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Râteau symbolique
La lutte des imaginaires

Un des aspects les plus fascinants de l’actuel conflit des Gilets jaunes
est la façon dont le gouvernement marche systématiquement sur le râteau symbolique. Nous entendons par là qu’il a une prédisposition à produire des signes ou des images qui vont systématiquement rendre furieux ses adversaires et métaphoriquement parlant lui revenir dans la figure. Et détruire son argumentation qui se voudrait rationnelle.
Même et surtout au moment où il se place dans le registre noble et affirme :
Qu’il incarne les valeurs de la République
Qu’il faut prendre garde aux extrémistes et manipulateurs
Que le mouvement s’essouffle,
Que le pouvoir comprend les motivations des braves gens - à ne pas confondre avec les extrémistes violents -
Mais que tout le monde va bientôt jouir des bienfaits d’une politique qui n’avait pas été assez bien expliquée ou pas assez vite appliquée
Qu’en tout état de cause une grande négociation va tout résoudre
Qu’en attendant l’ordre doit régner, ultra-fermeté contre ultra-violence.

Tout ceci pourrait peut-être fonctionner si l’argumentation n’était sans cesse démentie par des signaux qui rappellent d’où il parle, ce qu’il représente et comment il considère les Gilets jaunes. Parti d’une affaire de taxe, ayant vite débouché sur une revendication politique de démocratie directe, le mouvement est surtout une demande de reconnaissance (être entendu en tant que classe maltraitée, , ne plus être méprisés) et demande de respect (respect des manifestants pacifiques et respect du pouvoir souverain du peuple). Recourant eux-mêmes à des symboles évidents (le gilet jaune qui rend visible les invisibles, le drapeau et la Marseillaise qui nous unissent en tant que nation d’égaux, la marche sur les lieux de la richesse et du pouvoir) les Gilets jaunes sont hypersensibles aux indices de mépris, de duplicité et d’arrogance.

Ils ont sans cesse ressassé les phrases hautaines sur les gens qui ne sont rien, les Gaulois, le travail qui se trouve de l’autre côté de la rue, etc. Des expressions comme les « foules haineuses » n’arrangent évidemment pas les choses. Mais les vacances à Saint-Tropez - le lieu par excellence où vont les riches, les snobs et les possédant - ont produit un effet qu’un enfant de huit ans aurait pu anticiper. Des détails idiots comme le salaire de Madame Jouanno, vont dans le même sens : difficile d’être l’arbitre de la grande réconciliation entre ceux d’en bas et ceux d’en haut quand on affiche son appartenance au camp des riches nourris par les fonds public. Arrêter Drouet qui venait déposer des fleurs avec quelques copains pour le libérer aussitôt, c’est lui conférer facilement un statut de martyre et de leader. Et si le piège a été machiavéliquement tendu par Drouet luii-même, en quête d’images de brutalité policièes, c’est encore pire.

Un assez bon exemple est fourni par l’affaire dite du boxeur. Dettinger dit « le gitan », ex champion des lourds-légers, armé de son seul bonnet repousse trois gendarmes mobiles avec casques, boucliers, tonfas et un estourbit un. La séquence devient virale en ligne. La police furieuse d’être ridiculisée réclame des sanctions. Et les autorités ont là un prétexte idéal pour dénoncer des violences qu’elles qualifient d’anti-républicaines et de lâches, pour s’affirmer comme le parti de l’ordre, pour donner satisfaction aux policiers, et pour jouer sur la corde de l’indignation.
Cela aurait pu marcher. Patatras. Il sort au même moment une séquence filmée où un gradé de la police boxe un manifestant noir, collé au mur, déjà interpellé et qui ne se défend pas. Sans remonter à Benalla, l’argument du « deux poids, deux mesures » devient un peu évident.
Et puis voilà que Dettinger, juste avant de se rendre à la police, met en ligne une vidéo confession, où, tout penaud, il confesse sas faute mais parle de la colère du peuple et les injustices subies. Il est tellement maladroit, il incarne tellement le personnage du costaud malheureux, quelque part entre Rocky et Jean Valjean, qu’il devient difficile d’éprouver la moindre antipathie pour lui.

Une cagnotte s’organise, et on commence à parler de « héros du peuple ». En une semaine le mouvement des Gilets jaunes vient de se trouver deux incarnations.
Si vous voulez gagner, ne donnez pas à votre adversaire l’occasion de penser qu’il vit une épopée nationale et populaire et évitez de vous ridiculiser.


PS : la cagnotte vient d’être fermée et Madeleine Schiappa demande que l’on identifie les donateurs coupables à ses yeux d’une « forme de complicité » Un commentaire est-il nécessaire ?


PS 2 Chantal Jouanno se récuse

PS3 Un Gitan appelle les gens du voyage à soutenir le boxeur et à bloquer Paris

PS 4 Tous les réseaux sociaux se gaussent d’une déclaration de Luc Ferry qui semble appeler à tirer sur la foule (il dément cette interpération : il avait juste souhaité un emploi plus rigoureux des armes non létales).

PS 5 On rappelle que la cagnotte de soutien à Tariq Ramadan a dépassé 100.000 euros sans qu’aucune autorité gouvernementale proteste

PS 6 Perle de C. Castanner s’adressant aux forces de l’ordre : vous êtes un rempart contre la Barbarie

PS 7 Nous sommes obligés de mettre fin à la liste du jour : il est 23 H 56

PS 8
Voir le livre Dans la tête des gilets jaunes

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