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Adios les néos ? suite 2
Les néo-conservateurs, ce qu'ils sont et ne sont pas

Depuis que le terme «néo-conservateurs» a été popularisé en Europe, grosso modo sous le premier mandat de Bush, il s’est écrit des dizaines d’articles sur le sujet (et ne parlons pas de la littérature considérable et bien plus ancienne que cela a suscité outre Atlantique). Des listes de néocons et de leurs institutions principales circulent, auxquels on prête de puissantes influences ; ces gens là publient beaucoup, et il est facile de trouver des citations d’eux, voire des projets de reconfiguration de la planète, comme le fameux «Project for a New American Century» qui peut facilement être interprété comme le schéma que mettrait en œuvre GWB en Irak d’abord, bientôt en Iran.

Il est facile de briller dans un salon en réduisant la politique étrangère américaine à leur action discrète mais obstinée et en expliquant leur acharnement idéologique, soit par l’héritage philosophique de leur maître Leo Strauss (si l’on est de gauche), soit par leur propres origines néo-trotskystes (version de droite), soit par leur liens avec un certain petit État du moyen Orient (recette utile pour faire rougir sa voisine de table : elle devra concéder, toute gênée qu’on peut critiquer Israël sans être antisémite, mais que chut…, cela crée de la complicité).

Ayant pour notre part contribué à faire connaître la galaxie néo-cons sur Internet et ayant insisté sur le poids de leur idéologie sur la vie politique américaine («Ideas do matter»), nous nous sentons parfaitement à l’aise pour rappeler quelques principes de bon sens préalables à toute analyse sur le sujet :

- Tout homme politique américain qui se situe à droite des intellectuels francophones de la côte Est et qui envisage que son pays puisse un jour légitimement utiliser la force militaire n’est pas nécessairement néo-conservateur.

- Le complot néo-conservateur n’explique pas tout, pas plus que les intérêts secrets des pétroliers : ne faisons pas de l’Alexandre Adler à l’envers. Comme toujours la politique pratique est la combinaison de catégorie idéologiques et d’intérêts réels (les uns traduisant les autres et les autres interprétant les uns) Ajoutons : sur fond de hasard et de surinformation/mésinformation objective des dirigeants décidant à la hâte, plus de multiples pressions hystérisantes dont celle des médias.


- La vie politique US ne se borne pas à un schéma binaire Il n’y a pas d’une part les intellectuels néocons (manipulant les évangélistes et les cotisants de la National Rifle Association) et de l’autre des gentils, partisans du multilatéralisme, et qui auraient certainement voté contre le CPE. Même les catégories plus sérieuses qu’emploient les analystes comme isolationnistes jacksoniens ou réaliste à la Kissinger recouvrent des tendances mouvantes, pas des dogmes figés. Nous y reviendrons.

- Un néo-conservateur , ce n’est pas un Monsieur Plus : plus de libéralisme, plus d’interventions militaires, plus de peur du terrorisme etc que la droite républicaine classique. La caractéristique du néoconservatisme est une certaine dialectique des fins et des moyens : une usage sans complexe de la force au service d’une usage moral du pouvoir.

Si l’on regarde un peu plus finement l’essentiel du discours néo-conservateur, il s’articule autour d’un mélange de scepticisme et d’idéalisme. Ils sont sceptiques à l’égard de l’État Providence, du multilatéralisme des concessions, des solutions diplomatiques. Ils ne croient pas à ce qu’ils ont vu échouer (ou cru voir échouer) dans la confrontation face à l’URSS. En revanche, ils sont intimement persuadés de l’excellence des principes de liberté incarnés par l’Amérique et, en ce sens, ils ont bien davantage le culte des droits de l’homme que d’autres situées plus à leur gauche. Surtout, les néocons sont des wilsoniens musclés : ils pensent qu’ils ont le devoir de faire un usage moral du pouvoir US, pouvoir que les circonstances historiques rendent unique.

Cet usage moral consiste à démocratiser le monde, éventuellement de force, ce qui aura l’avantage supplémentaire d’assurer la sécurité des États- Unis (plus de tyrannie, plus de terrorisme, plus d’ennemis, plus d’ennuis). Il faut donc partir de la présupposition que, quand des néocons emploient des formules aussi niaise que «An end to Evil» (il faut mettre fin au mal, titre d’un best-seller de Richard Perle), ils sont parfaitement sincères. Le problème nous semble moins être que les néocoservateurs soient utopistes qu’optimistes. Ils sont persuadés que cela marche.

Ils croient que les dictatures ne demandent qu’à s’effondrer et les peuples qu’à adopter la démocratie. Ils croient que l’adversaire n’est jamais fort que de votre propre faiblesse. Ils croient que l’Histoire leur a donné raison et, peut-être même, qu’elle a un sens qui est bien le leur. Ils croient avoir eu raison sous Reagan et qu’en dernière analyse, ils auront raison sous GWB. Ils croient facilement que l’ennemi est simple et unique. Ils croient que l’audace paie toujours et le compromis jamais. Ils croient que les procédures démocratiques créent la démocratie. Ils croient que leur modèle étant le meilleur tout homme doté de raison et à qui on donne la liberté de l’information et du choix, finira par l’adopter avec reconnaissance.


Que ces erreurs aient été démenties par les faits –voir les désillusions du volet «guerrier» en Irak et celles du volet «électoral» en Irak et en Palestine – beaucoup de gens en sont conscients.

Assez pour que l’idéologie se plie devant la réalité ? C’est une question à laquelle nous tenterons de répondre dans la suite de cette série.

à suivre

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