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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Propagande djihadiste, après le califat
L'État islamique pratique une triple propagande, depuis son territoire, chère et centralisée, une seconde venue de la base (du selfie du mouhadjidine aux listes de diffusion chez les sympathisants) et enfin cette propagande par le fait qu'est le terrorisme comme scénographie de la violence. Une production théorique ultra-doctrinaire nourrit un discours (et des images) d'adhésion et d'autorité, autre versant de son impact sur l'adversaire.
Cette influence est structurée sur le fond (promesse de sauver son âme, de conquérir la Terre et de venger des siècles d'humiliation) et spectaculaire par la forme. Le message renverse nos codes moraux et politiques mais non nos codes visuels ; il semble réussir par là même. La rhétorique djihadiste combine la multiplicité des genres (aux vidéos "gore" de supplices et égorgements, les plus célèbres, s'ajoute une production sur la vie quotidienne, les combats, la prédication, les témoignages...), avec la pluralité des sources et canaux (propagande "officielle" sophistiquée et commentaire, amplification par la base). Sans oublier une forte résilience technique contre toute tentative d'interruption ou de censure (anonymisation, multiplication des comptes, dissimulation).
Cette propagande a évolué considérablement depuis ses origines encore liées à al Qaïda et elle continue d'évoluer. Ceci traduit des configurations stratégiques, mais aussi une adaptabilité aux techniques numériques. Sur le fond, la casuistique djihadiste (qui s'applique à tout des règles de l'égorgement aux perspectives géopolitiques ou à l'eschatologie du règne de Dieu tout proche) rend le système imperméable à la critique.
Par avance, la propagande répond aux tentatives de contre-discours des démocraties. Ce dernier fonctionne globalement suivant les principes de réfutation - révéler aux apprentis djihadistes forcément ignorants l'horrible réalité à laquelle ils seront confrontés - ou de délégitimation (des musulmans disent "pas en mon nom"p.e.). La littérature djihadiste fournit à ses partisans -aggravant leur répulsion pour tout discours venu des mécréants et forcément trompeur- une dogmatique à base de sourates, de hadiths et de commentaires théologiques, pour les persuader que toute déviance par rapport à l'autorité du calife ou à la doctrine du djihad est un abomination.
Dans la perspective, quand même assez vraisemblable, où le califat serait complétement écrasé dans les semaines ou les mois qui viennent (qu'al Baghdadi soit mort ou pas au moment où nous écrivons), se poserait la question de la dispersion militaire des combattants qui auront survécu, allant essaimer dans la région ou revenant au pays (pour y pratiquer le terrorisme avec leur expérience de vétérans ?). Ou de leur reconversion dans l'un des dizaines de groupes armés locaux.
Mais sur le plan de la propagande ? D'une part les moyens centralisés et sophistiqués, ceux qui permettaient de propduire les vidéos ou les revues multilingues risquent de disparaître. D'autre part le discours "un vers tous" des réseaux sociaux aura à échapper à des censures de plus en plus vigilantes. Mais sur le fond ? Qui l'emportera ? Le découragement de voir échouer l'expérience d'un État islamique territorialisé ? Ou au contraire le ressentiment, la conviction que le grand complot pour écraser le califat (le neuvième à diparaître historiquement) se perpétue au fil des siècles ? L'encouragement à toutes les violences désespérées, la loi du talion ?

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