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Affaire Benalla III : le complot russe
Troisième mouvement de contre-offensive dans l’affaire Banalla :
- Après les affirmations factuelles rassurantes vite démenties par les images en ligne ou les enquêtes des médias
- Et après la mise en cause idéologique des extrémistes de droite ou de gauche et autres frustrés nihilistes en ligne qui en veulent au malheureux président
- Voici l’inévitable complot des russes ou russophiles, connus depuis longtemps pour déstabiliser les démocraties. Un député constructif les Républicains appelle déjà la commission d’enquête sénatoriale à se saisir de le manipulation attribuée aux comptes russophiles sur Twitter et dont le but serait donc de déstabiliser le gouvernement.

Le dossier est établi par EU Désinfo Lab dont on ne peut pas dire effectivement qu’il soit très russophile et qui affirme que « 1% des comptes du. réseau actifs sur l’affaire Benalla ont produit près de 44% des messages sur cette affaire. ». On ajoute que sur les 2600 comptes les plus prolixes sur le sujet, 27% avaient des liens avec la communauté russophile, des gens « qui se suivent entre eux et partagent des intérêts communs » (ce qui est bizarre, en effet, pour une communauté en ligne et est certainement le honteux monopole des séides du Kremlin).
En analysant les liens entre les comptes, on découvre-ô surprise - qu’ont beaucoup tweeté sur le sujet des communautés de droite, d’extrême-droite ou d’extrême-gauche , une « communauté médiatique » orienté à gauche et des « isolés ». Il serait donc suspect que des gens qui s’opposent au gouvernement aient tendance à refléter des informations embarrassantes pour le gouvernement : on ne dit pas que c’est la main de Moscou, mais suivez mon regard...

Il est en effet très possible que des comptes partageant certaines options idéologiques soient particulièrement friands de nouvelles - ici abondantes, documentées, fréquentes et sensationnelles - qui vont dans le sens qu’ils souhaitent. Il est même fort vraisemblable que cela ait eu un effet multiplicateur (mais apparemment surtout au sein de groupes plus ou moins préconvaincus) de ce qui, soit dit en passant, se révèles généralement vrai sauf un ou deux canulars (Benalla avait les clefs de la bombe atomique) ou des inexactitudes techniques (surface de l’appartement, type de permis de port d’arme, etc.) Il est même envisageable que des gens qui se considèrent comme hostiles aux élites ou au discours dominant se retrouvent entre eux pour rechercher confirmation : la belle surprise ! Bien entendu, parmi ces comptes, il y a certainement quelques bots et quelques internautes militantes qui ne sont pas français. Mais est-on certains que tous les comptes qui critiquent Poutine soient tenus par des Russes ou que tous les tweets contre Nethanyaou émanent de citoyen israéliens ?

Il faut surtout se demander
- ce que représente réellement cet effet multiplicateur en ligne : même en se bornant aux commentateurs les plus actifs sur le thème, les trois quarts des comptes tweetant frénétiquement n’appartiendraient, si on suit les chiffres, ni à l’obédience RN ni FI : ce qui n’est pas monstrueux par rapport au poids électoral de ces deux sensibilités
- ce que représente ledit effet en ligne par rapport au traitement exceptionnel du sujet par les médias classiques : ce n’est pas Poutine qui incite l’’Express, le Point ou Marianne à consacrer leur couverture à l’affaire et à y refléter des informations qui ne nous paraissent pas contradictoires avec ce que nous avons lu en ligne.
- Ce qui serait une proportion raisonnable et non significative de comptes « ayant une connexion avec l’écosystème russophile » qui auraient dû s’intéresser à l’affaire ? 4%, 5% ? Personne ?
- Ce qui caractérise un compte « russophile », et qui ne doit pas être l’admiration pour Tolstoi ou le goût des balalaïkas. Une tendance supérieure à la moyenne à reprendre des éléments présents dans Rossia Today ou Spoutnik ? Une certaine sélectivité des sources et des intérêts ? Devraient-ils, pour ne pas être suspects, se borner à citer l’Opinion et Paris Match ?
- Comment on glisse d’une opinion ou d’une prédilection des internautes à une suspicion sur une manœuvre du Kremlin voire à une conspiration ? Ne peut-on avoir certaines opinions ou s’intéresser à certains sujets que sous l’effet de la désinformation, d’un nihilisme typique des classes inférieures (voir article précédent ou sous l’effet de l’influence russe ?
- Fais-je partie des suspects ? J’ai eu le malheur de retweeter quelques parodies comparant Macron à OSS117 ou quelques photo-montages rigolos ? Cela me rend-il coupable d’intelligence avec l’ennemi ?
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