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Daech : défaite territoriale, défaite numérique ?

Tandis que Daech perd ses derniers territoires en Irak et en Syrie, du moins les dernières zones importantes militairement et symboliquement, perd-il aussi ses territoires numériques ?
L’organisation fonctionnait sur une double articulation : la création ici et maintenant du califat, sensé, suivant le slogan, « durer et s’étendre » avec sa frontière, sa monnaie, ses lois, et, d’autre part, le message en ligne. Par sa capacité de s’adresser aux territoires virtuels de l’Oumma, le califat 2.0 fonctionnait en combinant une propagande sophistiquée distribuée (vidéos, magazines en ligne, émissions, communiqués....) et l’expression de ses partisans sur les réseaux sociaux.
Par rapport à sa période de gloire, l’État islamique a du renoncer à nombre de ses canaux et subi des interruptions dans sa communication.
Il y a d’abord eu la réduction de l’énorme masse des messages de combattants sur place et des partisans à l’étranger pour des raisons de sécurité.
Les vidéos en ligne se sont faites plus rares*. Les luxueux magazines téléchargeables en plusieurs langues - regroupés il y a quelques mois dans le mensuel al Rumiya avec sa dizaine de versions linguistiques- n’apparaissent plus depuis septembre.
Les GAFA sont intervenus. Soit pour retirer plus vite des comptes djihadistes, soit pour mieux les repérer (ainsi, Google a perfectionné ses algorithmes pour identifier les contenus texte ou image à retirer).
Autre conséquence des interventions purement techniques : les moteurs de recherche comme Google ne vous donnent plus accès à des contenus djihadistes, du moins plus aussi facilement qu’il y a un an quand il n’y avait guère besoin d’être initié pour accéder à la propagande califale. Au contraire, si vous faites des demandes sur des thèmes liés, vous serez renvoyés à des sites de déradicalisation, de contre-discours, de musulmans « modérés ».
Bref l’ère mythique du « mon fils est tombé sur des contenus en ligne islamistes et il s’est fait laver le cerveau » est vraiment révolue.
Du coup, il faut être un peu guidé - donc priori déjà en contact avec des gens « dans la vraie vie »- pour trouver le message. Ceci se fait notamment en passant sur des réseaux comme Telegram qui ont une bonne cryptologie ; ils permettent de suivre des chaînes distribuant l’information et signalant les bons liens à des membres présumés sûrs.
Récemment des hackers irakiens ont réussi à pénétrer ces réseaux et, par une méthode de type propagande noire ou intoxication, et à se faire passer pour des djihadistes. Cela leur a permis de créer soupçons et divisions pour paralyser la machine takfiriste naturellement encline à la méfiance et à l’exclusion. Le groupe dit Daeshgram a ainsi posté de fausses informations, après avoir saturé le site de l’agence de presse djihadiste Amaq, puis des contre-informations contradictoires ressemblant aux articles authentiques. Résultat : personne ne sait plus qui croire. Dans le même registre, on se souvient qu’il circulait des bruits sur des exemplaires des revues djihadistes qui auraient été porteurs de logiciels malicieux : là encore, que ce soir vrai ou pas, effet de chaos garanti.
- Enfin les chaînes Telegram de l’EI subissent une baisse au moins quantitative de leur contenu, voire s’interrompent près d’une journée.

Une part de cette baisse d’activité est forcément le résultat des attaques -physiques et numériques - qu’ils subissent et c’est forcément une bonne nouvelle. Le califat peut-il subsister, rester dans les mémoires de ses partisans, voire en inspirer de nouveaux avec une parole rare et des réseaux plus restreints ? C’est la question fondamentale va se poser dans les prochains mois.


*À noter que l’EI vient quand même de mettre en ligne une grosse production vidéo « Flames of war 2 »,sans doute pour montrer qu’il conserve sa capacité de faire de la propagande.

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