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Information, pouvoir et usage : l'infostratégie > Intelligence économique : du savoir à l'influence
Définir l'intelligence économique
Rappel de quelques notions



RAPPEL DE QUELQUES NOTIONS (extraites du glossaire de "Maîtres du faire croire"

Information : concept qui pose plus de problème qu’il n’en résout puisqu’il recouvre à la fois des données qui se stockent quelque par sur un support ou se transportent, des « nouvelles » (des récits ou descriptions de la réalité qui sont nouveaux et surprenants à un degré ou à un autre pour le destinataire), des messages qui sont délivrés par moyen de communication à travers l’espace et de transmission à travers le temps, et enfin des informations devenues des connaissances dans le cerveau de quelqu’un, contextualisées, reliées à d’autres informations, faisant sens…, donc un vrai savoir. Voire même des programmes, des signes qui "commandent", comme dans un algorithme ou dans notre ADN, qui ne sont, après tout "que" de l'information.
Infostratégie : l’étude des conflits (modalités, occurrences, motivations et finalités) liés aux systèmes de transmission et communication dans la société dite de l’information. Le champ de l’infostratégie peut se définir comme l’étude des invariants et des changements régissant les rapports entre conflit et information
Intelligence collective : le terme s’interprète à deux niveaux. Tout d’abord : les communautés virtuelles ou des groupes voués à la solution de tâches en commun ou à la maîtrise de connaissances peuvent progresser par des pratiques d’intelligence collective facilitées par des technologies en réseau. À un niveau plus général, l’intelligence collective se confond quasiment avec la dimension culturelle de la condition humaine ; certains parlent du développement de l’intelligence collective, notamment grâce aux TIC, comme d’un idéal historique.
Intelligence compétitive : Techniques de gestion des sources ouvertes d’information pour s’assurer un avantage par rapport à la concurrence en intelligence économique
Intelligence économique : Ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement, de distribution et de protection de l’information utile aux acteurs économiques et obtenue légalement (Commissariat général du plan). Trois fonctions majeures la caractérisent : la maîtrise du patrimoine scientifique et technologique, la détection des menaces et des opportunités (notamment par la veille et la recherche de l'information), l’élaboration de stratégies d’influence au service de l’intérêt national et-ou de l’entreprise.
Intelligence stratégique : ensemble des méthodes destinées à éclairer la réalité (mieux connaître les dangers et opportunités de la configuration en cours) et découvrir les projets et les ressources des acteurs dans une situation de compétition ou de conflit . Elle dépasse la simple veille chère à l’intelligence économique ou le « renseignement » aux connotations sulfureuses (espionnage, surveillance électroniques…). Elle suppose le traitement des informations pour en faire des facteurs de décision, comme le recours à l’influence pour changer le rapport de force et peut être politique, militaire, diplomatique… On peut considérer l'intelligence économique comme une sous-catégorie "orientée entreprise" de l'intelligence stratégique




D'une vision centrée sur le renseignement, l'intelligence économique évolue vers une conception intégrant à la fois l'information stratégique, les rapports géopoligiques, les facteurs idéologiques et culturels de la guerre économique, l'infostratégie


L’intelligence économique ressemble à l’éléphant du conte indien : dans l’obscurité, les uns touchent ses pattes et le confondent avec un arbre, les autres, ses défenses et le prennent pour un rocher, d’autres sa trompe, et en déduisent que c’est une liane…

Suivant les exemples auxquels vous vous référez, vous pouvez avoir l’impression :

- qu’il s’agit d’un domaine de la stratégie générale étendu à l’économie de la mondialisation par des gens qui adorent citer Sun Tse et Clausewitz et dont beaucoup pourraient être de crypto-souverainistes anti-américains
- que c’est une affaire d’espions, de secrets violés et défendus ou un domaine pour responsables de la sécurité obsédés par les écoutes téléphoniques et les logiciels espions
- que l’IE traite surtout de communication de crise ou de détection des dangers dans un monde hanté par le principe de précaution ou par le risque d’image, surtout face à la contestation sur Internet
- que c’est un travail de diplomate chargé de faire passer des contrats pour les entreprises son pays face à des concurrents qui mobilisent tous les moyens régaliens (et pas forcément les plus moraux)
- que c’est une question de territoire, de pôles, d’attractivité, bref une forme moderne de l’aménagement du territoire et de la coopération entre entreprises locales
- que c’est un domaine hautement politique portant sur les rapports entre l’État et les entreprises sur fond de mondialisation (certains semblent même faire une équivalence entre patriotisme et intelligence économiques voire les confondre avec antiaméricanisme ou antimondialisme)
- que c’est un champ d’études pour sociologues de la société de l’information et de l’économie de la connaissance ou de l’intelligence collective
- que c’est le travail des organisateurs qui doivent s’assurer que l’information est bien captée et surtout diffusée dans leur entreprise entre risque de désinformation, de mésinformation, de surinformation, d’amnésie, d’ignorance, etc.
- qu’elle consiste en une modernisation du management pour l’adapter à Internet.
- que c’est un secteur de l’informatique : cryptologie, robots de recherche, bases de données, traitement sémantique, et autres algorithmes pour mieux utiliser le Web
- que c’est une vision élargie de l’économie qui y intégrerait le poids des traditions culturelles, des opinions, des inquiétudes de la société civile, des grandes manœuvres de la géopolitique
- que, comme la prose de Monsieur Jourdain, c’est quelque chose que les entreprises ont toujours pratiqué sans le savoir : un dose d’honnête précaution, une bonne revue de presse, de bons réseaux….

Entre le pôle de la théorie pure et celle des recettes sécuritaires, la géoéconomie et les pratiques quotidiennes, les méchants espions et les gentils managers, le sulfureux et le trivial, l’offensif et le défensif, le mondial et le local, la cognition et la persuasion, on s’y perd un peu. Surtout quand fleurissent les anglicismes comme knowledge managment, benchmarking, Signal Intelligence, « shapping the globalization » ou les acronymes du genre C3I, C4R à base de computers, command, control, etc.
Sans compter que le seul mot d’intelligence est ambigu : en français il est généralement réservé à la faculté mentale de résoudre des problèmes et intégrer des nouveautés, tandis que les anglophones emploient souvent le sens de « recherche efficace de l’information », comme dans la « business intelligence » dont la « competitive intelligence » ne serait que le volet orienté vers le renseignement sur la concurrence. L’efficacité en fonction de sa valeur (par exemple commerciale) et de sa pertinence (par exemple comme éclairage d’une situation et de ses issues). Currency et relevancy pour ne pas dire valeur d’échange et valeur d’usage… Voilà qui ne facilite rien dans un domaine l’on se réfère sans cesse à la littérature ou au modèle (ou contre-modèle) américains.

Or,
- l’intelligence économique concerne une partie de l’information stratégique orientée vers l’économie (ce qui suppose l’existence d’une intelligence stratégique plus vaste touchant des questions de sécurité, de diplomatie ou de puissance et influence politique, à supposer que tous ces domaines puissent réellement se séparer de l’économie)
- la qualification d’une intelligence comme stratégique est crucial. Nous avons discuté ailleurs de ce que pouvait recouvrir cette notion : à la fois des savoirs - leur possession est déterminante pour une action orientée vers une forme de victoire, donc dans un environnement compétitif voire conflictuel -et des images, messages et notions –leur propagation est indirectement utile à un dessein économique-.
- Il ne s’agit pas seulement « d’avoir » ou d’empêcher d’avoir certaines informations (des nouvelles, des tuyaux, des procédés techniques, des plans…) mais il faut aussi maîtriser des flux d’information plus ou moins formalisée.
- Il faut surtout les finaliser : les penser et les choisir par rapport à des objectifs, sinon c’est de la documentation .


Comment synthétiser toutes ces approches ?

Le mieux serait de considérer que l’IE a trois composantes principales : un rapport avec l’incertitude (la quête du savoir utile et sa protection,), un rapport avec les autres (l’organisation des communautés et leurs stratégies de lutte et de contrôle) et un rapport avec une instance régulatrice, le politique. Les trois visions ne sont pas séparées mais se recoupent et se conditionnent largement.

Le rapport avec l’incertitude : la composante purement « intelligence » (veille, renseignement, management de l’information avec sa contrepartie : la protection du patrimoine informationnel). Elle s’articule autour d’une idée simple. Le but est de donner des facteurs de décision (en l’occurrence au gestionnaire économique, mais ce schéma peut s’appliquer à la décision politique, diplomatique, militaire…). L’IE fournirait ici un ensemble de techniques pour détecter des signaux, acquérir des données fiables, mais aussi et surtout interpréter (en fonction d’un but stratégique), sélectionner, protéger (pour conserver un « différentiel » par rapport aux concurrents), évaluer des risques et possibilités, faire circuler (au bon endroit, au bon moment), structurer, vérifier, produire de la connaissance à partir de données… Bref, tout ce qui permet de diminuer les facteurs aléatoires de la décision (mais certainement pas de les supprimer au point de transformer la gestion en calcul).

Le rapport avec les autres : il est double. L’intelligence économique ne consiste pas à fournir des stimulations appropriée à une boîte noire qui répondrait par des décisions adaptées… Elle se pratique avec des gens agissant en communautés avec des hiérarchies, des intérêts, des cultures, des croyances, des motivations, des faiblesses. L’aspect positif est l’organisation de son propre groupe, son entreprise par exemple, pour le ou la rendre plus « apprenant » (intelligence collective, gestion de la connaissance dans l’organisation, diffusion d’une culture de l’information partagée et recherchée, motivation des acteurs..). L’aspect compétitif ou agressif concerne d’autres groupes organisés dans toute une gamme d’actions. Elles vont de l’anticipation stratégique ou de l’aimable compétition à la déstabilisation, la désinformation… et toutes les formes de ce qu’il est convenu de nommer « guerre de l’information »

Le rapport avec le politique (souvent mais pas uniquement avec l’État) et un rapport avec une instance qui décide dans quelles conditions et quelles limites on peut savoir (ou cacher), et se livrer à la compétition ou à la lutte. En clair : même (voire surtout) dans les pays censés être ultra-libéraux ou peu dirigistes, les moyens régaliens sont mobilisés pour aider les entreprises nationales, les pôles de compétitivité, le niveau national de la recherche et de la technologie, la conquête des marchés, la protection des secteurs stratégiques, la gestion des risques…

L’Intelligence économique (souvent réduite à ses initiales « IE ») est la version française de ce que les Anglo-Saxons nomment competitive intelligence. Dans notre pays, la notion est apparue en 1994 dans un rapport d’Henri Martre. Celui-ci insistait sur la notion «de recherche, de traitement et de distribution, en vue de son exploitation, de l’information utile aux acteurs économiques». Afin de bien distinguer l’IE de l’espionnage industriel, le rapport soulignait que cette quête du renseignement pertinent devait se faire dans le respect de la légalité.

L’intelligence économique est d’abord interprétée comme l’art de savoir ce qui servira à être performant, à conquérir des marchés,… Cette vision évolue au cours de la décennie 90 en même temps que les notions de mondialisation et de société de l’information mais aussi de risque informationnel, d’hypercompétitivité…
Le champ de l’intelligence économique s’élargit ; il ne s’agit plus de bien protéger ses secrets ou de faire de bonnes fiches sur l’actualité technologique, la concurrence, la législation d’un État, les brevets… ; il faut que toute stratégie économique, qu’elle soit d’État ou d’entreprise, intègre de nouveaux facteurs: les impératifs de l’économie de l’information et de la connaissance, la fragilité du patrimoine informationnel d’une entreprise, mais aussi de ses systèmes d’information, de sa réputation, la dépendance de ses activités à l’égard de l’opinion, des médias, des Ong, des nouvelles exigences (sécuritaires, éthiques, environnementales) de la société civile, les nouveaux rapports de protection et de coopérations entre l’État stratège et ses entreprises les plus sensibles, les facteurs culturels du comportement économique…

Il n’est pas seulement question d’ajouter de l’intelligence au à l’économie envisagée comme simple lutte contre la rareté mais de développer une nouvelle intelligence de l’économie dans le jeu de la puissance, de l’influence, du conflit, des valeurs…

Le rapport que le député Carayon a consacré a l’IE en 2003 reprend le thème et souligne trois objectifs auxquels doivent coopérer l’État et les entreprises :

– la maîtrise du patrimoine scientifique et technologique à protéger en priorité, ce qui suppose donc des hiérarchies stratégiques

– la détection des menaces et des opportunités par l’acquisition de l’information utile

– des politiques d’influence au service de l’intérêt national et/ou de l’entreprise.


Depuis, de nombreuses affaires qui ont défrayé l’actualité n’ont cessé de mettre l’IE sur le devant de la scène, qu’il s’agisse de déstabilisation d’entreprises ou des débats sur le patriotisme économique.

Il faut donc concilier :

– la protection légale et technique des informations détenues par l’entreprise. Cet aspect défensif est souvent mis en avant en raison de ses connotations romantiques – secret, renseignement –. S’il constitue la base de la sécurité, ce n’est pas le plus décisif.

– la recherche de l’information pertinente par la veille et la coopération. La veille elle-même se décline en veille prospective, environnementale, concurrentielle, sociétale… Elle doit ouvrir sur tous les phénomènes non économiques interférant avec la marche de l’entreprise. Ce processus appelle un complément, l’anticipation des risques d’image. Il faut aussi déceler les tentatives de déstabilisation informationnelle, les rumeurs, l’intoxication. Savoir ce qu’il faut, savoir ce que l’on sait et empêcher qu’autrui ne croie ou ne sache ce qu’il ne faut pas : autant d’aspects d’une même démarche pour traduire l’acquisition d’information en capacité d’action. Sans oublier l'art toujours difficile de faire circuler l'information dans une organisation pour qu'elle arrive au centre de décision concerné et juste à temps.

– le troisième volet, l’influence qui agit en amont de la performance économique, suppose la vision la plus large. C’est un mode d’action indirect sur les perceptions et évaluations d’autrui. Il passe par l’image que l’on émet (tel le prestige d’un pays), par le message que l’on propage (ce que les Américains nomment « diplomatie publique »), par les vecteurs et réseaux que l’on mobilise (les réseaux), et plus souvent encore, par une combinaison des trois : prestige, persuasion, médiation. L’influence est cruciale, depuis sa version la plus triviale, le lobbying, jusqu’aux stratégies des États pour s’ouvrir de futurs partenariats économiques par la diplomatie, la culture, l’éducation…

L'intelligence économique traite de l'information sous forme :
- de données relatives à l'environnement actuel ou futur de l'entreprise, puis de connaissance pour la décision (tout en empêchant un concurrent d'acquérir des informations cruciales sur sa propre action)
- de messages qui détermineront indirectement la décision d'autres acteurs à travers leurs convictions ou évaluations.

Le premier processus (veille et protection) est cognitif et technique (il agit sur des données), le second (l'influence) est rhétorique et pragmatique (elle agit sur les gens).


ANNEXE : les formations en IE

L’intelligence Économique consiste en l’acquisition, la protection et l’utilisation stratégique de l’information. Il s’agit de produire de la richesse et de la puissance non pas avec des choses ou des forces, mais par l’utilisation des signes qu’il s’agisse d’en savoir plus que… ou de faire penser que… Ceci confère une place cruciale aux questions d’influence. On observe tous les jours combien elles sont centrales et combien l’économie dépend de facteurs extra-économiques dont les rapports avec l’Etat pour la conquête de marchés ne sont pas les moins importants. La vision de l’économie comme manière de produire au mieux des objets et services désirables est surannée : désormais les mécanismes économiques sont dépendants de valeurs culturelles, idéologiques. Par ailleurs, le patriotisme économique n’est plus un sujet tabou : en atteste la définition récente par l’Etat de dix domaines stratégiques, intérêts vitaux de la Nation.

L’intelligence économique souffre principalement de quatre handicaps:

• de ses connotations sécuritaires, héritées des méthodes du renseignement militaire
• de la confusion avec l’espionnage industriel
• de son tropisme technophile (notamment avec la panoplie de logiciels de veille, de traitement et de cryptographie de l’information)
• d’un manque de vision stratégique

On a encore du mal aujourd’hui à opérer un décloisonnement des disciplines. Du point de vue universitaire , l’IE hésite entre les sciences de l’information et de la communication d’une part et celles de la gestion d’autre part
Dans l’entreprise, même hésitation pour classer l’IE : avec la sécurité, la documentation, la stratégie ?
La difficulté d’une approche globale de l’IE tient aussi à ce grand écart, qui exige une psychologie particulière chez ses pratiquants : il faut gérer des savoirs et comprendre en même temps le rôle fondamental des croyances.
Les savoirs, ce sont souvent des données factuelles acquises par de la veille active sur les brevets et sur les changements de législation et de normes. Cela demande des capacités analytiques et synthétiques à la fois, surtout pour ne pas être noyé sous la masse d’information et aller vite à l’essentiel.
Par ailleurs, il faut comprendre le rôle des catégories mentales ou les mécanismes de la persuasion par exemple pour monter une opération de lobbying auprès d’un député européen ou pour décrypter le pouvoir d’influence des médias ou des courants d’opinion.
Un bon stratège de l’IE sait concilier une démarche cognitive rationnelle et la prise en compte de nos motivations, de nos volontés et de nos valeurs. La technique appelle une pragmatique.

L’IE peut nous fournir des heuristiques, c’est-à-dire des recettes, des méthodes pratiques de quête de la connaissance éprouvées par l’expérience et qui nous aident à préserver notre esprit critique, à déceler les signaux faibles et à repérer les sources d’information pertinentes de l’environnement.

C’est un art de naviguer dans l’information numérique surabondante. Elle doit par exemple nous apprendre la « sérendipité » : l’art de trouver ce que l’on ne cherchait pas forcément au départ. L’univers de l’information numérique n’est pas rangé comme une bibliothèque ou une encyclopédie, de façon stable et hiérarchique : c’est un flot de mots et de signes où tout élément que nous rencontrons peut nous renvoyer à d’autres découvertes. Pour continuer la métaphore nautique, il faut inventer des «portulans de la connaissance», non pas des cartes générales qui tracent le contour de zones fixes, mais des représentations dynamiques, qui indiquent une direction, celle du prochain port et suggèrent comment naviguer en fonction des vents favorables, tout en évitant les bas-fonds. C’est exactement ce dont nous avons besoin pour nous déplacer dans l’information.

Mais il faut aussi de l’esprit de finesse, la capacité de «sentir » les courants porteurs de l’époque, le mode de fonctionnement de gens parfois très différents imprégnés de cultures opposées. Il faut aussi bien comprendre le discours du manager que celui de l’altermondialiste. De l’empathie et de la distance. Le pratiquant de l’IE doit lever le nez de son ordinateur et regarder le monde extérieur.. L’IE - culture transdisciplinaire par définition - suppose de sentir les différents courants d’idées et les systèmes de valeurs émergents pour comprendre les aspects sociétaux, idéologiques, géostratégiques de l’activité économique.


L’intelligence Economique consiste en l’acquisition, la protection et l’utilisation stratégique de l’information. Il s’agit de produire de la richesse et de la puissance non pas avec des choses ou des forces, mais par l’utilisation des signes qu’il s’agisse d’en savoir plus que… ou de faire penser que… Ceci confère une place cruciale aux questions d’influence. On observe tous les jours combien elles sont centrales et combien l’économie dépend de facteurs extra-économiques dont les rapports avec l’État pour la conquête de marchés ne sont pas les moins importants. La vision de l’économie comme manière de produire au mieux des objets et services désirables est surannée : désormais les mécanismes économiques sont dépendants de valeurs culturelles, idéologiques. Par ailleurs, le patriotisme économique n’est plus un sujet tabou : en atteste la définition récente par l’Etat de dix domaines stratégiques, intérêts vitaux de la Nation.

L’intelligence économique souffre principalement de quatre handicaps:

• de ses connotations sécuritaires, héritées des méthodes du renseignement militaire
• de la confusion avec l’espionnage industriel
• de son tropisme technophile (notamment avec la panoplie de logiciels de veille, de traitement et de cryptographie de l’information)
• d’un manque de vision stratégique

On a encore du mal aujourd’hui à opérer un décloisonnement des disciplines. Du point de vue universitaire , l’IE hésite entre les sciences de l’information et de la communication d’une part et celles de la gestion d’autre part
Dans l’entreprise, même hésitation pour classer l’IE : avec la sécurité, la documentation, la stratégie ?
La difficulté d’une approche globale de l’IE tient aussi à ce grand écart, qui exige une psychologie particulière chez ses pratiquants : il faut gérer des savoirs et comprendre en même temps le rôle fondamental des croyances.
Les savoirs, ce sont souvent des données factuelles acquises par de la veille active sur les brevets et sur les changements de législation et de normes. Cela demande des capacités analytiques et synthétiques à la fois, surtout pour ne pas être noyé sous la masse d’information et aller vite à l’essentiel.
Par ailleurs, il faut comprendre le rôle des catégories mentales ou les mécanismes de la persuasion par exemple pour monter une opération de lobbying auprès d’un député européen ou pour décrypter le pouvoir d’influence des médias ou des courants d’opinion.
Un bon stratège de l’IE sait concilier une démarche cognitive rationnelle et la prise en compte de nos motivations, de nos volontés et de nos valeurs. La technique appelle une pragmatique.

L’IE peut nous fournir des heuristiques, c’est-à-dire des recettes, des méthodes pratiques de quête de la connaissance éprouvées par l’expérience et qui nous aident à préserver notre esprit critique, à déceler les signaux faibles et à repérer les sources d’information pertinentes de l’environnement.

C’est un art de naviguer dans l’information numérique surabondante. Elle doit par exemple nous apprendre la « sérendipité » : l’art de trouver ce que l’on ne cherchait pas forcément au départ. L’univers de l’information numérique n’est pas rangé comme une bibliothèque ou une encyclopédie, de façon stable et hiérarchique : c’est un flot de mots et de signes où tout élément que nous rencontrons peut nous renvoyer à d’autres découvertes. Pour continuer la métaphore nautique, il faut inventer des « portulans de la connaissance », non pas des cartes générales qui tracent le contour de zones fixes, mais des représentations dynamiques, qui indiquent une direction, celle du prochain port et suggèrent comment naviguer en fonction des vents favorables, tout en évitant les bas-fonds. C’est exactement ce dont nous avons besoin pour nous déplacer dans l’information.

Mais il faut aussi de l’esprit de finesse, la capacité de «sentir » les courants porteurs de l’époque, le mode de fonctionnement de gens parfois très différents imprégnés de cultures opposées. Il faut aussi bien comprendre le discours du manager que celui de l’altermondialiste. De l’empathie et de la distance. Le pratiquant de l’IE doit lever le nez de son ordinateur et regarder le monde extérieur.. L’IE - culture transdisciplinaire par définition - suppose de comprendre les différents courants d’idées et les systèmes de valeurs émergents pour comprendre les aspects sociétaux, idéologiques, géostratégiques de l’activité économique.



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