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Sondagitation et élection au PS
Les adhérents du PS n'ont pas voté comme les sondages l'annonçaient (baisse de Ségolène Royal, remonté dre DSK écrasant Fabius). Petite critique de la raison sondagière.


La France est une des premières consommatrices de sondages politiques au monde : plus de mille par an. Et le sondage politique n’est que le produit d’appel d’une industrie de premier plan. Il se dépense par an quinze milliards d’euros dans le monde en sondages dont la plupart ont des finalités commerciales. Tous reposent sur trois postulats :

- qu’il existe une « opinion » préformée, antérieure à la question et qui ne demande qu’à se dévoiler

- que le monde est peuplé de braves gens prêts à s’exprimer dès qu’une question d’un gentil sondeur leur en donne l’occasion


- qu’un échantillon représentatif, composé suivant des critères déterminants, (en général : sexe, âge, profession, région) donne l’opinion de la totalité du corps social avec une aproximation très acceptable. Souvent cet échantillon est fixé autour du millier de sondés, tout effort marginal pour augmenter la précision en acrroissant l’échantillon étant inutilement dispendieux pour les résultats obtenus.

Le dernier point a été démontré dès 1936 par Gallup qui, par cette méthode, fit une prédiction juste et inattendue pour l’élection présidentielle américaine (ce qui n’empêcha pas le même Gallup de se tromper pour celle de 1948). Quant aux deux premiers postulats, laissons chacun en juger en fonction de la confiance qu’il place dans la nature humaine.

Quel est alors le problème des sondages ? Et pourquoi se sont-ils régulièrement trompés quelques mois (voire quelques jours) avant l’élection présidentielle depuis trente-cinq ans ? La réponse fait intervenir une multitude de facteurs.

- La représentativité des échantillons. Des facteurs religieux ou communautaires ne sont-ils pas au moins aussi déterminants dans le comportement électoral qu’une catégorie aussi vague que « cadre » ? La question mériterait au moins d’être posée.

- La fiabilité des réponses et des corrections. L’exemple le plus connu est celui du vote Front National sous-déclaré par les sondés depuis 1984, honteux d’avouer une opinion stigmatisée par les médias et les autorités morales. En dépit d’une longue expérience d’erreurs récurrentes en ce domaine les instituts ont encore minoré le phénomène en 2002 avec les conséquences que l’on sait.

Or la correction des intentions présumées non déclarées se fait au vu de résultat antérieurs (comparaison entre déclarations et vote effectif dans les élections précédentes), plus une bonne part d’estimation au doigt mouillé. De plus, cette méthode s’applique à l’éclectorat du FN qui est connu pour être le plus changeant de tous (dans tous les sens du terme : changement de sa composition sociologique d’une élection à l’autre, capacité d’attirer de nouveaux électeurs à une élection, capacité à en perdre d’anciens). Autre exemple la « correction » totalement arbitraire qui a été appliquée au vote non à quelques jours du vote sur la constitution européenne. Suivant l’institut, il montait ou descendait de 6% dans les derniers jours…

- La volatitilité de l’électorat qui semble de plus en plus enclin à changer d’opinion au cours de la campagne. Mais cette volatilité est elle-même démontrée par comparaison de sondages… Le serpent se mord la queue. Idem pour la tendance supposée des sondés à se décider de plus en plus tardivement.


- La montée de l’abstention ou de l’indécision qui semble un phénomène qui dépasse nos fronitères ne trouble pas moins les sondeurs. Certes, ceux-ci se tirent d’embarrras en déclarant que le sondage n’est qu’une « photographie » à un moment donné d’une opinion qui évolue sans cesse… Mais en ce cas, pourquoi en tirer des conséquences avec une telle autorité et affimer : "les Français pensent que…, les Français veulent…"?

- Ces « montées » pourraient bien en dissimuler deux autres : celle des refus de réponse aux sondages en général, voire celle de l’hostilité aux sondages. Le temps est passé où les Français s’étonnaient de ne jamais être interrogés et étaient enchantés le jour où ils rencontraient enfin un vrai sondeur. De plus en plus difficiles à joindre (digicode dans les immeubles, méfiance…), de plus en plus interrogés par des moyens qui permettent moins de vérifications (téléphone, Internet), de plus en plus exaspérés par des sollicitations constantes, les Français sont devenus, de l’avis de tous les instituts, des « mauvais clients ».


- La « performativité » des sondages, c’est-à-dire leur capacité non seulement à « exprimer » l’opinion, mais à la former ou à la modifier par leur seule publication. C’est particulièrement frappant dans le cas qui nous occupe.

Ségolène Royal est doublement la fille des sondages. D’abord parce que ce sont eux qui l’ont imposée comme « la » candidate évidente du PS, en dépit ou grâce à une stratégie de rupture avec tout l’appareil de ce parti. Ensuite, parce que le sondage est l’argument autoréférent de la candidate : elle monte dans les sondages parce qu’elle est la mieux en position de battre Sarkozy. Qui montre qu’ellle pourrait le faire ? les sondages. Pourquoi ? parce qu’elle monte dans les sondages… Cette performativité transforme chaque citoyen en stratège à la fois conscient de la valeur présumée de son vote au vu d’un rapport de force et de sa capacité de le modifier par une réponse, éventuellement non sincère.

Enfin, cerise sur la gâteau, les sondages sur le vote des adhérents du PS ont été faits sur des sympathisants de ce parti. Cela met de côté la principale caractérisitique des électeurs : le fait, justement, de ne pas être de simples sympathisants, mais d’avoir prix leur carte et d’être à jour de cotisation, d’avoir fait une démarche volontariste, d’appartenir éventuellement à un courant, d’être plus ou moins impliqués personnellement dans le succés, de connaître et de subir l’influence d’autres militants…

Voir sur le marketing politique :

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Voir aussi journalisme citoyen, publicité négative ,sondages, sondagitation

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