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Du mépris comme idéologie 1
Étymologiquement, le mépris est ce qui accorde peu de valeur à quelque chose ou à quelqu’un, et traduit cette « inclination qu'a l'âme à considérer la bassesse ou petitesse de ce qu'elle méprise » dont parle Descartes. Mépriser revient à tenir pour inférieur, voire indigne d’être pensé ou remarqué. Ou pour si moralement déplorable que cela suscite le dégoût. En démocratie peu de gens se réclameraient ouvertement de cette passion fort peu égalitaire. Au contraire, il est recommandé d’affirmer son respect (des valeurs, des institutions, des différences, des aspirations des jeunes, des opinions, des traditions, des minorités) : tout considérer, ne rien discriminer.
Et pourtant, le thème du mépris devient crucial depuis quelques années. Le mépris s’éprouve (surtout par le méprisé) dans un rapport de pouvoir, parfois de façon plus douloureuse que l’agressivité ou l’oppression. Ce mépris ressenti ou celui que l’on croit deviner à des indices nourrit le ressentiment, et suscite parfois un mépris en retour pour celui qui se croit le droit de mépriser. L’accusation de mépris du peuple est redoutable et difficile à réfuter (dire « je respecte beaucoup les pauvres » risque d’être contreproductif). C’est sans doute ce qui arrive à Emmanuel Macron, qui, déjà affublé de l’étiquette de président des riches, est soupçonné de mépriser les derniers de cordée, les paresseux, ceux qui ne sont rien et qui ne traversent même pas la rue..., sans oublier, paraît-il, son mépris de la presse. Question psychologique ou « d’image » comme l’on dit. Mais question révélatrice. D’une psychologie individuelle ou d’une caste ? Peut-être. Mais nous intéresse ici la dimension idéologique du mépris, particulièrement présente dans la rhétorique de Jupiter.

C’est la réponse à un paradoxe démocratique. D’une part, pour agir et mobiliser, il faut bien être persuadé de la prééminence de ses valeurs et de l’excellence de ses projets. Il faut même les imaginer conformes à l’évidence, à la morale, voire à la science. Mais d’autre part, nous sommes sensés tolérer les erreurs d’autrui, argumenter patiemment, nous battre à fleuret moucheté avec celui qu’il est difficile de ne pas prendre pour un crétin ou un salaud, puisqu’il ne pense pas comme nous. Pour le dire autrement : si on tolère on tolère au moins deux opinions dont une doit être une erreur ou une bêtise.
Trop manifester sa condescendance, c’est contrevenir aux règles dites du débat. C’est aussi faire un erreur d’image.C’est le cas classique de l’homme politique dont on reconnaît les compétences mais dont on soupçonne l’arrogance (il lui manque le fameux « proche des gens » ou « sympathique » cher aux sondeurs) : la relation contre la performance.

Aussi le mépris politique doit-il se sublimer ou se théoriser. C’est ce qui le rend efficace. La lutte idéologique ne consiste pas (seulement) à convaincre un maximum de gens de la vérité de thèses ou projets. Elle implique de combattre d’autres familles d’idées organisées en vue de l’action : les convictions adverses. Celles-ci ne peuvent être seulement déclarées techniquement fausses, elles doivent être renvoyées à une cause dont l’acteur serait inconscient. L’idéologie c’est la logique d’une idée (qui se décline en interprétations de tous les faits) plus une rhétorique (pour faire avancer son idée plus que celle de l’autre) plus une balistique (trouver des munitions pour combattre l’idée adverse). Ainsi la rhétorique doit en dévoiler les contradictions et les intentions secrète pour expliquer la démarche de l’errant, du mal-pensant. Et il faut bombarder l’adversaire de qualificatifs qui ressortent souvent à des catégories morales (au-delà des arguments de contradiction ou d’efficacité).
Le mépris peut faire syptôme (comme dans un qualificatif injurieux adressé aux gens d’en bas), mais il peut aussi faire système.
Or il nous semble que c’est précisément ce que fait le Président en imposant la polarité progressistes contre nationalistes ou populistes comme l’enjeu politique décisif. On comprend bien qu’il y a du calcul tactique : quoi de plus efficace que de rassembler derrière soi les gens raisonnables et ouverts contre la montée des extrémistes. Mais au-delà, cette opposition, il nous semble que la pensée macronienne est structurée par la lutte non des classes, mais de deux types humains. Nous en reparlerons dans un article suivant.


Sur l’idéologie du mépris : 1
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