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Hong Kong : manifs 3.0
Les méthodes des manifestants de Hong Kong intriguent beaucoup les réseaux sociaux. Tout jugement politique mis à part, et face à une police qui n’est pas la plus tendre du monde, les activistes ont montré une singulière inventivité. On se souvient déjà qu’en 2014, lors des manifestations dites des parapluies, ils utilisaient leurs smartphones avec une application Firechat plus des réseaux locaux (même sans Internet ou sans réseau téléphonique, chaque appareil pouvant contacter ceux qui sont à proximité peer-to-peer par Bluetooth ou Wifi) à faible portée, mais sans crainte de coupure. Depuis, entre la messagerie cryptée Telegram (avec ses groupes de discussion), des forums qui permettent même de voter et l’activation d’Air Drop sur leurs mobiles, le détournement politique de Tinder et même de Pokemon, les foules sont capables de se passer très rapidement des messages, des slogans, des images. Mais aussi de se transmettre des avertissements et de prendre des décisions.
Il y a une tendance lourde à la sophistication des mouvements protestataires (ce qui est normal dans la mesure où ils s’adressent de plus en plus à des générations familières du numérique et des réseaux sociaux). Lors de la vague verte en Iran, on s’étonnait que les manifestants utilisent leurs smartphones et Twitter. Durant le printemps arabe, on utilisait les blogs pour répandre des idées, Facebook pour lancer les grands rassemblements dans la rue, et Twitter pour faire circuler l’information immédiate pendant les manifs. Les Gilets jaunes (source d’inspiration revendiquée à Hong Kong) se sont largement organisés sur Facebook. Mais au-delà du fait, sans doute normal, qu’il y ait une compétition entre capacité de censure et repérage des autorités et faculté de dissimulation et coordination des foules, les récentes manifestations ont innové dans d’autres domaines.
Beaucoup tiennent à l’auto-organisation : utilisation de langage des signes, enseignement de techniques de résistance par les anciens aux jeunes, réseaux de solidarité pour les transports, auto-financement en ligne, utilisation de lasers pour aveugler les caméras. Par ailleurs, ils utilisent des techniques de protection (parapluie, couvercles pour étouffer les grenades, protections des yeux...) qui ne sont pas vraiment inconnues en France.
L’exemple de Hong Kong montre des protestataires innovants : la manif consiste de moins en moins à mettre sur une grande avenue le plus de gens possibles, amenés par des organisations, plus ou moins encadrés, et qui sont là pour faire nombre quelques heures. Les mouvements tendent à durer plus longtemps (deux moins dans le cas en question), à changer de stratégie (par exemple : aller aujourd’hui à l’aéroport, demain ailleurs), à mieux se coordonner. Et surtout à mieux résister à la répression, qu’elle soit high tech ou physique.
L’autre dimension, à vérifier, est celle du fonctionnement sans leader : la capacité d’auto-organisation des honkongais : ce ne sont plus les vieux critères en termes d’idéologie, d’utilisation de médias traditionnels, d’organisations plus ou moins bureaucratisées, de leaders et de discipline, que dans les manifestations traditionnelles.
Plus malins et plus capables de recourir à l’intelligence des foules ? Des caractères spécifiques à nos amis chinois ? Ou un phénomène mondial, une inspiration pour d’autres ? Une partie de la réponse cet automne en France.



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