huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie > Terrorisme
Les morts de ben Laden
Mentis et démentis

Les gros titres sur la « disparition du chef d’al Quaïda » à peine secs, les démentis affluent. Au départ, un article de l’Est Républicain révélant une note confidentielle de nos services secrets, au Président de la République, note reflétant elle-même une information circulant dans les services saoudiens. Ouf ! Cela commence à ressembler à l’histoire de l’homme qui a vu le chien et les Saoudiens autant que le Pakistanais ou les Américains ont rapidement affirmé ne rien savoir de cette typhoïde qui aurait finalement terrassé le fugitif quelque part dans les montagnes pakistanaises.

Par ailleurs, cette disparition de ben Laden fait suite à plusieurs annonces de sa mort : par Musharaf ent 2002 (mort d’une insuffisance rénale), puis par le ministre des affaires étrangères pakistanais affirmant, quelque mois plus tard, qu’il avait péri à la suite des blessures infligées par les bombardements américains en 2001. Le chef du FBI, suivi en septembre 2005 par un mystérieux officier américain avaient pareillement affirmé que le saoudien était mort, ce que dément au minimum sa dernière apparition télévisée en mai de cette année.

Mais il faut bien voir que tôt ou tard de tels bruits seront vrais : ben Laden n’est pas immortel et un jour où Pierre a crié au loup, il finit par apparaître.

Comment savoir dans de tels cas ? Rappelons qu’à l’occasion du cinquième anniversaire du 11 septembre, al Zawahiri, considéré comme le second de ben Laden (et qui pourrait bien en être le numéro un, ou du moins l’inspirateur idéologique et stratégique) déclarait dans une longue interview que le GSPC s’était rallié à l’émir qui s’en était réjoui. Curieuse façon de parler d’un mort. Certes Zawahiri aurait pu dissimuler la mort de ben Laden et les jihadistes auraient tout intérêt si leur émir était mort – surtout de maladie et non au combat – à maintenir le plu longtemps possible la fiction du héros réfugié dans une caverne, comme les compagnons du prophète, et dirigeant la résistance. Dans tous les cas, si quelqu’un a percé la psychologie de Zawahiri et sait comment il réagirait à la vraie mort de son émir, il est infiniment plus malin que l’auteur de ces lignes.

Une seule vraie question au fond : mourir (surtout sans laisser de cadavre à photographier) est-il le meilleur ou le pire service que ben Laden puisse rendre à ses ennemis ? Cela leur ferait perdre un grand atout : un visage pour personnifier le Mal. Mort et introuvable, il pourrait au contraire nourrir un mythe, celui du chef caché qui reviendra un jour pour mener les siens à la libération. Cet homme qui a vécu par l’image pourrait laisser le plus terrible des héritages : une icône irréfutable.

 Imprimer cette page