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Vérifications
De quel monde parlons-nous ? Quelle est la part du faux dans ce que nous en savons et en disons ? Parmi les « nouvelles », disons les faits récents qui nous sont rapportés par des professionnels pour nous édifier, nous faire réfléchir ou nous divertir, combien portent sur des tromperies ? Faisons une expérience. Le jour où nous écrivons (21 décembre) prenons en cinq minutes les nouvelles classées en tête (thématiques signalées par Google news et toutes illustrées par des articles de journaux « sérieux »). Deux séries portent sur la Catalogne et les élections qui ont lieu ce jour-là. Beaucoup traitent de la désinformation que subiraient les électeurs, les unionistes accusant les séparatistes de maintenir le peuple dans une bulle d’irréalité sur les conséquences de l’indépendance, les séparatistes dénonçant la politique quasi franquiste du mensonge pratiquée par Madrid. Du coup on se rappelle que, quelques jours auparavant, le Monde titrait sur les ingérences russes dans le Brexit, l’élection de Trump et le référendum catalan par le moyen de fake news..
Deux autres séries portent sur le « simulateur de gain de pouvoir d’achat », mis en ligne par le ministère des Finances, et dont certains contestent le mode de calcul. Apple confirme qu’il avait délibérément ralenti certains de ses Iphone tandis qu’Audi rappelle des voitures pour un problème de chauffage non signalé. On apprend que le CSA a condamné NRJ à une amende pour un canular et fait des reproches à l’émission « On n’est pas couchés », pour un montage où la sortie d’une invité est occultée.
Il est parfaitement normal dans une démocratie que l’on soit en désaccord sur ce qui est bon pour l’Espagne ou sur les conséquences de la politique fiscale du gouvernement. Mais, dans tous les cas que nous évoquons, (qui ont été trouvés en quelques secondes et qui ont été remplacés par d’autres le temps que nous prenions note), les médias se posent - à tort où à raison - comme dénonciateurs ou juges de tentatives de désinformation ou au moins de dissimulations de la vérité. Il faut en conclure soit que nous sommes dans un système particulièrement pervers où l’opinion est sans cesse abusée. Soit que nous vivons à une époque merveilleuse où les médias classiques trouvent une nouvelle légitimité en se posant en vérificateurs. Bien entendu des historiens pourraient nous démontrer qu’il y a cinquante ans les électeurs n’étaient pas moins abusés, et que la communication que ce soit celle de l’État, des entreprises ou des médias, ne visait pas moins à réarranger la réalité. Ce qui est nouveau est peut-être moins la montée du soupçon (là aussi, l’idée que la population adhérait autrefois sans états d’âme à tout ce que lui disaient les mass médias reste à démontrer), que la concurrence des soupçons. Le souci de vérification est aussi une réponse au scepticisme de masse, mais aussi aux explications alternatives, pour le meilleur ou pour le pire, telles que les développent les communautés sur les réseaux sociaux. Une démocratisation du doute à laquelle répond la concurrence pour le monopole du doute, fact-checking et compagnie, enjeu politique fondamental pour les médias

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