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Images rumorales


Vous avez sans doute vu des images - tas de morts dans les rues, camions militaires remontant vers Paris, patinoire en train de se transforme en morgues, émeutes - ; elles circulent sur les réseaux sociaux et se révèlent vite fausses. Souvent elles sont seulement faussement légendées et mal datées (c’étaient d’autres événements, il y a déjà quelques années). Elles sont d’ailleurs assez facilement repérées (parfois un contrôle sur Google images vous aurait permis de vous en apercevoir par vous-mêmes). Le vieux mécanismes de la rumeur s’est remis en route : en période de panique, tout ce qui vient de source « non officielle » et qui tend à révéler qu’on nous cache quelque chose est plus crédible encore.

On peut parler d’images rumorales : néologisme pour désigner les images qui circulent sur Internet et qui se repassent d'internaute à internaute. Certaines sont restées historiques : touriste posant au sommet d'une des Twin Towers quelques secondes avant l'attentat du 11 Septembre, l'image du diable dans la fumée de l'incendie quelques minutes après…

De telles images sont présentées comme rares, souvent comme réfutant une version officielle. Dans tous les cas elles n'émanent pas des grands médias, mais de circuits parallèles : pour celui qui les reçoit il est donc valorisant de les retransmettre.

Le but de celui qui a initié le processus n’est pas toujours évident : gag, recherche esthétique ou technique (faire le plus beau trucage, faire croire au canular le plus énorme le maximum de gens), dénonciation politique, déstabilisation d'une entreprise, délire mystique, manie du complot...

Ces images - forcément numériques - sont-elles truquées de façon trompeuse (et Dieu sait à quel degré de technicité peut atteindre le trucage, même par des particuliers ) ? Pas forcément. Certains assument même avec humour leur volonté de détournement. Il existe même des images rumorales dessinées, reprenant le principe du détournement de publicité. D'autres prétendent simplement être surprenantes voire se réclament d’une forme d'art. mais, dans tous les cas, l'image rumorale rappelle qu'Internet, loin de mener à la société du savoir ouvre les autoroutes de l'incertitude.

Leur prolifération reflète surtout un phénomène technique : alors que le trucage d’une photographie argentique était un procédé relativement difficile et plus ou moins décelable, avec l’image numérique et un logiciel accessible à tous, chacun peut réaliser sa propre image truquée et surtout la diffuser dans le monde entier. Parfois, il suffit de piocher dans le stocke d’images en ligne pour leur donner un nouveau sens en deux lignes ; le succès ne dépendra au final de la réceptivité des internautes.


Rappel : la défintion de la rumeur
(extrait de Comprendre le pouvoir stratégique des médias)


La rumeur est souvent présentée comme « le plus vieux média du monde »puisque le bouche-à-oreille, le cancan, le potin, le commérage, le bruit, souvent la médisance seraient nés avec le langage articulé. Pour définir plus précisément la rumeur, ajoutons :
- qu’elle doit porter sur l’énoncé d’un fait (« X a fait Y » « en réalité Z a fait ceci pour tel motif caché », « il existe tel risque qu’on nous dissimule ») et non d’une simple opinion, même injurieuse sur la valeur d’une œuvre, d’une réalisation ou d’un individu (« c’est nul » ou « Machin est un salaud »)
- qu’elle est toujours censée révéler quelque chose qu’ignorait l’interlocuteur : il va peut-être devenir à son tour propagateur de la rumeur, le plus souvent, celle-ci se présente comme la révélation d’un secret que certains tenteraient d’étouffer. Comme dans le feuilleton « x-files » : la vérité est ailleurs
- qu’elle suppose un incessant passage de l’information : celui qui l’a reçue la retransmet, parfois en l’enjolivant, et en ajoutant son propre commentaire sur l’autorité des sources
- qu’elle n’est pas nécessairement mensongère ou erronée. Il existe des rumeurs qui ont révélé des faits parfaitement vrais tenus sous silence par les initiés
- qu’elle se caractérise par sa source présumée : on la tient toujours « de source sûre », mais surtout de source non officielle, ce qui sous-entend que le contenu de la rumeur, à ses débuts au moins, est présenté comme une information rare donc précieuse,. Elle est donc valorisante pour celui qui la possède. En revanche, il arrive que les médias ou les « sources officielles » rendent compte d’une rumeur une fois qu’elle existe, ne serait-ce que pour la démentir.
- Qu’elle peut être lancée délibérément (souvent pour porter préjudice à un individu ou à une institution), mais aussi par esprit de jeu (comme un canular ou une plaisanterie) par naïveté ou par bêtise, voire même dans le louable dessein d’avertir ses contemporains d’un risque ou d’un scandale
- Que si la méchanceté ou la diffamation ne font pas obligatoirement partie de la définition de la rumeur, on aurait beaucoup de mal à citer des rumeurs élogieuses
- Que, de la même façon, si la rumeur peut théoriquement porter sur n’importe quoi, elle tend souvent à revenir sur les mêmes thèmes : l’argent, la maladie, l’empoisonnement, les complots des puissants, les groupes agissant dans l’ombre, les grands événements qui seraient en réalité truquées, les objets les plus innocents qui cacheraient un sens dissimulé ou un péril caché, la mort des gens célèbres et bien entendu le sexe
- Que, souvent, la rumeur fournit une explication d’apparence rationnelle donc rassurante à des faits dus au hasard
- Que la pluralité des sources d’information, l’abondance de la documentation ou les efforts de transparence ne lui font pas obstacle au contraire…
- Que les nouvelles technologies ( et en particulier Internet où il est si facile de devenir émetteur à son tour) ne freinent pas l’extension des rumeurs, au contraire…

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