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Marketing politique: les effets pervers
Les déclarations sécuritaires de Ségolène Royal


Placement des mineurs délinquants dans un service à encadrement militaire, mise sous tutelles des allocations des parents, fermeté, critique de l’inefficacité de la répression sarkozienne…par ses propositions, Ségolène Royal semble se livrer à une surenchère à la fois pour occuper la scène et pour marquer sa différence avec la gauche « angélique », qui en tout état de cause ne verra jamais en elle qu’une Blair en jupon.

Pourtant, il ne s’agit pas seulement de pêcher à droite faute d’espace à gauche. On peut analyser la stratégie de la candidate comme une démarche plus construite. Elle jouerait l’opinion qui la bénit de sondage en sondage contre le parti où ses ennemis lui préparent des chausse-trapes. Ou encore elle jouerait les classes populaires confrontées aux réalités de l’insécurité, ces classes populaires qui ont manqué à Jospin en 2002, contre les cadres et les bobos permissifs. Ou encore elle chercherait à corriger son image de femme séduisante et douce mais sans idées ni projets…

On pourrait même proposer une interprétation plus symbolique. Ségolène Royale s’acharne à incarner un stéréotype maternel. Mais chacun sait que si la mère doit être protectrice et compatissante, elle doit aussi être ferme et rassurante. D’où les thèmes qui reviennent dans ses propos : il faut être « à l’écoute des souffrances » des gens qui subissent l’insécurité.

Ce qui se formule de façon plus politique :« être socialiste, c’est vouloir soulager les souffrances », thème qui alterne avec « être socialiste, c’est refuser la fatalité » (par contraste avec Sarkozy qui serait l’homme de la dureté et de l’acceptation des dures réalités de la mondialisation libérale)...

Le tout est complétée par des appels à «donner des repères», encourager car « chacun a quelque chose à dire et des capacités en soi ».
Lors d'une apparition télévisée (sur A2, le 2 Juin à 8H du matin) Ségolène tend tellement la perche à la journaliste qui l'interviewe que celle-ci finit par lui envoyer la question attendue : "Mais, Madame Royal, vous réagissez-là comme une mère". Réplique sans doute préparée de longue date de la candidate "Quand on est une mère, tous les enfants sont vos enfants".


Cette vision maternante inspire le slogan de la « République du respect ». Le terme est à la fois un vocable branché saisi au vol par les conseillers en communication, une expression vague de la peur d’être brutalisé par la vie et une expression imprécise de l’aspiration à une reconnaissance par autrui : compter pour les autres. Le thème avec ses déclinaisons – se respecter, apprendre le respect, respecter les autres pour être respecté – se prête facilement à ce que nous avons appelé ailleurs la langue de coton. Une langue qui permet d’émettre des propositions si générales et si vagues que personne ne peut être en désaccord avec elle.

Dans cette nous voyons comment le marketing politique produit des effets pervers et ceci sans rapport avec les idées ou le caractère de tel ou tel candidat en particulier.
À quoi sert le marketing ?

- À analyser finement l’opinion, ses aspirations, ses valeurs montantes et ses demandes, en particulier par des sondages censés révéler les clefs de la future élection et les « phénomènes de société » ou courants sociaux dont il faut tenir compte

- À surveiller les changements et la stratégie des rivaux

- À produire une nouvelle image du candidat en améliorant à la fois son « look », son discours et sa thématique

- À faire de la com au sens large : à faire apparaître au maximum leur candidat, à gérer ses apparitions et ses soutiens médiatiques, etc.

Or chacune de ses fonctions produit une dysfonction :

- Le candidat finit par considérer la politique comme un art divinatoire : comment découvrir les vrais besoins des vrais gens, leur vraie demande et comment y « répondre » avant les autres.

- Le candidat est dans l’angoisse perpétuelle du repositionnement : chacune de ses idées est évaluée suivant qu’elle le fait apparaître comme « plus » ou « moins » que untel.

- Le candidat souffre d’une hystérie de séduction et notamment l’obsession de manifester sa qualité totémique résumée en un mot clef (rupture, respect) ou au contraire de compenser son défaut majeur. Ainsi Chirac ne songeant qu’à paraître calme, Jospin chaleureux, Sarkozy modéré et Royal socialiste.

- Le candidat vit dans un système de perpétuel effet d’annonce et de scénarisation de la moindre de ses prestations où les notions de contenu et de pertinence du discours perdent tout intérêt.

Voir 2,3, 4

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