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Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Daech : après la défaite militaire ?

La propagande de Daech est-elle innovante par rapport à la longue histoire du terrorisme, dit aussi "propagande par le fait" ?

Classiquement, le terrorisme recherche un effet "judo" (obliger l'adversaire qui a priori contrôle les médias à parler de lui, de sa violence et de ses revendications), mais il a parfois ses propres médias, ses réseaux de propagation comme Daech avec ses revues multilingues, ses agences de presse, des chaînes de diffusion sur les réseaux sociaux. Ils servent pour recruter, donner l'exemple, rendre l'idée et l'action contagieuses. Chaque phase de l'histoire du terrorisme correspond à un média dominant : d'abord presse à imprimer (celle des quotidiens, mais aussi presse que l'on cache dans une cave pour imprimer des brûlots), radio à l'époque des mouvements séparatistes ou anticolonialistes, télévision internationale à l'époque du terrorisme pro-palestinien et d'extrême-gauche, Internet avec le djihadisme moderne d'al Qaïda. L'État islamique, lui, est passé au Web 2.0.

En quel sens ?

Les réseaux sociaux 2.0 favorisent une communication descendante (les superproductions des professionnels du califat : scènes d'exécutions, du front ou de la vie utopique au califat de Cham, diffusées et signalées par les médias 2.0 ), plus un rapport communautaire frère-vers-frère ou sœur-vers-sœur pour le recrutement ou le retour d'expérience du pays de djiha, les conseils sur la vie à mener ou les actions à entreprendre ; il y a aussi une communication "remontante", comme l'attentat filmé, sorte de selfie sanguinolent pour l'édification des croyants,... Face à cela, on doit se contenter de fermer des comptes qui seront aussitôt recréés avec légère modification. Twitter se vante d’avoir retiré plus de 900.000 comptes djihadistes vite reconstitués. Ou encore, les autorité produisent des vidéos de contre-influence et de contre-radicalisation qui disent en substance la même chose que les journaux télévisés. Cela dit, il est devenu beaucoup plus difficile qu’il y a un ou deux ans de trouver du contenu djihadiste en ligne, notamment grâce aux algorithmes des moteurs de recherche qui renvoient vers des contenus censés contribuer à la déradicalisation. En résumé : on trouve toujours de la propagande djihadiste (y compris les vidéos et les revues), mais pour le faire, il faut être davantage initié, participer d’un réseau humain (souvent concrétisé par une liste de diffusion secrète sur certaines plateformes) qui vous dirige vers ces contenus. Il faut, en somme, être un peu initié.

Et si, demain, le califat est écrasé en Syrie et en Irak ?

L'action terroriste se place dans la perspective de l'Histoire, qu'elle veut accélérer (en évitant des années d'attente), ou qu'elle veut rejouer (étendre le califat à la Terre entière dans le cas de Daech). Le jour - quand même proche - où l'E. I. aura perdu ses derniers bastions territoriaux et où ses chefs autant été atteints par les derniers drones - le risque est que son souvenir se perpétue à travers la prolifération des opérations jihadistes désespérées, pour venger un califat détruit par les mécréants. Mais il pourrait aussi perdurer à travers les mémoires numériques, mythifié et incontrôlable sur les réseaux, des réseaux que nous ne savons ni interrompre, ni contrôler. Du reste, les publications du califat développent tout un discours sur le thème : si nos ennemis semblent triompher aujourd’hui, c’est que Dieu veut éprouver notre foi ; après cette dernière épreuve, nous vaincrons par un complet renversement de situation, ayez confiance... On peut donc développer l’hypothèse qu’une partie des pro-djihadistes se découragent, qu’une partie rejoigne al Qaïda (dont l’analyse historique - ne pas créer d’État islamique tout de suite - serait validée). Mais surtout un bon nombre de partisans de l’EI pourrait continuer à se livrer à des attentats, pas forcément très sophistiqués ou très efficaces, mais plus fréquent pour « punir » les persécuteurs du califat, notamment dans les pays membres de la colaition.
Pour empêcher la rhétorique -triomphante aujourd'hui, doloriste demain- du califat de transformer une défaire militaire en une victoire "spirituelle" des martyrs, il est urgent d'apprendre à faire de la guerre de l'information à des gens qui n'ont pas le même logiciel que nous.


Voir le livre Daech : l’arme de la communication dévoilée

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