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Daech : le retour ?
Malgré les proclamations victorieuses de Trump et de Macron, beaucoup pensent que Daech pourrait bien revenir. Un rapport des Nations Unies, du Département de la Défense US et de la Rand Corporation vont dans le même sens : loin d’être totalement vaincu, le califat pourrait bien revenir.

La première leçon stratégique serait qu’une organisation peut
pendant plusieurs années passer, sinon sous le radar, du moins être considérée comme une scission presque secondaire d’al Qaïda
s’emparer en un temps record d’un territoire grand comme le Royaume-Unien défaisant au moins une armée soutenue par les Occidentaux
avoir quelques mois tous les attributs d’un État, lever l’impôt, avoir une armée, des frontières, etc. (tout sauf la reconnaissance internationale)
proclamer le dernier califat (celui qui allait conquérir le monde) et se doter d’un service de propagande planétaire, provoquer des attentats à l’autre bout du monde
Inviter des croyants du monde entier à se rendre au pays de Ham (Syrie-Irak) pour y faire le jihad et la hijra (fait d’aller vivre dans un pays sous la loi de Dieu)
tenir presque quatre ans face aux occidentaux, aux Russes, aux chiites, aux Turcs, aux Kurdes, aux organisations armées locales..., se faire bombarder et attaquer pendant des mois
perdre finalement toutes ses grandes villes dont sa capitale, Raqqa
être considéré comme détruit après la chute du dernier réduit de Baghouz
avoir un nombre de prisonniers impressionnant (les chiffres qui circulent tournent autour de 10.000 prisonniers dont 8.000 irakiens et syriens et 2.000 jihadistes étrangers. Sans oublier les femmes et les enfants
faire toujours peur
ne pas avoir subi de véritable hémorragie des ses combattants en direction d’Al Qaïda (dont l’analyse stratégique était plutôt meilleure), ni vers d’autres groupes
avoir toujours des partisans décidés en dépit du fait que le grand mythe (le califat qui allait défaire tous ses ennemis et établir l’Oumma sur la Terre entière avant le jugement dernier qui approchait) ait été démenti.

Toutes les analyses que nous avons citées sont à peu près d’accord sur les motifs d’inquiétude. Il y a d’abord le fait que le califat se soit préparé techniquement et symboliquement à la perte de son territoire. Par symboliquement, nous entendons qu’il avait fourni des arguments à ses partisans pour les convaincre qu’une dernière épreuve les attendait avant le triomphe final, et que le califat pourrait paraître vaincu avant de renaître plus fort encore. Mentalement le mouhadjidines étaient prêt à un retour au désert. Et par techniquement, il faut comprendre que le califat s’est doté de moyens et de structures adaptés à la clandestinité : trésor de guerre, hiérarchie clandestine, caches, etc. On passerait ainsi d’une forme para-étatique à celle d’une organisation de guérilla ou de partisans, avec des zones refuge et des capacités de lancer des opérations coup-de-poing. Ils profiteraient bien entendu des désordres politiques et des rivalités ethniques ou religieuses (sunnites contre chiites) pour rester « comme des poissons dans l’eau » dans certaines zones arabes et sunnites. Ils continuent à recruter et ont toujours des soutiens. Tout le monde est aussi d’accord sur le fait que les camps de réfugiés consitutent un vivier pour leur recrutement du fait du chaos qui y règne. Enfin, sous réserve de confirmation, les capacités de propagande surtout en ligne, et notamment en direction des femmes, de l’État islamique semblent remonter.
Enfin, il y a le problème des combattants étrangers (plus familles) : entre 24 et 30.000 seraient toujours en vie et cela représente potentiellement une formidable internationale de la vengeance. l n’y a pas si longtemps elle frappait au Sri Lanka (même si c’était un groupe local apparemment pas sous le contrôle direct de l’EI), demain ce pourrait être au Congo ou ailleurs...
Et, bien sûr, l’EI peut frapper ailleurs que dans le Levant. Ajoutons la radicalisation en prison, le retour des « foreign fighters » dans leur pays. 6.000 djihadistes européens auraient participé au Jihad en Syrie-Irak, un tiers aurait été tué, un autre tiers capturé... ce qui laisse quand même pas mal de monde pour lancer des actions et recruter au pays.
L’ONU pronostique même une nouvelle vague internationale d’attentats avant la fin de l’année.
L’étonnante résilience de l’organisation (qui après tout n’est pas revenue à une situation pire à celle qu’elle connaissait début 2014) repose sur la division de ses adversaires et sur ses propres capacités de recrutement. Mais elle repose aussi sur un vieux principe déjà connu par Clausewitz : tant que vous n’avez pas déposé toute vos armes tant que vous croyez à la victoire, et tant que que vous refusez de vous croire défaits, vous n’avez pas perdu.

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