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Le pouvoir des ONG 1
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Intervention à l’EGE sur « ONG et fondations... »

Les Ong font partie d’organisations non étatiques nées au vingtième siècle (voire avant) et dont le nombre a explosé ces dernières décennies. Nous les appellerons OMI Organisations Matérialisées d’Influence. Elles interviennent en politique pour adresser revendications et injonctions aux pouvoirs sans avoir à s’emparer de l’appareil d’État, ni exercer d’autorité sur un territoire ou une population. Elles peuvent contrer les acteurs politiques ou économiques, les court-circuiter, mais aussi former des alliances avec eux, ou leur inspirer des objectifs ; elles maîtrisent l’art d’imposer des normes et faire l’agenda du débat, mais aussi de mobilier l’opinion politique. C’est un pouvoir indirecte et asymétrique ; il tient pour une part du soft power (amener autrui à penser comme l’on souhaite, jouer du prestige, de l’imitation, de l’imprégnation des idées.... Mais ce pouvoir suppose plus que de la séduction. Il ressemble parfois à de la subversion : le OMI peuvent lutter contre des régimes ou des partis, encourager des résistances ou des contestations, disqualifier des idées ou des mesures. Éventuellement contribuer au renversement d’un gouvernement (par une « révolution de couleur », par exemple).

Pour faire une typologie sommaire, il y a :

A)Des lobbies ou représentants d’intérêts

Un lobby agit soit en son nom propre, soit pour un client, pour changer un environnement législatif ou réglementaire. Cela se fait directement (sollicitation, argumentation) ou indirectement (courants d’opinion, médias...) et le but est d’obtenir une certaine décision ou abstention des autorités.
Le lobbying demande une force de représentativité et de négociation (nombre et importance des mandants), mais aussi l’art de plaider sa cause (advocacy). Lui-même demande de l’expertise, une bonne connaissance du terrain, des mécanismes de décision...

B) Des think tanks producteurs d’idées

Au nom de leur expertise, fonctionnant comme des intellectuels collectifs, ces « boîtes à idées » font l’interface entre recherche et influence. Leur fonction n’est pas académique, dans la mesure où elles doivent fournir des solutions applicables en politique intérieure ou étrangère, économie, technologie, etc.
Il faut aussi en convaincre les décideurs, les leaders d’opinion, les médias pour promouvoir ces solutions. Accessoirement, il faut aussi se faire financer, car penser et peser coûte. Théoriquement indépendants politiquement et administrativement, les think tanks servent parfois aussi d’inspiratrices (analyses, argumentaires et objectifs) à des forces politiques.

C) Des ONG au service de causes

Ce type d’organisations non gouvernementales est au service d’un idéal (sauver la planète, vaincre la pauvreté ou préserver la baleine bleue)... Il regroupe des militants pour une cause et sa légitimité découle de la noblesse des ses objectifs, mais aussi de l’adhésion qu’ils suscitent.

Pour cela, les ONG combinent deux sortes d’action :

- Sur le terrain : une intervention pour soigner des blessés, soulager une misère ou une injustice, aider en cas d’urgence. D’autres part, les ONG agissent sur les gens : l’opinion pour la mobiliser, les gouvernants pour les faire coopérer ou reculer, des entreprises qu’elles peuvent dénoncer mais avec qui elles peuvent coopérer, des mouvements d’idées qu’elles vont répandre ou combattre.

Bien sûr, dans la pratique, il existe des zones grises entre :
- les intérêts avoués et ceux qui tendent à se déguiser en valeurs universelles et idées générales (ce qui est à peu près la définition de l’idéologie)
- les idées pures, facilement contaminées par les jugements de valeurs ou les intérêts de ceux qui les énoncent
- les valeurs en soi dont la poursuite peut dissimuler bien des intérêts nationaux, de classe ou autres, sans oublier ceux de l’organisation qui les promeut et de ses partisans.

Chacun de ces trois formes d’organisation demande des moyens matériels (bureaucratie, statut, agents, personnel), comme des moyens « spirituels » : un certain prestige, l’adhésion d’une part de la population ou des élites, une bonne rhétorique...




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