huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Transmission et communication : la médiologie > Médiologie de l'histoire
La route lien et obstacle
Reprise d'un texte de médiologie

Considérée comme un medium, la route doit être présumée faire ce que font les médias, c'est à dire agir sur ce qu'ils transmettent (voir l'article précédent). Et cette transformation est de trois ordres : question d'échelle, question de temps, question de contenu.

Question d'échelle (et donc d'espace) : la première caractéristique du medium est sa portée et il se définit "par qui" il permet d'atteindre : une place publique, la République des lettres, 30 millions de spectateurs ou les communautés virtuelles planétaires sur le "Net". En l'occurrence c'est la première perspective à laquelle on songe : les routes de la soie "ont permis" au chiffre zéro de parvenir en Occident et au bouddhisme d'arriver en Chine, les routes départementales "ont permis" au Moniteur de pénétrer les cercles de province, les autoroutes "ont permis" le désenclavement de telle zone, l'installation d'une université ou d'un pôle économique, etc.. Et, si l'on préfère regarder par l'autre bout de la lorgnette, tout ce qui parvient par la route, une religion, une lettre timbrée ou vingt tonnes de marchandise suppose non seulement des réseaux routiers, mais aussi selon les cas, la croyance en la rotondité de la terre, l'art de lier les planches de la coque sans clou, la pacification d'une tribu, l'ordre des Jésuites, les Ponts et Chaussées ou le Plan quinquennal et il y a toute une chaîne de conditions technologiques, politiques, intellectuelles, etc à remonter. La disponibilité ou l'accessibilité que permet la route repose sur un enchevêtrement complexe de causes efficientes, requis et rapports de force.


Question de temps également, cela aussi vient assez spontanément à l'esprit. Chacun imagine sans peine que le fait qu'une religion se diffuse au rythme de déplacement d'un légionnaire romain, d'un marchand arabe ou d'un membre d'une congrégation missionnaire a quelque importance, que cela vaut pour fait de recevoir des nouvelles de ses possessions coloniales en quelques mois ou celui d'être informé du retour de l'Empereur en quelques jours, que la différence entre spéculer au rythme de la malle-poste ou du modem peut avoir quelque influence sur l'impact de l'information qui voyage ainsi, voire sur la forme qu'elle prend en chemin. Mais, la question ne pourra se réduire à celle du délai de diffusion, ni être pensée seulement en termes de retards et pesanteurs, sur fond de tendance lourde à l'accélération générale. Chaque medium a ses rythmes propres : temps de production du message, temps de diffusion, temps de conservation. En règle générale la logique de la technique finit par l'emporter et les performances du support influent par exemple sur la durée de vie des idées ou thèmes culturels. Mais l'action réelle de la route se déduit difficilement de la performance théorique des véhicules ou infrastructures : d'autres facteurs perturbants humains jouent, de la rétention d'information à des façons très diverses de mesurer et éprouver le temps. La durée de transport est aussi du temps vécu, vécu par des groupes humains singulièrement différents, et ceci complique beaucoup cela, au moins quand ces durées sont considérables.

Enfin, le rapport entre la route et le contenu de l'information nous ouvre le domaine, bien plus touffu encore de la transformation en grande partie aléatoire de l'information en cours de route, c'est à dire non seulement le rapport entre le medium et la forme de l'information ( y compris au sens de style, code, capacité de rendre ou non certaines idées ou certains thèmes dans leur authenticité) mais aussi le fait que la route suppose la rencontre de codes différents, que les messages se perdent, se traduisent, se changent, se chargent ou se réévaluent chemin faisant et que, pour emprunter une image à Michel Serres, Hermès, dieu des carrefours est aussi un démon de Maxwell , et qu'il y a parasitage là où il y a voyage...

Télécharger un texte sur la route comme obstacle ci-dessous en PDF

 Lire le texte complet en PDF
 Voir aussi : logique des routes
 Imprimer cette page