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Adios les néos ? suite 3
Les faiblesses du mouvement néocons

Dans les articles précédents, nous avions rappelé que l’éventualité d’un bombardement « préemptif » des sites nucléaires iraniens était de plus en plus ouvertement discutée. Depuis, les déclarations quasi quotidiennes d’Ahmadinejad n’ont rien pour calmer les choses, pas plus que la visite de Baradei à Téhéran n’a pu faire reculer les Iraniens sur l’enjeu emblématique de l’enrichissement de l’uranium. Même en tenant compte du fait que, des deux côtés, on multiplie les rodomontades et les bruits inquiétants, la question du passage à l’acte, le «Bomb Iran», n’est plus du tout théorique.

Par ailleurs une action militaire contre l’Iran est depuis longtemps sur « l’agenda » des néo-conservateurs, et ce bien avant la déclaration de GW Bush sur l’axe du mal. Et bien avant qu’ils ne décident que le danger prioritaire était celui du terrorisme salafiste et non chiite. (ce qui ne les a pas empêchés avec une grande logique d’attaquer un pays laïque baathiste). Cet « agenda » est, selon leur propre expression, « révolutionnaire » : il suppose que les USA, l’Empire « bienveillant » profite d’une opportunité historique – le moment où il se trouve être la seule superpuissance sans rivale – pour propager la démocratie par le « regim change ».

En somme, cette utopie repose sur deux postulat :

- La force, y compris la force morale, paie face à des adversaires qui ne sont souvent audacieux qu’à la mesure de la pusillanimité des USA (et ne parlons pas des institutions internationales). Si le type d’en face réalise que vous êtes «dam’n serious» , il cède. N’est-ce pas ce qu’on fait les Soviétiques. ?

- L’élection est la solution. Instaurez un régime démocratique pluraliste quelque part et le peuple se ruera pour utiliser sa liberté nouvelle. Supprimer les dictatures est la meilleure prévention contre les extrémismes violents et les terrorismes. Bénéfice collatéral : les démocraties n’agressant pas les démocraties, cela contribue à la sécurité des USA. Plus d’urnes, moins d’ennemis.

C’est la fameuse théorie des « racines » du terrorisme qui serait un sous-produit du manque de démocratie au Moyen Orient. Elle s'inscrit dans la logique de la "guerre pour les cœurs et les esprits que nous avions décrite ailleurs.



Certes, la plupart des observateurs ont noté :

- Que le volet « préemptif » de l’usage de la force est contre-productif. On attaque l’Irak à cause des ses armes de destructions massives imaginaires et la Corée et l’Iran se dépêchent de se doter d’ADM pas du tout virtuelles, pour éviter le sort de ce niais de Saddam. On attaque l’Irak pour l’empêcher de devenir une base terroriste et on le transforme en Disneyland du jihadisme.

- Que le volet « électoral », soft, démocratique…., n’est pas non plus très efficace. Comme l’on montré les élections en Égypte, Palestine, Iran, Irak quand vous donnez un bulletin de vote à quelqu’un, il ne choisit pas systématiquement le candidat modéré et pro-occidental par reconnaissance.

Ce ne sont pourtant pas des arguments qui impressionnent beaucoup les néocons, persuadés d’avoir raison à long terme et d’aller dans le sens de l’Histoire. Ou plus exactement, ils ont la conviction de vivre un moment où il y a coïncidence parfaite entre la puissance de l’Amérique, son idéal moral, ses intérêts objectifs, ceux des autres peuples en général, et les tendances lourdes de l’Histoire. Pourquoi renonceraient-ils à leur politique sous prétexte qu’elle semble (provisoirement) échouer ?

Mais de quelle force disposent-ils pour imposer cette conviction ? Rappelons les signes de leur déclin qu’énumère souvent la presse US.

- Une grande partie de l’opinion leur fait porter – à juste titre – la responsabilité du bourbier irakien et de son impréparation par triomphalisme

- Nombre des vedettes néo-conservatrices se sont éloignées des cercles intimes du pouvoir : Wolfowitz, Feith, Perle, « Scooter » Libby (ce dernier ayant servi de fusible dans l’affaire Valérie Plame).

- Les néoscons tendent à se diviser sur des questions comme l’évacuation de Gaza par Israël et ils ont leurs propres « durs » et « modérés »

- L’espoir qu’avaient fondé certains de renforcer leurs positions après la réélection de Bush et le départ de Powell ne se confirme certainement pas face à une Condoleeza Rice omniprésente et devenue l’incarnation du nouveau réalisme : elle modère son style, cherche à obtenir au maximum l’accord des alliés. Certes, ce n’est pas exactement du multilatéralisme comme on en rêve au Monde Diplomatique, mais il y a quand même un énorme changement.

- Certains idéologues commencent à réviser leurs positions (Kagan, Fukuyama)


À ce propos, il n’est pas inintéressant de s’interroger sur la rupture maintenant officiellement consommée entre Francis Fukuyama, théoricien de la « fin de l’histoire » et les néo-cons. Il a passablement évolué entre un texte de 2004 comme «le moment conservateur» ( 1) et son récent article "After neoconservatism" ( 2).

Nous continuerons cette série en analysant les thèses de Fukuyama

 Wikipedia sur les neocons
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