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La méthode Sarkozy
Le voyage américain du ministre de l’Intérieur illustre sa méthode : provocation calculée – la fameuse rupture -, et occupation de la scène des idées et des médias. Faire l’agenda, obliger tous les autres à se déterminer en fonction de soi et repartir très vite sur un autre terrain. Une stratégie plus subtile qu’il n’y paraît et qui anticipe les réactions de l’adversaire.

En matière de provocation, difficile de faire mieux en si peu de temps :

Le principe même du voyage de Sarkozy aux USA est contesté par le PS et par Bayrou : ils se plaignent de voir l’argent des contribuables servir à la campagne électorale du président de l’UMP parti affirmer sa stature internationale.
Surtout, marchant joyeusement sur les plates-bandes du très inexistant ministre des Affaire Étrangères, Sarkozy, qui n’est là en principe que pour commémorer le 11 Septembre, trouve moyen de rencontrer le président des USA et offre à la presse américaine un discours un discours formaté pour Fox News. Ainsi, lorsqu’il approuve l’action d’Israël au Liban en regrettant seulement qu’elle soit « excessive ». Ou lorsqu’il adopte la position de C. Rice sur l’Iran.

Mais il réussit aussi à désavouer ostensiblement la politique étrangère de Villepin dans l’affaire irakienne, à tracer un programme d’alignement de notre pays sur l’Amérique au cas où il serait élu et même à multiplier les propos francophobes. Quand il se plaint que les relations entre nos deux pays «souffrent de trop d'incompréhensions causées par un manque de dialogue et parfois par un poil de mauvaise foi», quand il explique que la France n'était pas « exempte de reproches » dans la « réapparition de beaucoup d'idées fausses », quand il déclare « Il n'est pas convenable de chercher à mettre ses alliés dans l'embarras (...). J'ai toujours préféré l'efficacité dans la modestie plutôt qu'une grandiloquence stérile », ou quand il plaide contre « l’arrogance » de notre pays… peut-on voir là seulement la marque d’un atlantisme irrépressible ?

N. Sarkozy n’agit pas par naïveté ; il n’ignore pas les réactions que suscitera à gauche. Mais il provoque aussi les gaullistes (dont il a visiblement décidé de prendre toutes les convictions à contre-pied) et met même le chef de l’État au défi de désapprouver publiquement ses propos
Il y a une part de sincérité ou fascination envers le puissance dans cette façon d’approuver ce qu’il prend pour de la fermeté des convictions et la brutalité des moyens. Mais il y a aussi une bonne part de calcul : provoquer une réaction maximale de ses adversaires mais aussi des « archaïques » de son propre camp.
Quitte à remettre en cause systématique des valeurs communément admises par la classe politique et à casser ce que le président de l’UMP considère comme des tabous. Il a si peu de convictions sincères qu’il ne voit dans les principes que des obstacles. Et est persuadé qu’un bon mélange de volontarisme, de culot et de pragmatisme vient à bout de tout.

La méthode Sarkozy oblige ses ennemis d’abord, ses amis ensuite à le suivre, à se positionner par rapport à lui, à le légitimer parfois par leur hostilité et, dans tous les cas, à penser en ses termes et sur son terrain. Il donne ainsi l’illusion d’être incontournable voire irrésistible. Tout pour apparaître comme fort et nouveau et pour accentuer le contraste.

Il est vrai que pendant le même temps, sa rivale Ségolène Royal, sur la carte scolaire, les 35 heures, ses propositions économiques ou n’importe quel sujet qu’elle aborde, joue aussi du contraste : ne pas ressembler aux éléphants, aux hommes, aux politiciens. Affirmer sa différence équivaut pour eux à prouver leur prédominance.

Mais la machine de Sarkozy, qui lui n’a plus de rival à éliminer dans son propre camp, tourne à un autre rythme et avec une autre expérience : tous les arguments contre lui ont été employés, tous les rivaux se sont déclarés, tous les ennemis sont connus. Et il a connu l’échec : qui aurait parié qu’il se relèverait de sa « trahison » en faveur de Balladur ou d’une élection européenne où il réussit à placer sa liste derrière celle de Pasqua et de Villiers ?

Surtout, cette machine fonctionne à plein régime. Anticipation réactivité, disponibilité : telle est la devise d’une équipe bien rodée qui entoure le bouillant maire de Neuilly, équipe qui a bien compris le mode de fonctionnement des médias et leur fournit ce qu’ils attende. Une pareille communication trouve de puissants relais médiatiques. Il y a quelques jours, François Bayrou rompait l’omerta et faisait ouvertement allusion à Bouygues, Dassault et Lagardère, et aux "puissances considérables qui ont avec l'Etat des rapports de clients, dont la vie et le développement dépendent de la commande publique et donc qui ont le plus grand intérêt à maîtriser, tenir les choix futurs des Français, à les diriger, les orienter ».

Mis à part un article dans Marianne et deux, trois échos, cette déclaration fracassante est passée inaperçue. Un sujet sur lequel il faudra bien revenir : la façon dont les gigantesques machines à remplir le temps de cerveau humain ont décidé une fois pour toutes que ce serait le duel Sarkolène contre Ségozy.

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