire. D’autres indices de la transformation de la guerre, que la philosophie classique définissait comme un conflit armé, public et ayant une dimension juridique entre deux entités politiques comparables, en répression planétaire high tech d’un désordre ressurgissant sans cesse.
Longue guerre pourrait bien être l’autre nom de la Guerre sans fin

FBH

 Quatrième guerre mondiale
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