huyghe.fr - Le site de François-Bernard Huyghe
OK
 Sur Twitter : @huyghefb
 Comprendre les conflits : une nouvelle polémologie
 Terrorisme
 Affrontements, stratégies et images
 Information, pouvoir et usage : l'infostratégie
 Intelligence économique : du savoir à l'influence
 Pouvoirs et information
 Transmission et communication : la médiologie
 Médiologie au présent
 Médiologie de l'histoire
 Divers
 Textes à télécharger
 Huyghe Infostratégie Sarl
Information, pouvoir et usage : l'infostratégie > Intelligence économique : du savoir à l'influence
Intelligence collective
Grâce aux réseaux et aux technologies de l'information et de la communication, des groupes échangeant des flux de propositions, questions, réponses... peuvent acquérir des capacités cognitives nouvelles. Sur fond de débats sur le Web 2.0 la notion d'intelligence collective

Le terme s’interprète à deux niveaux. D'abord celui des communautés virtuelles ou des groupes qui se consacrent à la solution de tâches en commun ou à la maîtrise de connaissances peuvent progresser par des pratiques de débat et échange d'informations rendues plus fluides et plus rapides par des technologies en réseau.

Si l'on voit les choses de façon plus globale, l’intelligence collective se confond quasiment avec la dimension culturelle de notre espèce ; dans la mesure où, par elle, nous pouvons cumuler les connaissances acquises par nos prédécesseurs et où notre inventivité ne se développe que par confrontation avec les idées d'autrui, il y a toujours quelque chose de collectif dans l'intelligence la plus individuelle ou la plus originale. Mais, bien sur, le terme est ici à comprendre dans une perspective historique : certains parlent du développement de l’intelligence collective, notamment grâce aux TIC, comme d’un idéal à venir, voire une utopie.

Dans la première acception, l’intelligence collective désigne donc des méthodes de coopération cognitive : produire et gérer ensemble du savoir. Pour cela, il ne suffit pas de bonne volonté et d’enthousiasme. Il faut d’abord des structures qui facilitent l’incessant passage d’«un vers tous » et le traitement de l’information en flux et non en stocks.

Il faut des règles pour la répartition des tâches, une coopération compétitive qui permet de comparer les solutions proposées et d’adopter la meilleure : doit on voter, consulter les plus éclairés, décider d'une procédure d'évaluation d'après les résultats ?

Il faut réguler la circulation rapide des inventions (dans le double sens du mot invention : trouver quelque chose qui existait et que l’on ne connaissait pas ou créer une idée ou une forme nouvelle), le partage des ressources.

Il faut aussi des règles pour régir les rapports entre les membres et équilibrer ce que nous avons nommé ailleurs la stratégie de l'atruiste et celle du tricheur. Le premier contribue gracieusement et inlassablement, le second joue des systèmes d'indexation ou autres pour son avantage personnel, ne serait-ce qu'en capacité d'attirer l'attention sur son discours et ses solutions.

Ceux qui, comme l'auteur de ces lignes, ont l'habitude de travailler avec des étudiants en ligne (par exemple sur le campus de l'Université de Limoges, savent aussi comment, faute de ces règles, les facilités techniques peuvent se payer d'énormes pertes de temps, voire décourager des plus inventifs.

En effet, tout cela mobilise des technologies de l’immatériel. Elles permettent à chaque membre de contacter chaque autre mais aussi d’avoir accès aux mêmes ressources documentaires et à l’oeuvre en cours d’élaboration. Ces technologies, celles du numérique et des réseaux, offrent un accès à l’information de partout et en tout temps ; elles permettent également de déléguer à des supports et logiciels des tâches de stockage, de raisonnement et calcul, de représentation graphique des connaissances, d’aide à la création…

Si nous considérons maintenant l’intelligence collective comme catégorie globale, elle concilie deux dimensions de l’évolution culturelle, facilitée par le langage et par ses supports (écriture, imprimerie, audiovisuel et télétransmissions, cyberespace).

Le développement de l’intelligence collective passe à la fois par l'effervescence créative (une sorte de concurrence des propositions et innovations) et par le partage/transmission de ses fruits.


Tout cela est largement facilité (mais pas mécaniquement déterminé) par les TIC. Elles nous offrent de nouvelles possiblités de gain de temps, de distance, d'accès... Mais cela ne signifie en aucune façon que nous soyons collectivement devenus plus intelligents. Etre intelligent ne signifie pas faire mieux ce que l'on faisait auparavant (plus vite, mieux documenté, mieux évalué, à partir d'un choix plus vaste), mais établir des rapports inédits entre des éléments que d'autres ne songeaient pas à rapprocher. Ce qui est une autre affaire.

 Imprimer cette page